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Films de saison


Au menu de ce billet, des grandes performances d’acteurs et d’actrices: Natalie Portman, Sally Hawkins, Javier Bardem, Jeff Bridges, Fabrice Luchini et Colin Firth. Petit compte-rendu de quelques films à l’affiche…

Par ordre de préférence:

Black Swan (Darren Aronofsky)
L’Oscar attribué à Natalie Portman est une évidence. Avec ce rôle de danseuse dont l’obsession de perfection la fait sombrer dans la folie paranoïaque la plus hallucinogène, elle rentre pour de bon dans la cour des grands. Quant au film, superbement réalisé, on s’y laisse enivrer avec délectation. Le spectacle est volontiers grandiloquent (Aronofksy n’y est pas allé de main morte), mais c’est pour mieux jouir de cette terrible descente aux enfers. Black Swan est un film tragique, grandiose, dérangeant, dont on sort ému, les mains moites, le souffle coupé.

Made in Dagenham (Nigel Cole)
Le nouveau film de Nigel Cole (Calendar Girls) raconte l’histoire vraie des ouvrières de chez Ford qui, à l’aube de la révolution sexuelle (1968), découvrent que leur salaire est moins élevé que celui des hommes. Leur mouvement de grève, mené par Rita (Sally Hawkins, rayonnante), a fait l’effet d’une bombe. Leur lutte sera éprouvante… mais au final payante. Le film, qui n’a pas peur de jouer la carte du conte de fées pour mieux dépeindre la réalité, est un réjouissant mélange entre film social et pur « feel good movie ». Drôle, émouvant et so british, Made in Dagenham est un plaisir de cinéma qui n’oublie pas de rappeler qu’aujourd’hui encore, la lutte continue.

Biutiful (Alejandro G. Inarritu)
Uxbal trempe dans le milieu corrompu des trafiquants de travail. Il a l’apparence d’un misérable truand, mais entre deux affaires pas nettes, Uxbal essaie tant bien que mal d’aider quelques écartés de la société. A côté de ça, il se bat au quotidien pour éduquer ses enfants correctement, subvenir à leurs besoins et les protéger de leur mère dépravée. Mais Uxbal est un homme en sursis: il est atteint d’un cancer incurable. Il luttera jusqu’au bout pour mourir l’âme en paix. Javier Bardem, exceptionnel, mérite ses lauriers (cannois et autres) et porte pratiquement le film sur ses épaules. Mais ce serait injuste de ne pas reconnaître le talent d’Inarritu qui, même sans Guillermo Arriaga (son scénariste pour Amores Perros, 21 Grams et Babel), prouve qu’il est un immense metteur en scène. Si son dernier film est imparfait (longuet, surtout), il est aussi touché par une vraie grâce. Outre la performance incroyable de Javier Bardem, Biutiful marque par sa sombre beauté.

True Grit (Joel & Ethan Coen)
Les frères Coen se sont fait plaisir en réalisant le remake du western éponyme (avec John Wayne, en 1969) – ou plus précisément, en réadaptant le roman de Charles Portis. Loin de proposer un nouveau « western moderne » désespéré et crépusculaire (tel l’immense Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, pour citer un exemple récent), les Coen ont joué la carte du western à l’ancienne. Le résultat est de très belle facture, parfaitement divertissant, où les excellents comédiens s’en donnent à cœur joie (Jeff « The Dude » Bridges, Matt Damon et la jeune Hailee Steinfeld, une révélation). Mais malgré la patte des frères qui se décèle ici et là (dans l’humour décalé et, surtout, les dialogues), ce True Grit manque d’ampleur et de profondeur. On est loin du choc que fut No Country For Old Men ou du jouissif A Serious Man (leur film le plus personnel à ce jour). True Grit n’est donc pas un grand Coen, d’où le léger sentiment de déception…

Les Femmes du 6ème étage (Philippe le Guay)
Fabrice Luchini, comédien épatant, n’a reçu qu’un seul César. Il pourrait bien décrocher son deuxième pour son rôle de bon bourgeois qui se fait pimenter la vie suite à la rencontre de ces femmes du 6ème étage, une patrouille de femmes de ménage ibériques. Si le film vaut le déplacement, c’est bien pour Luchini, simplement génial. Mais saluons aussi la réussite peu banale de cette sympathique comédie douce amère sur le choc des cultures et des classes sociales. A défaut d’être foncièrement original, le film a le mérite de ne pas sombrer dans la mièvrerie et d’éviter le piège à donneurs de leçons. La résolution fleur-bleue de l’histoire est moins convaincante, mais peu importe: voilà un vrai « crowd-pleaser » à la française, qui mérite le succès qu’il récolte.

The King’s Speech (Tom Hooper)
Voilà donc le grand vainqueur des Oscars. Sans réelle surprise, tant le film est calibré pour l’Académie. Après l’avoir vu, le pressentiment se confirme: il a battu meilleur que lui (Inception, Black Swan, Toy Story 3, et celui qui devait gagner: The Social Network). Rien à redire sur la récompense de Colin Firth: il est tout bonnement exceptionnel. C’est comme Natalie Portman, son Oscar est une évidence. Joli sacre pour ce brillant comédien resté cantonné des décennies dans des seconds rôles. Tom Hooper, quant à lui, a honteusement volé sa statuette à David Fincher. Jamais je n’aurais donné l’Oscar à un réalisateur qui ne s’appuie que sur deux idées de mises en scène (un cadrage décalé; un grand angle hideux) et qui va te flanquer la 7ème de Beethoven lors de LA scène clé – pourquoi diable cette musique emphatique alors que tout l’enjeu est de l’écouter parler? Pour revenir au film lui-même, il n’est certes pas dénué d’efficacité, et s’il se laisse regarder sans ennui, c’est bien grâce à Colin Firth, et à la relation que son personnage entretien avec le logopède (Geoffrey Rush, toujours impeccable) – pour le développement du contexte historique, on repassera. The King’s Speech est un divertissement honnête qui comporte quelques jolis moments, mais l’ensemble est bien trop lisse, bien trop balisé pour qu’on crie au meilleur film de l’année.

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