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cachez cette constitution que je ne saurais voir


Ma mère vient de Vilno (qu’on appelle aussi Vilnius ou Vilna selon l’origine des familles et l’évolution géographique de la région). A sa naissance, elle était russe. Elle est devenue polonaise puis lituano-biélorusse pendant quelques mois avant de redevenir polonaise puis lituanienne.
C’est dire que cette histoire de frontières intangibles, fixées une fois pour toute par une Constitution, j’en rigole doucement. La plus grande partie de l’Europe n’a cessé de se reformater au gré des événements, des ambitions politiques, des butins de guerre (la Belgique a « reçu » les cantons de l’est après la première guerre mondiale après avoir perdu d’autres régions quelques dizaines d’années plus tôt à la suite des guerres avec les Hollandais).
Parfois les modifications de frontières résultent

de l’aspiration de la population plus ou moins bien interprétée mais c’est exceptionnel.
Le « divorce de velours » entre Tchèques et Slovaques, voté par les assemblées parlementaires des deux nouveaux états issu de la partition, n’a jamais été ratifié par un référendum. A la différence de l’annexion de la Crimée par la Russie il y a trois ans.
L’Europe (comme l’Asie et l’Afrique) est un continent à géométrie variable. Tantôt, on invoque le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes comme au Kosovo et en Bosnie mais aussi en Ecosse ou au Québec (où des référendums ont été organisés sans que la police de l’état central ne tire sur les électeurs), parfois on le nie, comme en Catalogne (ou en Crimée.)
Certes, et on peut le déplorer, le référendum catalan ne ressemblait pas à une consultation libre et démocratique de la population. La faute au jeu du chat et de la souris entre policiers et électeurs qui a cloué chez eux une partie des électeurs.
Mais l’argument du gouvernement de Madrid de refuser le droit de voter simplement parce que le referendum est illégal est un peu mince. Les lois même constitutionnelles sont des textes dont la pérennité est aussi relative que celle des hommes qui les ont rédigés ou votés. Créer des régions en Belgique et leur attribuer des compétences exercées jusque là par l’état était inconstitutionnel. Alors, on a changé la constitution…
Autrement dit, les deux camps affichent la même mauvaise foi : les dirigeants indépendantistes catalans agitent le résultat d’un référendum biaisé et les rigides ministres espagnols qui font semblant de ne pas voir plus loin que le bout de leur loi.
Si l’Union européenne a évité la guerre entre les états qui en sont membres (c’était son but à l’origine), elle ne semble pas avoir pris conscience que, à défaut d’un solide sursaut, elle risque d’encourager par son indolence leur désintégration.

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