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Coopérative traversière 2


Du Cri de la gargouille à La cité des hommes, Dominique de Villepin nous offre une vision du monde sans égale chez aucun homme politique occidental contemporain.
« Une nouvelle citoyenneté est à inventer aux racines autant locales que mondiales », écrit-il en conclusion de son dernier ouvrage, paru ce mois de juin. L’ex-Premier ministre français y développe, entre autres, l’idée d’un « intérêt général commun à tous les hommes ». C’est au cours du même mois de juin que nous avons pris l’initiative, ma femme et moi, de faire démarrer la Coopérative Traversière, en ouvrant une école d’initiation à la langue française dans la banlieue berbère d’une bourgade populaire au Maroc.
La langue française est un legs appartenant à ce que les Grecs nommaient « to koïnon » : un bien commun à tous. Au sens le plus large du terme, il s’agit d’un code institué de valeurs enrichi par la culture arabe, qui permet de pratiquer la fraternité universelle. Elle possède la plus riche des mémoires, cette langue. Elle sait par ses poètes ce que coûte l’aveuglement des logiques de guerre. Il faut réfléchir au fait que les derniers mots prononcés par Arthur Rimbaud sur son lit de mort à Marseille furent Kerim Allah
D’autre part, nous savons qu’à la transnationalité des abrasions culturelles imposées par un modèle unique à l’échelle mondiale, il serait fou de ne pas répondre par une expérience transfrontalière des pensées, des écritures, des actes de résistance culturelle. Où la langue française est une arme irremplaçable.

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Si j’en avais eu libre choix ( et si nous vivions en un système politique mondial digne de ses présupposés intellectuels et moraux ), le lieu idéal d’une telle expérience eût pourtant été celui où se rencontrent la rivière Tshopo et le fleuve Congo pour donner ce qui en swahili signifie ville-île : Kisangani, l’ancienne Stanleyville de mon enfance.
Mais la baie d’Aourir – entre Agadir et l’antique Mogador – ajoute à l’avantage d’une relative proximité celui d’offrir les conditions d’une plongée dans l’inconnu du monde arabo-musulman. La rue principale y suit le lit d’un fleuve à sec sur quelques kilomètres, jusqu’aux derniers contreforts de l’Atlas. L’une des premières collines à droite porte le nom de Toug-Amen ( Abondance d’eau en berbère ). C’est là où les charrettes à ordures passent tirées par des ânes qu’un local me fut confié dans la « Jemeya », ou association locale, pour accueillir une petite ribambelle enthousiaste à l’idée de voir jaillir n’importe quelle source. Le destin de ces gosses est en effet, pour la plupart, tari de naissance. Tous le savent. Il n’y a, dans ce pays comme presque partout sur la planète, pas les moyens structurels d’assurer le dixième de l’accès aux études qui chez nous semble aller de soi.

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On ne peut mieux prouver l’eau qu’en creusant un puits.
Faire des langues un bien public, et de leur apprentissage un service public mondial accessible à tous – au même titre que l’eau et l’électricité – paraît un enjeu vital de ce millénaire.
N’ayons pas peur de répéter que la langue française, en particulier, recèle une énergie sourcière dont sont les plus aptes dépositaires ceux qui se la virent imposer par colonisation. Combien d’écrivains d’Afrique noire, des Caraïbes et du Maghreb, n’en témoignent-ils déjà ?
L’on est surpris d’y voir se développer les qualités d’une presse écrite, quotidienne et hebdomadaire, où s’affirme une maturité de conscience alliée à une maîtrise du style, en regard desquelles semble s’étioler, par manque de sève, une presse occidentale dont l’imaginaire inconscient demeure métropolitain.
Qu’ont encore à dire de neuf sur le monde les éditoriaux du Monde ? Plus rien ne les autorise à toiser avec condescendance ceux de La Gazette du Maroc et de Tel Quel, du Temps et de Maroc Hebdo, d’Actuel ou de L’Observateur. Pour n’envisager que la situation prévalant dans la monarchie chérifienne, et quelles que soient les entraves en tout genre dont ils ont encore à s’affranchir.
Malgré quoi, tout laisse présager un avenir où – à l’instar des sportifs de haut niveau – les gens de plume d’origine bougnoule ou métèque seront un jour transférés dans les rédactions de nos principaux journaux, pour en rehausser le niveau. Cette future élite black-beur des médias occidentaux sera pourtant la première à reconnaître qu’elle a pu fleurir sur un abîme séparant des conditions culturelles inégalitaires à l’excès.

