Facebook

Comme un arbre


A l’aube de la rentrée cinématographique qui s’annonce foisonnante (avec les primés de Cannes, entre autres), épinglons trois films à l’affiche où brillent trois actrices. Le premier, avec Charlotte Gainsbourg, est un des plus beaux de l’année. Le deuxième, tourné à Ostende, propose une Isabelle Huppert épatante. Le troisième est un ratage, malgré la présence de l’excellente Kristin Scott Thomas.

The Tree, de Julie Bertuccelli

En Australie, Dawn et Peter vivent heureux avec leurs quatre enfants à l’ombre de leur gigantesque figuier. Lorsque Peter meurt brutalement, chacun, pour continuer à vivre, réagit à sa manière. Simone, la petite fille de 8 ans, croit que son père vit à présent dans l’arbre. Un jour, elle initie Dawn à son secret… Peu-à-peu Dawn retrouve des forces, un travail. Peut-être un nouvel amour ? La vie reprend mais l’arbre devient envahissant : ses branches et ses racines menacent les fondations de la maison…

En 2004, le talent de Julie Bertuccelli avait été récompensé par le César de la première œuvre. Depuis qu’Otar est parti promettait effectivement une belle carrière de cinéaste. Essai transformé avec son The Tree, tourné en Anglais, en Australie. En abordant un sujet grave avec tact, douceur et poésie, la réalisatrice se débarrasse de toute mièvrerie et signe une œuvre lumineuse sur le deuil. Pour tourner la page et panser ses blessures, la famille sera aidée par l’imagination d’une enfant et par la présence de cet arbre majestueux (filmé comme un personnage à part entière). Le film nous interroge sur notre rapport à la mort de l’être aimé, sur l’enracinement de nos attaches et de nos convictions. Ou comment nous donner une leçon de vie en nous parlant de la mort. Brillamment interprété (la gamine est bluffante) et mis en scène avec grâce, The Tree est un film simple et riche, magnifique et émouvant, qui hante encore longtemps après la projection. Un des coups de cœur de cette année, à recommander à toute la famille.

Copacabana, de Marc Fitoussi

Inconséquente et joviale, Babou ne s’est jamais souciée de réussite sociale. Elle décide pourtant de rentrer dans le droit chemin quand elle découvre que sa fille a trop honte d’elle pour l’inviter à son mariage. Piquée au vif dans son amour maternel, Babou se résout à vendre des appartements en multipropriété à Ostende. À ceci près qu’en plein hiver, les potentiels acquéreurs se font rares. Grande est alors la tentation de se laisser vivre… Mais Babou s’accroche, bien décidée à regagner l’estime de sa fille et à lui offrir un cadeau de mariage digne de ce nom.

Amis compatriotes, la majeure partie de Copacabana est tournée à Ostende ! On y boit de la bière, on y parle flamand… Cette charmante belgitude rend le film tout de suite plus sympathique. D’ailleurs, du point de vue  scénaristique, toute la partie qui se déroule à Ostende est la plus réussie, entre un début mollasson et une fin peu convaincante. Les aventures que vit Babou pour se refaire une place « valable » dans la société sont assez irrésistibles et croquent assez bien quelques réalités sociales peu reluisantes. Mais la vraie raison de conseiller ce Copacabana, c’est la présence d’Isabelle Huppert, épatante dans ce rôle de mère-ado qui reprend sa vie en main pour racheter l’affection de sa fille (sa propre fille dans la vie). Un rôle comique qui lui change de ses personnages autrement plus sombres de sa prestigieuse carrière. Grâce à Huppert (et quelques dialogues croustillants), on arrive à oublier la relative fadeur esthétique de ce film toutefois très sympathique, plaisant mais également plus grave par moments. Espérons que Marc Fitoussi ait un peu plus de budget pour son prochain film.

Crime d’amour, d’Alain Corneau

Dans le décor aseptisé des bureaux d’une puissante multinationale, deux femmes s’affrontent… La jeune Isabelle travaille sous les ordres de Christine, une femme de pouvoir qu’elle admire sans réserve. Convaincue de son ascendant sur sa protégée, Christine entraîne Isabelle dans un jeu trouble et pervers de séduction et de domination. Ce jeu dangereux va trop loin… jusqu’au point de non retour.

La première moitié fonctionne plutôt bien, notamment par sa description du monde des affaires et des petites vacheries qui peuvent rôder dans les couloirs de ces multinationales où les dents de requin s’aiguisent sans pitié. Un monde incarné par le personnage de Kristin Scott Thomas, impeccablement castée dans ce rôle de femme d’affaires manipulatrice et égocentrique. Mais après le crime en question, ça se gâte… Premier problème, scénaristique: le crime n’est en soi pas très crédible, et l’intrigue se résout de manière totalement incongrue dans son rapport vis-à-vis du spectateur (qui a une longueur d’avance en permanence), voire grotesque (ces flashbacks absolument atroces d’amateurisme). Deuxième problème, plus gênant encore: Ludivine Sagnier, très mauvaise, est probablement le plus gros miscast de cette année. Pour ce qui est de la mise en scène, la laideur de l’image finit par prendre le dessus sur la prétendue sobriété. Bref, Alain Corneau nous avait habitués à nettement mieux…

Réagissez