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Une poignée de bandes dessinées pour l’été (2): Pandora


téléchargementAu printemps dernier, Benoît Mouchart, ancien directeur artistique du Festival d’Angoulême, a créé aux éditions Casterman, dont il est le directeur éditorial depuis 2013, une nouvelle revue de bandes dessinées, Pandora. Une revue qui, par son épaisseur – 264 pages – et sa périodicité – tous les six mois -, s’apparente à un Mook et se veut transgénérationnelle. Elle compte en effet vingt-sept récits dessinés par des auteurs de générations différentes, de Katsuhiro Otomo à Art Spiegelman, en passant par Blutch, Vivès (auteur de la couverture), Johan De Moor, Prudhomme, Götting, Mattotti, Bajram, Loustal & Coatalem, Matz, Menu, Pastor ou Pirus. Il y en a pour tous les goûts, s’y côtoient des styles de dessins et de récits radicalement différents. C’est ce qui rend cet album étrange, insaisissable, tout en en faisant sa valeur et son originalité. Une aventure artistique, sensitive et même intellectuelle aussi fascinante que déroutante.

pandora9-thumbEn 1978, Casterman révolutionnait la bande dessinée avec le mensuel (A Suivre) et ses romans graphiques. Pandora, serait-ce le (A Suivre) des années 2010?

Benoît Mouchart: «Oui et non. Oui, parce que c’est la nouvelle revue de Casterman et que son titre est lié à Corto Maltese [apparaissant dans La Ballade de la Mer salée, Pandora n’a pas laissé le marin indifférent]. Mais non parce qu’il n’y a aucune histoires à suivre, ce ne sont que des histoires courtes. (A Suivre) marquait, selon son rédacteur en chef Jean-Paul Mougin, l’entrée «tonitruante» de la bande dessinée dans la littérature. »

Bijou17

« Ici, c’est plutôt l’affirmation de la BD avec sa singularité, sa spécificité et ses atouts propres. C’est un nouvel espace de création permettant à des auteurs d’aller peut-être aux limites de ce qu’est cet art. C’est retourner aux sources par des chemins détournés. Aujourd’hui, la BD est un livre, mais ça n’a pas toujours été le cas. Et elle n’est plus liée aux mass-médias, on n’a plus des tirages de centaines de milliers d’exemplaires. Le format court oblige les auteurs à revenir à l’essentiel du trait, de l’enchaînement des planches, du choix des cadrages, de la composition des pages, etc. »

Pandora_n1-part3.inddQue dit Pandora dit de la bande dessinée actuelle?

« Elle est la démonstration de sa grande diversité de graphismes, de thèmes à aborder. Il lui reste plein de territoires à défricher. Spiegelman me faisait la réflexion que le roman graphique, dont son œuvre majeure, Maus, est l’une des plus belles expressions, était en train de devenir une forme de conformisme, de facilité. Et je pense également qu’il tend vers un dessin un peu «patate», il se pose de moins en moins de questions de mise en scène, de point de vue, etc. »

PlancheS_51589« Pandora me semble moins démonstratif et plus interrogatif. Elle suscite pas mal de questionnements, de remises en question de ses habitudes de lecture, de ses goûts… Je crois qu’elle peut plaire à la fois à des amateurs de bandes dessinées et à des personnes curieuses de culture en général sans être forcément fan de ce genre. D’un point de vue créatif, la bande dessinée vit un âge d’or. »

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