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L’affaire Charamsa

Dans une interview accordée au quotidien italien Il Corriere della Sera, ce samedi 3 octobre, Monseigneur Krzysztof Charamsa, a déclaré : « Je veux que l’Eglise et ma communauté sachent qui je suis : un prêtre homosexuel, fier de sa propre identité (…) Le moment est venu, pour l’Eglise, d’ouvrir les yeux sur la question […]

Défaite judiciaire et victoire politique ?

La condamnation judiciaire, en première instance, de Silvio Berlusconi à sept années de réclusion et à l’interdiction à vie d’exercer tout mandat électif peut-elle, à très court terme, se transformer en une victoire politique ? Au vu de la stratégie développée par les hommes du Cavaliere, à l’approche d’un arrêt largement annoncé, la question mérite […]

Beppe Grillo : « Je suis l’expression d’une colère ». Interview pour le Temps, Genève

Ancône. Interview exclusive de Giuseppe Santoliquido. Beppe Grillo, l’homme qui a bouleversé le paysage politique italien lors des législatives fin février, sillonne à nouveau la péninsule en vue des élections communales. Le leader du Mouvement cinq étoiles était jeudi à Ancône, chef-lieu des Marche. – Comment présenteriez-vous, en quelques mots, la philosophie de votre Mouvement […]

La gauche italienne parviendra-t-elle à sauver le Cavaliere ?

La condamnation pour fraude fiscale de Silvio Berlusconi à quatre ans de réclusion avec, pour peine accessoire, l’interdiction d’exercer tout mandat public durant cinq ans était attendue. Après dix années d’une procédure faite de suspensions et de reports multiples, de récusations, de transfert des débats vers d’autres sièges judiciaires et d’empêchements légitimes, un arrêt est […]

Le sommeil paisible du Cavaliere

Comme le laissait entrevoir la réélection de Giorgio Napolitano à la Présidence de la République, le gouvernement de large coalition concocté par Enrico Letta a aisément obtenu l’investiture du Parlement italien. Le moment est historique puisque jamais encore, dans l’histoire républicaine, les coalitions de centre-gauche et de centre-droite s’étaient trouvées réunies dans un même exécutif.

Le bal des Tartuffe ?

On aurait pu espérer que le séisme électoral des 24 et 25 février derniers conduise à une inversion de tendance. Qu’il tienne lieu, pour reprendre une expression hégélienne, d’ancrage motivationnel afin de produire, au sein d’une classe politique largement discréditée, une prise de conscience salutaire. Ne fut-ce que par instinct de survie, pour éloigner, tant […]

L’ultime sacrifice ?

Des élections de Laura Boldrini à la Présidence de la Chambre et de Pietro Grasso à la Présidence du Sénat peuvent être tirés deux enseignements. Le premier, le plus évident, est que les deux branches du parlement se sont dotées, pour les diriger, de personnalités politiques de premier plan, d’une haute tenue morale, aux parcours […]

Le temps de l’urgence

Cela fait maintenant plus d’une semaine que les Italiens se sont rendus aux urnes pour élire, au terme d’une campagne électorale aussi courte que politiquement pauvre, leurs représentants au sein de la Chambre et du Sénat. Les urnes, dans leur infinie largesse, ont livré un verdict relativement attendu, fort d’un vainqueur incontestable, Silvio Berlusconi, auteur […]

Il n’a donc rien vu venir…

La détresse mêlée d’incrédulité affichée par Pier Luigi Bersani lors de sa conférence de presse de ce mardi 26 février 2013, lendemain de vote, est terriblement inquiétante. A l’entendre exprimer son désarroi, on pourrait finir par se demander si, comme le Léon XIII des Caves du Vatican d’André Gide, le vrai leader du Parti démocratique […]

Vote et affairisme

Jamais, depuis les législatives de 1992, survenues en pleine Opération Mains propres, l’Italie n’avait connu de campagne électorale à ce point marquée par le sceau des affaires politico-judiciaires. Et pour preuve que les leçons de l’histoire sont aussi légères que des aigrettes de pissenlits, la semaine écoulée, la dernière avant le scrutin de ces 24 […]

Elections en toute confusion

Dans Il Tramonto della luna, Le coucher de la lune, Giacomo Leopardi décrit un moment totalement dépourvu de lumière. Le soleil ne s’est pas encore levé. La lune, au couchant, ne transmet plus aucune lumière. Les étoiles, pour une raison propre à ce moment particulier, ont cessé de scintiller. C’est une heure de totale obscurité […]

Italie : l’impérieuse reconstruction morale

Le dernier sondage réalisé par l’institut statistique Demos & Pi pour le quotidien La Repubblica confirme un état de fait : l’opinion publique italienne est désemparée. Jamais encore, dans l’histoire de la République, la confiance dans les institutions politiques et institutionnelles n’avait été aussi faible.