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Or l’accès universel à l’eau potable comme à l’alimentation de base, le droit de recourir aux énergies matérielles et spirituelles, devraient s’envisager de manière globale ; ils requièrent une vision politique poussant à ses conséquences logiques extrêmes l’esprit des Lumières.
Celui-ci ne serait-il d’application que pour installer des panneaux solaires au désert ?
Il s’agit de protéger les langues orales menacées, mais aussi de défendre la langue écrite, en ce qu’elle est susceptible d’offrir à tous un véhicule intellectuel aussi vital que les moyens de transport matériels. N’est-ce pas la culture arabo-musulmane d’Al Andalous elle-même qui, recueillant l’héritage grec, prépara le terreau sur lequel surgiraient nos sociétés modernes ?
J’appelle atteinte grave à la dignité humaine l’analphabétisme. Celui-ci revêt aujourd’hui bien des formes. A l’exclusion pure et simple du royaume du Livre pour une immense majorité des populations planétaires se combinent des modalités contemporaines d’ignorance fondées sur la prolifération même des produits imprimés.
La fusion de ces phénomènes engendre un obscurantisme inédit, car quelle bonne volonté peut-elle suffire pour trouver son orientation dans le présent dédale des signes écrits ?
L’on n’est donc pas appelé par hasard à affronter ces questions dans l’espace culturellement déshérité d’une banlieue populaire au Maroc.

***

C’est ainsi qu’a pris son vol une mouette. Venue de l’île de MIM, au-delà de la mer, elle s’est posée une nuit à Toug-Amen. Sur ses ailes, un petit garçon endormi portant le nom d’Amigo. Dans ses poches, des figues aux pouvoirs magiques. La mouette, égarée, demande son chemin aux enfants de Toug-Amen et l’histoire commence…
Tout au long de ce mois de juin, dans le local de la Jemeya mis à ma disposition ( Initiative Nationale pour le Développement, est-il écrit sur le mur de l’escalier ), la ribambelle des enfants du quartier s’est passionnée pour un voyage imaginaire qui aurait eu sa place dans la mille deuxième nuit du conte oriental.
Halima, Yasmine, Hotman, Silam, Kautar, Morgan, Al Hiane, Hasna, Leïla, Fatima et les autres ont franchi le cadre du tableau noir sur les ailes d’une mouette pour s’en aller porter les figues de l’île de MIM en Palestine.
Encore, par ouï-dire, nous est-il revenu que plus d’un(e) adulte auraient aimé se glisser sur les bancs de cette classe improvisée… Faire venir les habitants d’une banlieue pauvre dont la langue maternelle est le berbère, n’ayant que des rudiments d’arabe, à une leçon de langue française, quand ils pourraient mieux s’amuser en allant à la plage, et que cela leur plaise : voila le défi tel qu’il se pose. Même si quelquefois l’aventure collective a lieu dans un joyeux chahut. Laquelle ébullition ne témoigne jamais que d’une conscience aiguë, exceptionnelle en regard du comportement ordinaire de la jeunesse occidentale : celle de la nécessité d’acquérir un savoir de langage ouvrant sur l’universel.

***

Ce même mois de juin sortait donc de presse La cité des hommes de Dominique de Villepin. L’ex-Premier ministre français y écrit :
« Devant nous se profile une Renaissance mondiale, une nouvelle époque des Lumières appelée à bouleverser nos façons de penser. Il faut choisir Erasme, Thomas More et Montaigne, et éviter les tentations du sac de Rome, de la Saint-Barthélemy ou de la condamnation de Galilée ».
Effet du Mekhtoub ( destin ) ? Cette pensée rejoint celle introduisant le premier message de Coopérative Traversière, lancé au mois de mai.
Nul ne peut ignorer la contradiction majeure entre un désordre économique mondial dont les plus puissants acteurs sont des firmes transnationales, et le fait que toute volonté d’agir pour corriger certains effets pervers de cette « mondialisation » se heurte encore à des logiques nationales. Dans les frontières mêmes de son propre pays, ne se voit-on pas contraint à un parcours de sauts d’obstacles pour franchir les divers clivages idéologiques, sociaux, communautaires et autres afin d’attirer l’attention sur l’urgence d’une politique traversière – qui dans un futur proche aura force d’évidence ?
Visiter un autre espace mental.
Penser. Ecrire. Agir.
La mouette reprend son vol en septembre…

… ELLE N’EST PAS CONTRE LE FAIT QU’ON LUI FASSE SIGNE !

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