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Coopérative traversière 1


Thomas More, ami du grand Erasme, publie son Utopie en 1516, chez Thierry Maertens à Louvain. C’est pendant son voyage en Belgique, l’année précédente, au gré de conversations avec les érudits de nos provinces, qu’il fixe l’idée de son livre – auquel il pensait, comme le note Erasme, depuis 1509.
Cinq siècles plus tard, les plus hautes interrogations de la Renaissance nous parlent-elles encore ? Leurs équivalentes pour notre époque ont-elles même droit de cité ? A considérer le niveau du débat public, tel que le « réfléchit » l’espace médiatique, de telles questions prêtent à sourire.
Je me permets d’avancer l’hypothèse selon laquelle les sociétés traditionnelles se caractérisaient par une relation frontalière avec un au-delà métaphysique ; quant aux sociétés modernes qui leur ont succédé, fondant leurs succès techniques sur les avancées des sciences physiques, si elles abandonnent cette frontière après l’avoir pulvérisée (Dieu est mort, tout est permis), faisant toujours plus exploser tabous et verrous de la morale, leurs pannes d’essence et de sens actuelles résultent du fait qu’elles ont transféré l’ancienne ligne de frontière en leur sein même par de si nombreux clivages, tous générateurs de conflits insolubles, que la dynamique du progrès s’en trouve dangereusement grippée, jusqu’au risque de régression généralisée.

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« Je suis un de ces démocrates qui croient que le but de la démocratie est de faire accéder chaque homme à la noblesse », écrivait Romain Gary. Loin de tout angélisme, le double prix Goncourt était un véritable « observateur des deux mondes » quand il se partageait entre l’Europe et l’Amérique. Son origine russe, liée à uneEducation européenne (titre d’un de ses livres), ne furent pas sans influer sur une aptitude au point de vue multiple.
La phrase que je viens de citer me paraît exemplaire d’une double exigence : celle d’entrevoir une finalité ultime à l’engagement intellectuel (donc, de retrouver la trace de l’ancienne frontière métaphysique) ; et celle de postuler qu’un tel combat – d’ordre esthétique, éthique et politique – ne va pas sans mise en cause, à puissante charge utopique, des clivages constitutifs de la société moderne. Romain Gary, comme esprit traversier, aurait été un interlocuteur contemporain d’Erasme et de Thomas More.

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L’hypothèse traversière me fut offerte par un fleuve. Sur la rive du Saint-Laurent, à Montréal, un port d’attache pour les barques signale que les anciens passeurs portaient le nom de traversiers. L’on se souvient qu’un poème de Verhaeren fait une allégorie du passeur de fleuve.
Je l’ai noté dans plusieurs textes au fil des dernières années : aucune fonction sociale ne sera plus nécessaire à l’avenir que celle de passeur ou de traversier. Ce n’est pas un hasard si ces mots s’écrivent en Belgique, épicentre de tant de frontières creusées en abîmes que les plus clairvoyants de nos compatriotes excellent dans des apostolats liés à toute forme de passage. Il est une herméneutique belge dont le futur prendra conscience, à condition qu’il y ait un futur. Cet art tient sa richesse d’une culture du brassage. Il oppose, aux murs de la division, les ponts de la relation (ce qui relie, ce qui relaie, ce qui relate – selon Edouard Glissant). Cette démarche, on la voit en œuvre dans l’obligation de se comprendre, à laquelle se trouvent confrontées nombre de communautés étrangères partageant un territoire ethniquement, linguistiquement, culturellement, religieusement, socialement divisé.

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Pourtant les symptômes de conflits sans issue ne cessent de nourrir l’actualité. Je définirais donc la vocation traversière, au-delà des formes traditionnelles d’ouverture à l’altérité telles qu’elles ont l’occasion d’exprimer leur ancrage historique en Belgique, et qui ont aussi manifesté leurs limites, comme aptitude à une double traversée du miroir. Un avenir ne sera viable que dans l’acte entrecroisé de comprendre l’essence de l’autre pour y trouver écho de sa propre source. Un activisme dialogique sera nécessaire pour faire pièce à l’entrechoc mortifère des discours monologiques.
Nous sommes ici au cœur du travail des artistes et des écrivains. Pour avoir toujours pensé que la première mission des livres était d’autoriser l’inscription de ce qui n’était pris en compte par aucun projet considéré comme sérieux – c’est-à-dire rentable – je vois le projet traversier comme une continuation de l’art et de la littérature par d’autres moyens. La plus grande part des produits culturels, certes, obéit d’abord à une logique mercantile. Mais les formes de gestion prétendument rigoureuses du monde n’ont-elles pas sombré dans le ridicule ? Il fallait donc se demander si le travail de l’artiste et de l’écrivain ne pouvait enfin trouver grâce d’utilité aux yeux des gens sérieux.

