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De petites choses et de grands effets


 La mondialisation, c’est aussi la libre circulation des espèces animales et végétales : fourmis tropicales, rats musqués d’Amérique et arbustes d’Europe de l’Est envahissent nos villes et nos campagnes et modifient notre environnement[1].

Le réchauffement, c’est aussi la prolifération de ces espèces exotiques qui trouvent un climat à leur convenance.

Le réchauffement, c’est aussi la prolifération de certaines espèces endémiques qui en deviennent envahissantes et destructrices.

 

A en croire articles et reportages, mondialisation et réchauffement se conjugueraient pour pourrir notre futur.

Un reportage sur une chaine française a récemment attiré mon attention sur les forêts du Montana, source d’inspiration pour de nombreux écrivains nord-américains dont James Crumley, un de mes préférés.  Des forêts se meurent[2] sous les assauts d’un petit insecte endémique dont les éclosions durent maintenant plusieurs mois au lieu de deux semaines. Ces destructions d’arbres ne sont pas sans effet sur l’environnement direct : écosystèmes perturbés, espèces comme le grizzly en danger, sols ravinés.  Des régions qui étaient des puits de carbone deviendraient émettrices dit-on, ce qui renforcerait le réchauffement[3]. Les impacts économiques, eux aussi, ne sont pas négligeables.

Ces phénomènes ne se limitent pas à l’Amérique du Nord et peuvent plonger des populations entières dans le désarroi.

Les espèces exotiques sont un autre exemple de bouleversement écologique. Le phénomène, fortement liés aux déplacements, n’est pas récent. Christophe Colomb n’a-t’il pas ramené de ses voyages une variété de tarets qui serait la cause des ruptures de digues en Hollande au 18ème siècle[4].

Cependant, la vitesse de déplacement, les volumes considérés, les matières transportées augmentent le risque notablement. Des espèces sans prédateur connu dans nos régions se développent au détriment de la population indigènes (et ne voyez en cela aucun couplet raciste) avec des séquelles encore mal évaluées. Avec des paradoxes… le crabe chinois, qui aurait disparu à Shanghai, est tellement présent dans l’estuaire de l’Elbe, que certains rêvent de l’exporter en Chine.  Il ne faut bien entendu pas considérer chacune de ces « nouvelles espèces » systématiquement comme indésirables. Elles ne sont pas toujours responsables des maux que l’on leur attribue. Ce reportage sur l’invasion des espèces exotiques[5] le démontre pour certaines d’entre elles. Pour autant, il ne faut pas croire à leur innocuité systématique. Les relations entre le frelon asiatique et l’abeille commune en sont un bel exemple.

 

 

Mais prendre en compte tout cela ne serait-il pas simple exagération, panique, gauchisme, anticapitalisme, obsessions naturalistes ? Nous pouvons aborder ce sujet sous plusieurs angles, mais tous nous ramènent à des remises en question. Au-delà de toute question de relocalisme, de mise en doute d’un système,  de valeurs environnementalistes, quel est le coût pour la société de la surveillance des importations de mangues ? Quel sera le coût de la destruction des ruches par le frelon asiatique ? Comme le taret bouffe la coque des navires et le Mountain pine beetle nique les pins, tous ces petits dérèglements nous conduisent à un magnifique naufrage. Qu’à tout le moins, on s’occupe des plus grandes voies d’eau.

 

Denis MARION

Entrepreneur sans but lucratif.

 


[1] L’invasion des espèces exotiques  (Allemagne, 2008, 43mn) MDR Réalisateur: Anne Mesecke

[2] Pendant de nombreuses années, Diana Six, entomologiste à l’université du Montana, est toujours partie travailler sur le terrain durant les deux ou trois mêmes semaines de juillet. C’est en effet à cette époque que son objet d’étude, les dendroctones du pin ponderosa, minuscules et noirs, avaient l’habitude d’éclore dans l’arbre qu’ils venaient de tuer et le quittaient pour un autre afin de recommencer leur cycle de vie.

Mais aujourd’hui, déclare Diana Six, les règles du jeu ont changé. Les insectes sont présents en continu de mai à octobre et non plus seulement deux semaines, et s’attaquent aux arbres six mois durant, creusant des trous dans lesquels ils pondent leurs œufs. Et ce n’est pas tout. Alors qu’auparavant, ils prenaient rarement pour cible les arbres immatures, ils le font à présent en permanence. De plus, les températures, naguère plus froides, faisaient que ces insectes étaient absents des altitudes élevées, alors qu’on en trouve aujourd’hui en grand nombre et qu’ils tuent les arbres des sommets. Et par endroits, à ces altitudes, leur cycle de vie, qui était de deux ans du fait des températures peu élevées, se limite aujourd’hui à une année seulement.

http://www.goodplanet.info/Contenu/Points-de-vues/Pourquoi-les-grandes-forets-de-l-Ouest-americain-meurent-elles/(theme)/267

[3] Les insectes aussi peuvent faire passer des surfaces entières de forêts de puits de carbone en sources de carbone. Prenons par exemple la Colombie-Britannique, qui représente l’épicentre de l’invasion du dendroctone du pin ponderosa en Amérique du Nord. Elle a perdu quelque 140 000 km² de forêts de pins matures et elle devrait avoir perdu 80 % de ses pins tordus matures d’ici 2013.

[5] L’invasion des espèces exotiques  (Allemagne, 2008, 43mn) MDR Réalisateur: Anne Mesecke

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