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Belga Bordeelo : présentation


Belga BordeeloJe me propose de tenir pour quelque temps une chronique de la préparation et des représentations d’un spectacle qui sera à l’affiche en janvier 2010, à Mons et à Gand.

Le projet Belga Bordeelo n’est pas réellement une adaptation de D’outre-Belgique, le livre que j’ai publié en août 2007. Mais il en reprend le motif majeur : la fin de la Belgique. Je ferai la dramaturgie de ce spectacle.

Celui-ci misera sur une approche différente de la problématique belge et, du coup, se confrontera directement à la réalité de son présent et au présent de sa réalité. Quelques indications suffiront à préciser ces options : dans le spectacle, coproduction du Manège de Mons et de la compagnie Victoria de Luxe de Gand, les acteurs seront francophones et néerlandophones, et joueront chacun dans sa langue (un traducteur simultané est prévu sur scène, histoire de mettre les spectateurs en porte-à-faux et à devoir se raccrocher à cet intermédiaire pour comprendre la moitié des paroles – mais lui-même se mettra sans doute à traduire à sa façon…) ; et le véritable thème du spectacle sera de travailler sur la perception et la représentation de l’Autre, par une réflexion sur les clichés imputés aux uns et aux autres, et en même temps de participer au décloisonnement des communautés en créant un espace commun d’expression et de rencontre.

La mise en scène et l’écriture seront assurées par Frédérique Lecomte, directrice de Théâtre & Réconciliation. Cette association crée depuis vingt ans, des spectacles avec des acteurs vulnérables : populations dans les zones de conflits, individus marginalisés, diasporas, détenus, victimes de tortures, toxicomanes, patients en milieu thérapeutique, demandeurs d’asile. La responsable effectue régulièrement des séjours en Afrique, par exemple au Burundi, où elle crée des spectacles, à partir de stimuli donnés aux comédiens et d’improvisations sur cette base, avec des tortionnaires et des victimes sur la même scène, dans le cadre de programmes de réconciliation nationale. Le théâtre en tant qu’outil et objet de réconciliation.

A priori donc, pas grand-chose à voir (et autrement plus sérieux) que nos médiocres querelles de nantis. Mais il y a la notion de conflit : et, quoi qu’on en dise, c’est de cela qu’il s’agit dans ce pays. A l’origine, l’idée de consacrer un spectacle à ce curieux spectacle que produit la Belgique a été accélérée par la proposition faite en 2007, à Nice lors d’un sommet Europe-Afrique, où le Ministre Belge des Affaires Etrangères (à l’époque l’invraisemblable Karel De Gucht) a été abordé par divers ministres africains qui lui ont aimablement (mais à sa grande fureur) proposé leur médiation pour le conflit qui secouait le pays et empêchait, sous les yeux intéressés et quelque peu incrédules à la fois des instances et de la presse internationales, la formation d’un nouveau gouvernement fédéral, en déclarant, très logiquement : «Nous, les conflits ethniques, on connaît…»

Une ironie qui ne nous avait pas échappé, à l’époque, et dont nous saurons nous souvenir…

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