Facebook

Barbara, encore et toujours


Il n’a pas dû échapper à grand monde que Barbara est à la fête ces temps-ci, à l’occasion des vingt ans de sa mort survenue le 24 novembre 1997. Côté chansons, impossible, pour ses fans, de passer à côté du coffret au format à l’italienne composé de 22 CD et d’un livret de 44 pages (collection où figure notamment un non moins précieux Brassens). Celui-ci reprend l’intégrale de ses albums studio et un certain nombre d’albums live – l’Olympia 68, Pantin 81 et Lilly Passion (jusqu’alors inédit). Les absences de L’Atelier (Bruxelles 1954) ou de Bobino 67, ou la reprise partielle de ses derniers concerts au Châtelet et à Mogador, sont largement compensés par le Théâtre des Capucines 63 (inédit) et par d’autres merveilles, telles la lecture des Lettres à un jeune poète de Rilke, des interviews et différentes raretés.

 

L’édition n’est bien sûr pas en reste avec toute une série de bios et de beaux-livres basés essentiellement sur des photos. Parmi ceux-ci, deux sortent du lot. À cœur qui bat à cœur battant (L’Archipel) reprend les textes de toutes ses chansons introduits par Alexandre Tharaud. Si ces commentaires pourraient parfois être plus pointus, s’attachant trop souvent à la forme au détriment du contenu, ils permettent néanmoins de rappeler l’importance de l’inspiration autobiographique de l’artiste qui affirmait n’avoir aucune imagination. Dans la collection des albums illustrés par les aquarelles de Philippe Lorin, Chez Barbara (Éditions du Rocher) succède à Ferrat, Brassens ou Coluche. La longue dame brune est dessinée aux différents âges de sa vie, accompagnée par tous ceux qui l’ont connue au fil de sa carrière. Alain Vircondelet signe le texte biographique. Il y décrit longuement, par exemple, la maison de Précy sur Marne, « lieu de retrouvailles avec sa vraie nature ». Ou rappelle qu’en 1969, elle annonce ne plus vouloir faire de concerts, revient pourtant en 1978, et c’est un triomphe, trois ans avant l’apothéose de Pantin. La plaque où figure « Ici a vécu de 1949 à 1956 Barbara » est aussi représentée, sans que l’adresse de l’immeuble sur laquelle elle est apposée soit mentionnée – rue de Vitruve ? On peut encore lire le témoignage, en 2001, de Claude Sluys, antiquaire à Bruxelles qui fut son mari belge.

Parmi les nombreuses biographies parues cette année, en voici deux très contrastées. Portrait en clair-obscur, de Valérie Lehoux, parue il y a dix ans et rééditée en poche chez Pluriel, est extrêmement complète et merveilleusement écrite. Les pages concernant ses concerts sous le chapiteau de Pantin à l’automne 1981, où elle crée la chanson Regarde dédiée à Mitterrand, que les spectateurs ne comprennent qu’à la troisième strophe, sont profondément émouvantes par leur lyrisme, l’auteure parvenant à traduire en mots l’émotion ressentie alors (je le devine, car je n’y étais pas). De même, le récit de la gestation de Lilly Passion, formidable spectacle à dimension autobiographique où Gérard Depardieu lui donne la réplique (que, par contre, j’ai vu), sont également magnifiques. À travers son écriture, la journaliste laisse transparaître son admiration pour la chanteuse, et c’est très bien.

Bien différente se trouve être Barbara, la vraie vie (Robert Laffont), un titre assez trompeur car cette biographie n’aborde que partiellement la carrière de son héroïne et traduit, d’abord, la vision de son auteur, Jean-François Kervéan. D’une part, il n’y est question que de l’enfance et d’une partie de la carrière de la chanteuse, l’après 1970 est très rapidement évoqué et le concert de Pantin tout juste mentionné. D’autre part, c’est d’abord un livre d’écrivain, Kervéan, qui est romancier et a été nègre littéraire (on ne doit plus employer ce terme, dorénavant on doit dire « prête-plume », ai-je lu), n’hésitant pas à se mettre en scène. Il rappelle par exemple sa participation au mensuel Globe créé au milieu des années 1980 pour soutenir François Mitterrand (financé par Pierre Bergé et dirigé par Georges-Marc Benamou). Ou raconte ses discussions avec Françoise Sagan se souvenant de celle qui fut un temps son amie. À la fin des années 1960, l’auteure de Bonjour tristesse avait en effet envisagé d’écrire une pièce de théâtre où Barbara camperait une vendeuse de pelotes de laine (elle adorait tricoter). Mais le séjour qu’elles passent ensemble en Normandie ne se déroule pas au mieux, leurs tempéraments s’avérant trop dissemblables. Des coups de téléphone intempestifs et un « repas de réconciliation » auquel Barbara ne vient pas, sans prévenir ni s’excuser, aura raison de leur possible amitié. L’ouvrage est émaillé de nombreux dialogues et paroles de chansons, telles celles d’Au cœur de la nuit qui évoque de manière imagée son viol par son père pendant la guerre.

Réagissez