Facebook

Belga Bordeelo, 5


Dans la voiture qui nous mène à Mons, vendredi 8 janvier, Frédérique me confie qu’il y a, à ce stade (outre les doutes sur la pertinence et le contenu du projet) trois problèmes non résolus pour que le spectacle prenne véritablement forme : a. certains acteurs (Walid, Karla, Jo, les deux Mamas) n’ont pas encore leur personnage et ne se détachent pas du choeur ; b. elle me dit avoir tendance, soit à écourter une scène si elle ne fonctionne pas, soit à saturer l’espace par plusieurs scènes à la fois, ce qui permet certes d’atténuer le fait que l’une d’entre elles ne fonctionne pas mais, en revanche, risque de provoquer un encombrement pour le spectateur et de diluer son attention ; c. il faut absolument éviter le pathétique dès qu’on parle de la Belgique, car cela induit aussitôt une sorte de nostalgie qui n’est pas de mise dans Belga Bordeelo. A cet égard, dès notre arrivée au Manège, nous tenons à rectifier les termes du communiqué de presse, qui nous paraissait trop centré sur la revendication de l’unité du pays, ce qui n’est pas à proprement parler l’essence du spectacle.
Au long des répétitions de ce week-end, les montages se sont succédés. On cherche ; et ce qu’on trouve doit être amélioré. Les acteurs, dès qu’ils commencent à jouer, sont moins bons ; il faut garder la fraîcheur de la découverte, et pour cela éviter les points d’appui trop solides, par exemple dans la spontanéité de la parole qui, si elle se répète telle quelle, se fige et ne se renouvelle plus. Des figures et des motifs passent, qui seront conservés. Jo la philippine a son solo où elle raconte pourquoi elle est venue en Belgique ; samedi, Karla a commencé à parler de son père, blessé à la bataille de Stalingrad puis emprisonné à son retour au pays, en assurant elle-même la traduction en français ; Maman Marie et Maman Anna font un long voyage en pirogue. Des fils apparaissent, qui sont conçus comme des intermèdes entre les scènes mais qui, en étant récurrents, renforcent l’impact de celles-ci. Comme toujours chez Frédérique, les acteurs confectionnent des cartons où ils inscrivent une phrase destinée à se vendre et défilent en agitant ces pancartes sous les yeux des spectateurs : «Ik ben stil» ; «3 fois divorcé, trois pensions alimentaires, cinq fois cocu» ; «Je suis prête à renaître» ; «Ik ben lui, ik ben vuil, ik maak veel lawaai» ; «Allume mon feu», etc.
Dimanche après-midi, outre les essayages de costumes amenés par Christine à la pause-repas, deux montages très différents sont encore tentés. Thomas Bellinck, un metteur en scène néerlandophone que Fred a rencontré quand elle donnait un stage au RITS (l’INSAS flamand) et devenu un proche, est venu les voir. Aucun des deux n’est réellement abouti.
Dans la voiture qui nous ramène à Bruxelles, nous convenons avec Thomas et Christine que, pour l’instant, «il n’y a pas de spectacle».
Une longue conversation téléphonique lundi soir avec Frédérique nous permet de préciser certains axes du projet. D’abord, il faut plus de bordeelo que de belga ! – ce qui implique de radicaliser le propos et les scènes en ce sens. Cela veut dire que le belga (c’est-à-dire tout ce qui concerne la politique et la fin du pays ou, au contraire, l’appel à son unité) ne doit apparaître, selon moi, que sporadiquement, comme une piqûre de rappel. Quant au bordeelo, qui doit s’affirmer, il faut postuler que nous sommes sur une piste de cirque, et que Jo, avec son fouet, est la meneuse de jeu et la dompteuse, ayant assez d’autorité pour arrêter net les rixes et les pugilats entre acteurs francophones et flamands, et assez cynique pour présenter les scènes et les acteurs comme des attractions.
Ce mercredi, il n’y a pas de répétition, pour permettre aux Gantois de revoir leurs familles et leur entourage. Puis, à partir de jeudi après-midi, c’est la lutte finale jusqu’au filage, à la générale et aux représentations de Mons.

Réagissez