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« Perte de vision globale » diagnostiquait récemment le ministre belge des finances Didier Reynders, pour stigmatiser les effets de la crise économique mondiale. Ne paraît-il pas hors de doute qu’avant d’en appeler à une « relance de la machine économique », s’impose la nécessité de relancer un dynamisme intellectuel qui s’attacherait à questionner ce que l’on entend par « vision globale » ? A moins que l’idéologie postmoderne de rupture avec les traditions humanistes héritées de la Renaissance ne soit décrétée dogme officiel.
Tout le travail que j’ai pu accomplir par les mots est quête d’une « vision globale ». Venant de mettre un terme au cycle romanesque ayant mobilisé mes énergies depuis vingt ans, je prends la liberté de soumettre un projet inédit à divers cercles de personnes disposant du pouvoir de m’aider à le concrétiser. C’est en écrivain ne craignant pas d’envisager ( comme l’auraient fait Erasme et Thomas More ) que les cadres intellectuels et spirituels de notre monde sont trop étriqués pour concevoir l’infinie complexité de ses propres défis, que je m’autorise une démarche aussi peu conventionnelle. Elle naît d’une rencontre traversière et voudrait étayer pratiquement le bien-fondé de cette notion.

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Soit une communauté berbère, dans la banlieue déshéritée d’une bourgade au Maroc. L’invitation fortuite à une cérémonie de mariage nous y fait découvrir une réalité sociale et culturelle d’abord insoupçonnable aux yeux des voyageurs que nous étions, ma femme et moi, de quelque intensité qu’aient pu être nos contacts antérieurs avec cette réalité. La traversée du miroir a lieu. Au cours de cette fête, où la transfiguration magique fait s’évanouir un quotidien de misère, le bidonville de Toug-Amen prend allure de conte oriental. Il va pour eux de soi que ces deux étrangers sont de leur famille. Prenant au mot l’expression, nous décidons d’avoir place à demeure en ce milieu. Les enfants n’y sont pas scolarisés ? Rien de plus évident que d’y créer une école. Cette proposition fut accueillie par les youyous réservés à l’annonce d’un miracle.

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Or, loin d’être considérée comme un événement surnaturel, l’existence d’une école dans tout quartier pauvre de cette banlieue proche qu’est le Maghreb devrait apparaître comme une priorité politique aussi essentielle que l’accès à l’eau potable. C’est bien de l’expression d’une soif qu’il nous fut donné d’être les témoins. S’étonnera-t-on beaucoup si, demain, les remparts érigés à nos frontières avec l’Afrique se trouvent submergés par des flots humains n’ayant pu disposer du plus élémentaire apprentissage ? Une pétition a donc circulé. Tous voulaient une école pour leurs enfants désoeuvrés. Le responsable administratif nous ayant montré un local, nous avons résolu d’y faire œuvre traversière. A rebours des projets planifiés depuis le ciel de quelque lointain bureau, celui-ci verra le jour au départ d’une rencontre concrète. Il s’agira de faire nous raconter leur histoire aux enfants du village ainsi qu’à un certain nombre d’adultes analphabètes. Chacun s’inscrira dans le canevas d’une fable écrite en commun, dont tout indique déjà qu’elle méritera publication. Le titre de cette fable sera le nom de ce village qui, en berbère, signifie « abondance d’eau » : Toug-Amen.

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Notre expérience prendra cours à partir de ce mois de juin. Pour locale et particulière qu’elle paraisse, une initiative aussi singulière sera peut-être perçue dans sa dimension d’intérêt général, voire universel. Elle pourrait, qui sait, essaimer ? Si l’on nous taxe d’utopie, nous aurons toujours Thomas More pour nous consoler. Quant à Erasme, son œuvre majeure ne reste-t-elle pas à actualiser ? Tout dépend de ce qu’on appelle folie, et de comment partout chaque jour s’en fait l’éloge.
Conscients du fait qu’aucun avenir viable ne peut s’imaginer dans l’abandon des « visions globales » initiées à la Renaissance, nous avons résolu de prouver l’existence de l’eau en creusant un puits. Les communautés maghrébines résidant à Bruxelles en seront averties. Ce qu’il en jaillira ne peut se mesurer par aucun instrument bureaucratique. L’œuvre traversière a vocation de modifier le cours des choses, donc la perception de ce qui nous relie à nous-mêmes dans le va-et-vient de l’une à l’autre rive.
Au cas où cette ébauche de projet rencontrerait vos préoccupations, pouvez-vous nous en accuser réception ?

NOUS NE SOMMES PAS CONTRE LE FAIT QU’ON NOUS FASSE SIGNE !

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