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Dites-moi quand nous serons prêts


L’honneur est sauf, mais de si peu. Huit cent cinquante personnes pour défendre la tabagie dans les cafés et mille pour s’inquiéter de nos usages énergétiques. Les amateurs de fumée sont là pour défendre une survivance du passé, le droit d’imposer à autrui son goût pour la nicotine et le goudron. Les anti-nucléaires se préoccupent d’un avenir qu’ils voudraient plus radieux que radioactifs. Les premiers parlent de leur liberté, les seconds, de celles de nos enfants.Cette antienne revient : « ma liberté, ma liberté » sans que jamais n’en soit évoqué le coût pour autrui. Le tabac est en une magnifique image. Respirer l’irrespirable pour que je jouisse (si peu) de mes assuétudes.

Ils étaient si peu nombreux (et je n’en fus pas) mais ce n’est pas tant la faute de ces militants anti-nucléaire que celle de l’apathie ambiante. Pendant que certains arpentaient les pavés de la capitale, plus de dix mille concitoyens se rendaient dans un seul parc d’attraction. Ainsi va le monde. Il a fallu les efforts conjugués d’un anniversaire, celui des vingt-cinq ans de Tchernobyl, et d’une catastrophe au Japon, pour qu’un peu de monde se réveille. Cela durera-t-il plus longtemps que les muguets ?

Bien entendu, tout le monde a eu un moment d’inquiétude et puis les autorités sont arrivées, rassurantes. Nos centrales sont sûres, surveillées, sans souci. La seule façon de satisfaire nos besoins et Kyoto est le recours à l’atome. La messe est dite. Il ne nous reste plus qu’à dire amen et à penser à autre chose. Cela tombe bien. Nous n’aimons pas penser. De place en place, de temps à autre, nous aurons peut-être une bouffée de questions, mais cela ne durera pas.

Pourtant, si le lobby du tabac et ses esclaves consentants ont dû reculer, ne serait-ce pas possible pour les adorateurs de la fission ? Mais l’odeur du tabac et le cancer du voisin sont des choses qui nous sont connues. La terre et les eaux contaminées, les corps qui se meurent irradiés nous sont encore trop lointains pour que nous en ayons les traces dans nos vêtements, dans nos poumons ou dans nos deuils.

Peut-être faudrait-il imposer des photographies de liquidateurs ukrainiens sur nos factures d’électricité ?

Denis MARION

Entrepreneur sans but lucratif.

Allez voir http://tropdebruit.be/news/tchernobyl-25-ans-apres

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