La montagne et le sacré

Et il dit, Erri De Luca, Paris : Gallimard, 2012, 103 p., 11€ Ils le ramassèrent épuisé au bord du campement. Depuis plusieurs jours, ils désespéraient de le voir revenir. Ils s’apprêtaient à démonter les tentes, inutile de le chercher là où lui seul osait aller. Ainsi commence le dernier ouvrage d’Erri De Luca, qui […]

Gaetano Salvemini et la République morale

Les festivités du 2 juin, date anniversaire de la création de la République, ont été marquées cette année du sceau de la polémique. Dans les jours qui ont précédé leur tenue, des voix s’étaient en effet élevées pour réclamer que les budgets alloués à leur organisation soient plutôt dévolus aux populations touchées par le séisme […]

Un dernier coup de poker ?

Outre le triomphe du Mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo, le principal enseignement de ce week-end électoral, maculé du sang des victimes de l’attentat de Brindisi et du séisme meurtrier de Ferrare, est l’implosion définitive du Peuple de la Liberté, le parti de Silvio Berlusconi. En effet, jamais, depuis sa création en 1994, la formation […]

Le Bunga bunga à la trappe ?

La reprise des débats judiciaires relatifs au Rubygate, ainsi que les récents témoignages de jeunes participantes aux soirées Bunga Bunga, ne doivent pas masquer une vérité alarmante : le procès mené par les instances judiciaires milanaises pourrait, par volonté politique, ne pas être mené à son terme. Le gouvernement dit technique de Mario Monti négocie […]

Le mariage homosexuel dans le débat politique

L’arrêt pris par la Cour de Cassation, ce jeudi 15 mars 2012, est incontestablement de nature à relancer un débat que jamais la classe politique italienne n’a réellement osé affronter. Rappelons brièvement les faits : le mariage homosexuel n’étant pas autorisé par la loi italienne, Antonio et Marco se marient à La Haye, en 2002, […]

La révolution social-démocrate

La semaine qui vient de s’écouler a mis en exergue de manière éclatante l’impasse idéologique dans laquelle se trouve la gauche italienne. Voici quelques jours, le leader du Parti démocrate Pierluigi Bersani s’engageait en effet à ratifier, le 17 mars prochain, le Manifeste de Paris en compagnie de François Hollande, le candidat socialiste aux prochaines […]

Le retour de la Démocratie chrétienne

De prime abord, le gouvernement présidé par Mario Monti entame sa lourde tâche sous les meilleurs auspices. La totalité des partis politiques représentés à la Chambre des Représentants et au Sénat de la République, hormis la Ligue du Nord, qui souhaite se refaire une santé depuis les bancs de l’opposition, lui ont en effet accordé […]

La confusion des genres

Le gouvernement de Mario Monti, ancien commissaire européen à la concurrence et professeur d’économie à la prestigieuse université milanaise Bocconi, devrait donc être investi par le Parlement italien ce mercredi 16 novembre 2011. La mission qui s’annonce à lui – résorber l’immense dette publique, relancer la croissance, apaiser un climat politique particulièrement agité – s’annonce […]

