Facebook

De quoi Malick est-il le nom?


Depuis le livre d’Alain Badiou paru en 2007, De quoi Sarkozy est-il le nom?, cette expression, très bonne au demeurant, à la fois explicite et énigmatique, est reprise à l’envi par les médias (je me souviens par exemple d’un De quoi les Palestiniens sont-ils le nom?). Si cette chronique n’a évidemment rien à voir avec le livre sus-cité, je me demande néanmoins, à la vision de The Tree of life, ce qui se cache derrière son réalisateur Terence Malick? Dans ce film, à qui l’octroi de la Palme d’or semble avoir relevé de l’évidence avant même le début du festival (ce n’est pas la première fois, La Leçon de piano ou The Mission ont connu en leur temps de pareilles bonnes augures), j’ai vu deux films: la vie d’une famille texane dans les années 1950 avec un père souvent absent et dur avec ses fils (dont un meurt à la guerre et un autre est montré devenu adulte) et, dans sa première partie, des images hyper-léchées (mais tellement belles!) du ciel de la mer et de la terre (avec des animaux préhistoriques en prime). Le tout baignant dans ce qu’il faut de mysticisme pour conférer à ce fatras d’images une impression de profondeur, un mysticisme quelque peu douteux en fait, l’héroïne ne va-t-elle pas jusqu’à offrir à Dieu la mort de son fils ou quelque chose dans le genre?
Les critiques glosent à foison sur l’infiniment grand confronté à l’infiniment petit, qualifient ces images de somptueuses, magistrales et autres termes grandiloquents, emploient les mots de «fulgurances» et que sais-je encore – ça ne veut strictement rein dire mais ça en jette -, allant jusqu’à comparer ce film qui, en plus, n’en finit par de finir, avec 2001, l’Odyssée de l’espace (pauvre Kubrick, heureusement qu’il n’est plus là pour l’entendre). Il faut vraiment être au Festival de Cannes, dans un climat tout à fait spécifique, où à force de voir trop de films on n’en voit plus, où la rumeur, les bruits et influences diverses comptent autant que les films eux-mêmes (je le sais, j’y suis allé à dis reprises), pour se laisser duper à ce point (enfin pas tous les critiques quand même), pour confondre le ton inspiré génie et esbroufe.
La palme de la suffisance et du mépris revient au critique de L’Express Eric Libiot, qui, dans sa chronique hebdomadaire outre de tourner en dérision, avec une tolérance charmante et un humour qui doit probablement le faire rire aux éclats (au moins un), ceux qui pourraient ne pas aimer le film, parle d’«un voyage intérieur en mode sensoriel intense» (se relit-il? Se comprend-il?). Mais qu’il se rassure, il n’est pas le seul à avoir divagué de la sorte sur ce gros machin dégoulinant que, paraît, on attendait depuis un an. Comme quoi, à trop prendre son temps, on finit par faire n’importe quoi.

Réagissez