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Bandes dessinées (2) Lucky Luke, hier et aujourd’hui


Double actualité pour « l’homme qui tire plus vite que son ombre ». Tout d’abord l’énième épisode de la série (77e semble-t-il), La terre promise (Lucky Comics), le tome 7 depuis la mort en 2001 de son créateur, Morris. Si c’est toujours Achdé qui en assure brillamment le dessin, c’est Jul qui a l’épineuse tâche d’en écrire le scénario, succédant ainsi à Laurent Gerra (4 épisodes) et au tandem Daniel Pennac-Tonino Benacquista (2 épisodes). Le résultat est assez décevant. Non que l’histoire de cette traversée des États-Unis par une famille juive escortée par notre héros soit déshonorante, mais elle n’est pas à la hauteur, ni dans le scénario (inconsistant), ni dans l’humour (également fort pauvre), de ce à quoi nous a habitué l’auteur de Silex and the city ou de Il faut tuer José Bové. Comme si, par pudeur, il s’était contenu. Espérons que, pour le suivant, il osera se laisser aller.

Nettement plus intéressant est le premier tome de l’Intégrale que vient de publier Dupuis. Après quelques ouvrages de ce type sans grand intérêt parus chez Lucky Comics, l’éditeur historique de la série, et des 31 premiers albums avant son passage chez Dargaud, a, fidèle à son habitude (les Intégrales les plus riches et les plus belles sont chez lui), mis le paquet pour fournir une réelle valeur ajoutée aux histoires elles-mêmes. Ce volume reprend (dans l’ordre chronologique de leur parution dans Spirou, entre octobre 1946 et octobre 1949) les sept récits qui composent les trois premiers tomes respectivement parus en 1950 (La mine d’or de Dick Digger et Rodéo) et 1951 (Arizona). Ces courtes aventures sont précédées d’un dossier signé par ceux qui sont devenus les spécialistes de l’histoire de Dupuis, Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault. Les auteurs de La Véritable histoire de Spirou retracent l’enfance, les influences et les premiers pas du dessinateur, et notamment son périple aux Etats-Unis et au Mexique avec Franquin et la famille de Jijé d’où il reviendra le dernier, six ans plus tard, en 1954.

Sa série, écrivent-ils, correspond « aux profondes aspirations de Morris qui est non seulement un inconditionnel de westerns, mais pour qui l’ouest américain est également synonyme d’idéal de vie ». Et selon qui son héros est un « cow-boy un peu farfelu qui s’est révélé comme un justicier souriant ». Il crée ainsi le premier cow-boy comique de la bande dessinée. Et, dès les départ, Lucky Luke est associé à son cheval, Jolly Jumper qui, très vite, se voit doté de la parole comme en témoignent deux phrases dans une page parue dans Spirou mais non reprise dans l’album (et reproduite ici). Dans cette Intégrale, figure aussi une planche de La ruée vers l’or de Buffalo Creek totalement inédite puisque, figurant au dos d’une page, elle avait été oubliée par les employés de l’atelier de photogravure de Marcinelle. Le tout est, faut-il le préciser, impeccablement illustré.

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