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Ah oh Cantano !


Ainsi, l’appel d’Eric Cantona à une « révolution pacifique » et à vider les agences de banques de leur contenu n’a pas recueilli un franc succès, même pas d’estime. Quelques titres de journaux en attestent : « banqueroute pour Cantona », « un flop », « Cantona rate son tir contre les banques ». Il est vrai que le terrain avait été préparé par quelques responsables politiques : « Chacun son métier, nous dit Christine Lagarde, la ministre française de l’Economie, qui n’est pas loin d’y voir une provocation venant d’un personnage médiatisé à l’excès et qui n’a aucun mal à boucler ses fins de mois ; et Martine Aubry, Première Secrétaire du PS, sur la même ligne (de touche) a déclaré que « Cantona a marqué un but contre son camp » ; quant aux banquiers eux-mêmes, ils n’ont évidemment décelé dans cette proposition qu’une irresponsabilité aussi abyssale que les déficits que, de leur côté, ils ont très généreusement creusés.

Fortuné, Cantona l’est assurément : quoique, de ce point de vue, il fait figure de dinosaure de l’ancienne génération, si on le compare aux émoluments d’un Wayne Rooney, l’un de ses successeurs à la pointe de l’attaque de Manchester United, et dont le salaire (hors contrats publicitaires) est évalué entre une fourchette (basse) de 225.000 euros par semaine à (estimation haute) 280.000 euros par semaine – à cette aune, on se demande d’ailleurs à combien auraient dû s’élever les salaires de quelques pointures autrement plus considérables, les Pelé, Cryuff, Puskas ou Zico et autres gros calibres, s’ils évoluaient maintenant dans les stades du monde entier. Et quand bien même…

On peut évidemment juger simpliste le raisonnement d’Eric Le Rouge (couleur de son maillot à MU), comme quoi il suffirait de susciter un mouvement de retraits simultanés assez importants dans les banques pour que le système financier tout entier s’effondre, et se gausser de son bon sens finalement voué à l’échec – à titre personnel, j’ai peu goûté sa référence à Albert Spaggiari, cerveau du « casse du siècle » à la Société Générale de Nice en 1976 (en passant par les égouts et en signant « Sans armes, sans haine et sans violence » en quittant les lieux), qui a surtout servi à financer des attentats sanglants de l’extrême droite partout en Europe. Mais là n’est pas la question.

Le grand intérêt de cette mince affaire au maigre bilan se situe en-dehors des limites de l’étroit terrain où elle a été confinée. L’appel de Cantona, et le « buzz » qu’il a occasionné est l’expression d’un malaise grandissant, et d’une sourde volonté de sanctionner des banques jugées coupables de la crise, et à ce titre tenues pour responsables de l’austérité imposée par les marchés financiers aux économies occidentales. A cet égard, c’est un lourd symptôme de l’époque que l’impasse théorique soit telle, et l’absence d’alternative au « système » si criante que, désormais, c’est un joueur de football (plutôt davantage conscient des enjeux que ses pairs, au demeurant) qui appelle à une action concrète, même si elle finit en ballon crevé.

Il est donc urgent de dépasser le stade actuel, où l’état d’asphyxie des sociétés, par manque d’appel d’air, est comme intériorisé. Il importe que des idées fusent dans le sens de ce dépassement, et qu’elles se développent sur leur propre terrain, exactement comme un ballon qui gonflerait au fur et à mesure qu’on se le passe.

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