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Deux de chute


Il faisait sale temps pour les ministres. De la façon la plus cavalière, par de méchantes lettres dactylographiées pas même sur du beau papier, ils avaient été prévenus que Sarko ne rigolait plus : le président « tirera sévèrement les enseignements de certains comportements qui lui ont déplu », pouvait-on lire. Blanc en laissa tomber la cendre de son dernier cigare (celui du condamné), Yade étrangla sa dernière parole imprudente, Amara en avala son logement de fonction et Joyandet son dernier permis de construire illégal.

Et cet avertissement s’accompagnait de mesures d’économies propres à les ramener à la raison. Certains ministres se révoltèrent, certes anonymement, auprès des journalistes toujours friands de leurs émotions. Ce qui leur restait le plus en travers de la gorge était leur obligation de se séparer de nombres de leurs conseillers dans des cabinets jugés pléthoriques par le Château.

Il n’y avait malheureusement plus de Ruy Blas pour leur rabattre leur caquet.

« Ô, ministres intègres !

Conseillers vertueux ! Voilà votre façon

De servir, serviteurs qui pillez la maison !

Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,

L’heure sombre où la France agonisante pleure ! »

Agonisante, il ne fallait pas exagérer. Les habitants du Beau pays, fidèles à leur tradition, ne pensaient plus qu’à leurs vacances, à leurs coups de soleil, à leurs bouchons et à leurs plages bondées.

A vrai dire, le seul qui agonisait était bien le président lui-même accablé par les sondages les plus catastrophiques qui ne lui donnaient plus que 26% d’opinons favorables, un Français sur quatre aurait dit Giscard.

Humiliés par le sommet, les ministres étaient aussi attaqués par la base de leurs prétendus amis. Ainsi Woerth, un procureur tenace désormais aux basques, qui se prit en une journée une avoinée de Juppé toujours aussi sympathique et bon camarade, et de Christine Lagarde accréditant c’est le cas de le dire pour une Grande Argentière, les soupçons de « conflit d’intérêt ». Après le ministre lâché par les siens, il y eut aussi le ministre puni, Hortefeux le condamné pour injure raciale qui fut privé d’inaugurer la mosquée d’Argenteuil.

Bref, la droite la plus bête du monde s’était transformée en spécialiste des tirs contre son camp pour filer la métaphore tandis que s’achevait le mondial de football dont le Beau pays n’avait plus des échos qu’à l’Assemblée nationale où les responsables du désastre éponyme passèrent en jugement de façon aussi ridicule qu’inutile.

L’opposition, bien sûr s’en donnait à cœur joie et se sentait des ailes, surtout  Ségolène Royal qui jouait les anges en jurant ses grands dieux qu’elle ne lèverait pas le petit doigt contre Martine ni Dominique. Quant à François Hollande, il retrouva des accents de tribun en traitant sans vergogne Sarkozy de « faux dur » et de « mou ».

Pour le moment, le président pour garder bonne figure, faisait plutôt dans l’humour. Il se déclara ainsi « secrétaire d’Etat aux Sports ». C’était assez dire que le destin de Rama Yade était scellé. Bombe à retardement, la bombe à remaniement était prête, une bombe à fragmentation propre à disperser le gouvernement façon puzzle… mais pas avant octobre, entendait-on. La disgrâce aussi était un plat qui se mangeait glacé.

C’était compter sans la révolte de Joyandet qui opposant « l’homme d’honneur » qu’il se disait être aux soupçons qui pesaient sur lui, préféra offrir sa tête aujourd’hui que se la faire raccourcir demain. Ainsi donc l’Elysée, mis devant le fait accompli, fut contraint d’accepter sa démission après l’avoir refusée. Tout échappait au président, jusqu’à ses fidèles qui se permettaient de choisir l’heure de leur trépas. Alors, comme il fallait quand même faire quelque chose, Sarkozy abattit son bras vengeur sur Blanc l’enfumé du Grand Paris. Ce qui, loin de calmer l’opinion lui fit venir le goût du sang et des cendres.

Oh oui, la saison estivale allait être chaude comme promettaient les météo men. On n’allait pas s’ennuyer.

L’été, belle saison pour une curée.

Jusqu’à mardi prochain.

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