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Gens du Peuple et tristes sirs


On n’en a pas trop parlé : ce qui doit bien signifier quelque chose…

Naturellement, on peut toujours se rassurer, voire se raconter des histoires, et affirmer que, de même que, sur sa fin, ce journal n’avait plus rien à dire, sa nouvelle « formule », si jamais elle advient, n’en dira assurément pas davantage. N’empêche : l’annonce par Modrikamen de son intention de relancer Le Peuple, organe officiel du Parti Socialiste Belge jusqu’à sa disparition en 1988 (et précisément l’année du 125ème anniversaire de sa fondation de ce parti) a un caractère presque fatal dans l’enquête qu’un esprit avisé se doit de mener sur l’époque présente, au point d’en constituer à lui seul une tendance profonde et d’en être quasiment une signature – en l’occurrence celle d’une faillite.

L’histrion, quant à lui, est dans son rôle. En déclarant la nature « populaire », jusque dans son nom, de son propre Parti, l’avocat Modrikamen (cet homme sans foi ni loi…) s’autorise à revendiquer pour son seul compte de s’inscrire dans une tradition et dans une filiation d’émancipation. C’est évidemment tout le contraire. Comme de coutume, il s’agit de contaminer et de s’emparer des valeurs et des totems de l’ennemi, sachant que celui-ci n’a plus les moyens, ni d’ailleurs les capacités, après tant de reculs sur sa doctrine et ses fondamentaux, de les entretenir. Le fait même qu’une telle possibilité existe, quand bien même elle finirait par ne pas se réaliser, est, en effet, le signe définitif de la confusion intellectuelle qui tient fièrement boutique au décrochez-moi-ça de ces temps-ci., avec une arrogance toujours renouvelée. Peu importe pour ces gens que la vie de l’esprit ou que la qualité du débat se dégradent, puisque c’est exactement leur but : discréditer toute pensée qui serait autre que strictement et étroitement individualiste…

La pénible projection de Modrikamen est avant tout le signe de l’estompement, et littéralement de la perte de connaissance, de toute forme de destin collectif. Le problème est ainsi autrement plus profond que celui de la protection d’une propriété intellectuelle ou de l’utilisation abusive d’une marque. Méthodiquement, avec une grande détermination, il s’agit de s’acharner à déclarer mauvais, dès les racines, tous les symboles d’un système de pensée qui prônerait la libération de l’individu par la volonté commune. Pour de tels personnages, la victoire de leurs « idées » n’est jamais assez grande – un trait qui peut se comparer à l’insondable voracité de leurs » traders » dans les réjouissances financières. Très consciemment, il leur faut ôter toute perspective d’une autre direction que la leur dans la conduite des affaires humaines, et déclarer « naturelles » leurs déraisons idéologiques.

On le sait, les groupes artistiques les plus radicaux tenaient pour assuré qu’il fallait trouver des formes et une pratique nouvelles, dans un langage qui ne soit à aucun moment traduisible par le goût bourgeois, pour en remontrer aux détenteurs du savoir et les tenir, sans précautions excessives et sans compromissions inutiles, à distance. Ils n’avaient pas tort.

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