  • L’affaire Charamsa

    charamsa-eglise-catholique-homosexualite-vatican (1)Dans une interview accordée au quotidien italien Il Corriere della Sera, ce samedi 3 octobre, Monseigneur Krzysztof Charamsa, a déclaré : « Je veux que l’Eglise et ma communauté sachent qui je suis : un prêtre homosexuel, fier de sa propre identité (…) Le moment est venu, pour l’Eglise, d’ouvrir les yeux sur la question des gays croyants (…) » Dès le lendemain, les médias du monde entier publiaient les photos du théologien polonais en compagnie de l’homme partageant sa vie.
    Aux quatre coins de la planète, et a fortiori au Vatican, les propos du religieux ont suscité un véritable tollé. Tout d’abord parce que Charamsa n’est évidemment pas un prête comme les autres : membre officiel de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, professeur à l’Université grégorienne, il occupait également la fonction de Secrétaire adjoint de la Commission théologique vaticane internationale. Ensuite, et peut-être surtout, parce que ces déclarations ont été publiées à la veille du Synode des évêques (l’assemblée des représentants de l’épiscopat catholique dont la tâche est de conseiller le pape – en formulant des avis non contraignants – dans le gouvernement de l’Eglise) dont les travaux ont débuté dimanche dernier et prendront fin le 25 octobre.
    La volonté de Monseigneur Charamsa, clairement revendiquée, était d’exercer une pression médiatique sur les pères synodaux et sur le Pape François afin d’éviter que « la problématique des relations entre l’Eglise et les homosexuels disparaisse de l’agenda des travaux. »
    Rappelons que lors du Synode 2014, les évêques avaient rechigné à approuver une proposition pourtant très modérée relative à « un meilleur accueil » des homosexuels dans les communautés paroissiales. Le texte n’était passé qu’à la majorité simple et non pas aux deux tiers nécessaires pour être approfondie en 2015. Seule l’intervention résolue de François avait permis de récupérer le dossier in extremis et de le mettre ainsi à l’ordre du jour pour 2015.
    Cette année, les débats entre traditionnalistes et progressistes s’annoncent tout aussi houleux, peut-être même davantage. Pour s’en convaincre, il suffit de mentionner la récente polémique créée par le message publié sur Twitter par Antonio Spadaro, le père jésuite présidant aux destinées de l’influente revue Civiltà Cattolica, appelant à « piéger médiatiquement un pape jugé trop ouvert » sur la question homosexuelle.
    Pourtant, même si l’ouverture est réelle par rapport aux positions de Ratzinger et Wojtyla, l’attitude de Bergoglio concernant les relations entre l’Eglise et la communauté homosexuelle est loin de représenter un changement de paradigme radical. La prudence reste de mise, voire même l’ambiguïté, puisqu’il se contente de prôner un accueil compassionnel, une posture de non-jugement vis-à-vis des homosexuels, encore et toujours considérés, en filigranes, comme des pêcheurs dont l’anormalité des mœurs reste stigmatisée. Il ne s’agit donc en aucun cas, du moins à court terme, de réviser la condamnation de l’union entre personnes du même sexe. Ou d’encourager l’adoption par les couples homosexuels.
    Dans ce contexte, le coming out de Monseigneur Charamsa sert-il l’objectif visé par le théologien polonais ? Nous ne le saurons, naturellement, qu’au terme des travaux synodaux. Mais le risque existe bel et bien qu’un tel tapage médiatique irrite encore plus les traditionalistes, manifestement apeurés à la perspective d’une sorte d’apocalypse idéologique au sein de l’Eglise. D’autant qu’en réalité, la thématique posée par Charamsa n’est pas (uniquement) l’homosexualité, mais plutôt le célibat sacerdotal et le vœu de chasteté, autant de règles que l’on peut certes considérer anachroniques et injustes mais qui sont officiellement applicables à tous les prêtres. Homosexuels ou pas. D’un point de vue formel, Charamsa ne pouvait donc qu’être déchargé de ses fonctions. Le pharisianisme – ou l’ « homophobie paranoïaque » du Vatican invoquée par Charamsa lui-même – ne peuvent dès lors être soulevés dans cette affaire, comme l’on fait à mauvais escient, me semble-t-il, bon nombre de commentateurs : si un voleur se rend dans un commissariat de police pour y déclarer ouvertement ses larcins, le fait que les rues soient pleines de brigands impunis ne peut être un argument suffisant pour lui éviter la geôle.
    Mais, plus fondamentalement, cette affaire pose l’importante question de la sécularisation de l’Eglise. Pour survivre, celle-ci doit-elle s’allier ou résister à la modernité ? Une acception moderniste de l’Eglise aurait-elle pour effet de l’émanciper ou de la dénaturer ? C’est tout le sens de la querelle entre progressistes et conservateurs. De prime abord, j’aurais tendance à considérer que rendre le célibat des prêtres facultatif, octroyer un rôle officiel aux femmes dans les paroisses ou reconnaître la multiplicité des modèles familiaux reviendraient à ne pas transformer la religion en une idéologie conservatrice. Mais je me rends parfaitement compte qu’il s’agit d’une vision culturello-centrée. Ethno-centrée. Citadino-centrée. Dans beaucoup de villes et villages italiens, par exemple, ou africains dans lesquels je me rends très régulièrement – fortement imprégnés de foi et de culture catholiques – cette argumentation n’est pas recevable. Elle est même blasphématoire. L’ouverture du Pape François à la communauté homosexuelle, aussi faible soit-elle, y est clairement rejetée. Et – bien plus dangereux – elle suscite des mouvements de réaction masquant, sous couvert de la défense d’une vision traditionaliste de la famille (ce qui est tout à fait légitime) – ou des relations hommes-femmes – une homophobie débouchant sur des discriminations manifestes voire – dans le pire des cas – sur des persécutions.
    Ce constat me fait donc dire que la controverse ayant lieu aujourd’hui au sein de l’Eglise (au-delà des travaux du Synode) n’est pas anecdotique. Ni uniquement catholique. Dans de nombreux pays d’Europe, d’Afrique ou d’Asie, le travail pastoral contribue encore grandement – quelques fois de manière déterminante – à façonner le schéma culturel de catégories entières de la population. Au détriment, quelques fois, d’une conception moderne de l’inviolabilité de la personne humaine, quelle que soit son orientation sexuelle. À l’heure de la mondialisation, des flux migratoires et de la mixité des peuples, il s’agit, en somme, de ne pas sous-évaluer un débat qui nous concerne au premier chef, que l’on soit catholiques ou pas. (Article paru dans La Libre Belgique du 10 octobre 2015)