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Appel à M. le Premier Ministre


Ainsi, notre Premier ministre a changé. Il procède désormais par priorités. Fini les tâtonnements, l’agenda brouillon. Avant toute chose, a-t-il déclaré, il s’agira de tout mettre en œuvre pour lutter contre les effets désastreux de la crise économique. Excellente idée ! L’emploi, le pouvoir d’achat, la sécurité, une juste redistribution des richesses nous paraissent en effet des thématiques importantes.
Mais, parallèlement à cette résolution, M. Leterme s’est aussi montré soucieux, ces derniers jours, d’œuvrer à l’apaisement communautaire. Il faudra y venir, a-t-il rappelé, mais chaque chose en son temps. D’autres, dans son propre parti, sont d’ailleurs en charge du dossier BHV et de la gestion des thèmes de campagne en vue des prochaines élections fédérales. Prenons de la hauteur. Raison pour laquelle il a notamment envoyé une lettre fort courtoise aux « premiers ministres régionaux » pour plaider en faveur d’une meilleure coordination des politiques régionalisées et de l’action du Fédéral. En clair : il faut un fédéralisme de coopération.
Notre première réaction, en écoutant les propos du Premier ministre, fut de nous réjouir. La coopération, mais oui, quelle bonne idée ! Cooperatio – « part prise à une œuvre faite en commun » – il fallait y penser ! On ne devient tout de même pas Premier ministre pour rien, avons-nous même pensé, admiratifs. Puis, à la suite de ce premier sursaut d’enthousiasme, nous fûmes saisis d’un doute : tout compte fait, la coopération entre les entités fédérées, entre celles-ci et le pouvoir fédéral, ne tombe-t-elle pas sous le sens ? N’est-elle pas consubstantielle à la survie même d’un état fédéral ? L’appel au fédéralisme de coopération ne cache-t-il pas, en réalité, un message moins évident, subliminal ? Car le fédéralisme, c’est ce qui permet d’allier la diversité à l’unité. La différence à l’engagement global. Un sentiment d’attachement particulier à une appartenance générale.
Alors, peut-être que M. Leterme a voulu, à sa manière, porter le fer sur tout ce qui était de nature à miner la coopération, sur tout ce qui pourrait donner l’impression de nourrir la déloyauté entre les composantes de l’État. Au fond, peut-être regrette-t-il d’avoir confondu la Brabançonne et la Marseillaise ? D’avoir déclaré que les francophones n’étaient pas assez intelligents pour apprendre le néerlandais ? D’avoir fait un amalgame honteux entre la RTBF et la Radio des Mille Collines ? De même, peut-être veut-il condamner le fait que Miss Belgique ait impunément piétiné le drapeau national ? Ou que l’Office flamand du tourisme de New York ait purement et simplement rayé la Wallonie de la carte de la Belgique ?
Alors, une idée s’est présentée à nous : retournons l’appel de M. Leterme à son expéditeur. Dans un souci de clarté. Pour ne pas alimenter d’inutiles ambigüités.
M. le Premier Ministre, nous nous permettons dès lors de vous poser les questions suivantes : pouvez-vous nous donner des assurances quant à l’existence, au sein de votre communauté d’origine, d’une réelle volonté de poursuivre ensemble dans le cadre de la loyauté fédérale ? Pouvez-vous nous garantir que la diversité mentionnée plus haut n’a pas définitivement pris le pas sur le désir d’unité ? Que l’intérêt particulier n’a pas absorbé à jamais l’intérêt fédéral ? Condamnez-vous, clairement et sans ambages, tous les actes, toutes les déclarations qui ont pour vocation de miner la structure fédérale de l’État belge ? Qui peuvent faire penser à cette même structure comme à une simple étape sur la voie du confédéralisme ou, pire, de l’autonomie ?
D’avance nous vous remercions, Monsieur le Premier Ministre, pour les réponses que vous déciderez de nous apporter.

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