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Belgique, LE pays de la deuxième chance


Lorsque Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir, écrivait que la communauté française ne voyait pas d’un bon œil Yves Leterme succéder à Herman Van Rompuy, une réaction se fit jour immédiatement en Flandre : une deuxième chance.

Et il n’a pas fallu longtemps pour que la Wallonie semble lui accorder une deuxième chance. Les Francophones auraient-ils ajusté leur opinion, ou Leterme a-t-il fait volte-face et renié tout ce qu’il préconisait ? Maintenant que la Wallonie ouvre ses bras en hésitant, en Flandre, les bras se sont croisés. Même avant que Dehaene ne chante trois fois, Leterme a renié ses engagements antérieurs. C’est quand même dommage qu’il ne puisse pas – et avec lui tout le CD&V – faire du bien aux deux en même temps.

Lorsque Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir, écrivait  que les Francophones ne voyaient pas d’un bon œil l’évêque conservateur namurois André-Mutien Léonard succéder à Daneels, je me suis demandé si on entendrait sa “prière” au Vatican. Non, donc. Mais dans le pays du NON, ce n’est pas grave. Les journaux sont remplis de critiques, ce qui n’est pas étonnant : moins les gazettes en savent sur quelqu’un ou quelque chose plus elles écrivent sur le sujet. Cela ressemble à un petit jeu : coupable jusqu’à preuve du contraire. Mais j’ose parier que lui aussi recevra une deuxième chance.

En tout cas, il a un prédécesseur illustre qui a aussi reçu une deuxième chance : Le Roi Baudouin. Le roi tant aimé qui, pour des raisons personnelles, avait refusé de signer la loi sur l’avortement, aurait dû abjuré dans un pays normal. «Non, ce n’est pas nécessaire», dit Wilfried Martens, «nous le déclarons empêché temporairement» – comment ils l’ont fait reste un “colloque singulier” bien conservé – «et je signerai à sa place». Après une petite journée sans roi, Baudouin reçut sa deuxième chance. Qu’il était entretemps devenu le roi de Belges avorteurs, personne ne le relevait.

Que Léonard, tout comme le roi d’ailleurs, ait des opinions assez bien exprimées, un tel événement dans un petit pays comme le nôtre – où plus personne n’ose avoir une opinion tranchée – est déjà un soulagement. Et plus encore que le roi, il ose dire des choses qui ne sont pas au goût des politiciens. En voici un remarquable exemple : «Si les Francophones, qui accordent spontanément plus d’attention à l’unité de la Belgique, souhaitent que la Belgique continue à exister, il ne suffit pas d’accrocher des drapeaux belges dans les rues. Ils doivent se distancier de leur complexe de supériorité linguistique. Chacun selon son rôle social doit apprendre à connaître la langue et la culture de ses voisins du nord et apprendre à les aimer… Les Francophones ressentent souvent les exigences flamandes comme une agression. Sans m’exprimer politiquement, je les invite toutefois à ne jamais oublier que la Flandre a dû lutter des siècles pour faire respecter sa langue et sa culture. Pendant longtemps la Flandre a été la victime de l’arrogance francophone. Et l’état belge, né en 1830-1831 a collaboré pendant un siècle à la francisation de la Flandre. Maintenant qu’elle est devenue la région la plus riche du pays, la Flandre veut affirmer sa propre économie culturelle et linguistique.»

Si après la communauté islamique, l’église catholique commence aussi (à nouveau) à se préoccuper des problèmes communautaires, notre petit pays deviendra complètement loufoque. Le principe des chances égales ne donnera plus que des ayant-droits à une deuxième chance.

Qui donc obtient ainsi une deuxième chance ?

Mia Doornaert obtient encore une deuxième chance.

Avant qu’elle ne déménage au 16 rue de la Loi, en tant qu’adjointe comme conseillère personnelle au premier ministre Yves Leterme, et qu’elle doive échanger son magnifique bureau avec vue sur son Bruxelles bien aimé pour les petits meublés de la rue de la Loi, elle a estimé que son temps était venu d’exprimer rapidement ses vues en matière de politique étrangère devant la corporation rassemblée des ambassadeurs. Yves Leterme avait l’honneur de lire ce message rigidement fidèle à la pensée belgo-belge. Pour toute sécurité et tenant compte de la distraction de quelques Excellences, elle avait fait parvenir personnellement à chaque ambassadeur un exemplaire écrit du discours. Quel ne fut donc pas son étonnement quand Yves Leterme n’eut pas envie de ce texte et imagina autre chose.

Que son propre journal, De Standaard, ne manque pas d’informer le lecteur de cet incident infamant, n’a pas fait du bien à son égo. Mais soyez tranquille, une faute de débutante sera couverte par un homme gentil comme Yves Leterme du voile de l’affection. C’est garanti, elle aura une deuxième chance. Si nécessaire au Standaard.

Quelque chose ou quelqu’un mériterait-il une autre chance?

Peut-être les plans de réforme du ministre de la Justice Stefaan De Clerck qui, grâce à l’exemplaire fédéralisme de collaboration de Leterme et de ses vice-premiers, a été amené à une refonte ridicule qui ne garantit aucune amélioration.
Ou peut-être le ministre de la Défense Pieter De Crem qui a profité la crise pour enfin fermer les portes de casernes en trop – du moins, c’est ce qu’il pensait. Jusqu’à ce que Leterme et ses vice-premiers décident ensemble que la Wallonie méritait un statut d’exception. Immédiatement, l’équilibre difficilement atteint fut à l’eau et il n’a pu qu’essayer de sauver les meubles en rejetant l’intervention comme une très petite adaptation. Ce que Leterme et Cie ont oublié : ils ont semé le germe des discussions communautaires dans le seul département qui était encore fondamentalement belge. Ou bien pense-t-on que les soldats flamands n’ont pas le sentiment d’être moins bien protégés que leurs frères d’armes francophones ? Seulement une perception ? Essayez seulement de le nier.

Chers lecteurs,

Nous connaissons la manière belge par coeur : nous avançons à petits pas. Un petit pas à gauche, un petit pas à droite et un petit millimètre en avant. Un petit pas à gauche, un petit pas à droite et un petit millimètre en arrière. Un livre vert ici, un livre blanc là. Ainsi nous avançons péniblement chaque année, avec ou sans élections. Sait-on encore qu’il y a de la vie hors du 16 rue de la Loi et quartiers adjacents ?

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