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Frères


Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois.

Xavier Beauvois s’était fait une place dans le cinéma d’auteur français avec quatre longs métrages plus ou moins remarqués: Nord, N’oublie pas que tu vas mourir, Selon Matthieu et Le petit lieutenant. Avec son cinquième, Des hommes et des dieux (Grand Prix  – et selon certains, véritable Palme d’Or – du Festival de Cannes 2010), le cinéaste français a gagné son ticket dans la cour des grands. Son succès critique et public (le film casse la baraque) lui fait d’ailleurs déjà prendre des allures de triomphe. En attendant les César de février prochain. Ce n’est que justice : le film est magnifique.

En mars 1996, en pleine guerre civile algérienne, sept moines du Monastère de Tibhirine, sont enlevés. Ils seront retrouvés décapités deux mois plus tard. Pour transposer ce sinistre fait d’actualité au cinéma, Xavier Beauvois et son scénariste ont opté, comme angle d’attaque, pour une question : Pourquoi sont-ils restés ? Les vérités historiques n’intéressent pas vraiment le réalisateur (d’ailleurs, l’affaire reste encore aujourd’hui loin d’être élucidée). Pourquoi rester, alors que la menace de mort, bien réelle, frappe à la porte ?

Pour répondre à cette question, Xavier Beauvois nous plonge dans le quotidien de la communauté de moines. Nous suivons leurs rituels, leurs prières, leurs offices et leurs chants liturgiques, mais aussi leur travail (de la terre, de la santé des hommes) et leur vie sociale. Complètement intégrés à la population locale, ils ne conçoivent pas leur vie quotidienne sans leurs amis musulmans. En voyant ces liens de fraternité, tissés chaque jour, on se dit que ces hommes de dieux sont avant tout des hommes. Ce qui dégage de ces personnages pris au piège par un dilemme cruel, c’est avant tout leur humanité absolue. En choisissant de rester, Dom Christian, Frère Luc, Frère Amédée et tous les autres s’accrochent, surmontant leur peur et leurs terribles doutes, à leur foi indéfectible. Leur foi en l’homme. En choisissant de rester, ils poursuivent, unis par leur courage, leur combat quotidien pour faire triompher l’humanité sur la barbarie, la fraternité sur la haine. Quitte à en mourir.

Le danger, avec ce genre de sujet, est de tomber dans la bondieuserie prêchi-prêcha ou le pathos lourdingue. Obstacles évincés en deux plans trois mouvements… Des hommes et des dieux, malgré son titre pompeux en apparence, est d’une simplicité désarmante. Malgré ses partis pris un peu trop évidents, la mise en scène impressionne par sa recherche de l’épure. Le risque de tomber dans la platitude est, une fois de plus, facilement évité par la grâce naturelle de la caméra de Xavier Beauvois. Comment ne pas saluer également l’excellence du casting, dominé par Lambert Wilson, Michael Lonsdale, et Jacques Herlin dans la peau du doyen de la communauté.

On ne sort pas indemne de ce film. Peu importe notre foi ou notre orientation religieuse, on ne peut qu’être bouleversé par le destin de ces hommes. On ne peut qu’être interpellé, aussi, par le discours final, un appel à la tolérance, simple et beau. Il n’en faut pas plus pour que Des hommes et des dieux, un des grands films de cette année, touche à l’universel.

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