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Harry Potter, de la page à l’écran


Phénomène littéraire, il était inévitable que la saga du petit sorcier à lunettes se fasse transposer un jour au cinéma. C’était il y a bientôt 10 ans. A l’époque, quatre tomes étaient sortis, il en restait trois à JK Rowling pour clôturer l’œuvre de sa vie.

C’est Chris Columbus, faiseur hollywoodien de comédies familiales (Maman, j’ai raté l’avion, Madame Doubtfire), qui ouvrit le bal des adaptations, en signant les deux premiers films. Harry Potter à l’Ecole des Sorciers et  HP et la Chambre des Secrets reconstituent très fidèlement l’univers de JK Rowling, mais peinent à dépasser le statut de simple illustration des romans, la faute à une vraie vision du metteur en scène, et à des scénarios qui hésitent à s’attarder sur les détails ou à se concentrer sur l’intrigue. Les trois jeunes acteurs incarnant Harry, Hermione et Ron, font encore pâle figure aux côtés du superbe casting british qui s’est bousculé pour avoir un rôle : Alan Rickman, Maggie Smith, Robbie Coltrane, John Hurt, ou encore le regretté Richard Harris, magnifique dans le rôle de Dumbledore. Son remplaçant, Michael Gambon, n’aura pas été aussi bon.

Après ces deux épisodes mignons mais peu marquants, les producteurs ont changé de fusil d’épaule. C’est que, à partir du troisième tome, HP et le prisonnier d’Azkaban, Rowling entre dans le vif du sujet. L’intrigue se fait beaucoup plus complexe, plusieurs tiroirs du passé d’Harry sont ouverts… L’histoire d’Harry Potter prend de l’ampleur. Sans parler des jeunes héros qui sautent à pieds joints dans les tourments de l’adolescence. Les lecteurs, de plus en plus nombreux et dont la plupart grandissent avec le héros, sont de plus en plus accros. Pour marquer le coup au cinéma, les studios Warner ont fait confiance à Alfonso Cuaron, un talentueux réalisateur mexicain à qui l’on devait, plus tard, le superbe Children of Men. Le résultat est probant : non seulement le ton change (moins enfantin) et le relooking est total (des costumes djeun’s, un nouveau Poudlard)… Cuaron signe simplement le meilleur épisode, à ce jour, de la saga. Il y apporte une séduisante noirceur, pose un vrai regard sur les adolescents (les jeunes acteurs s’en sortent d’ailleurs beaucoup mieux), et sa mise en scène adopte enfin un souffle digne de ce nom. Les vieux briscards David Thewlis et Gary Oldman contribuent de leur talent dans les rôles importants. Cerise sur le gâteau, John Williams (maître de symphonisme hollywoodien, compositeur attitré de Spielberg) compose une de ses plus belles partitions. Vraiment, Azkaban est une magnifique réussite.

Mais Cuaron, épuisé par l’ampleur de l’entreprise, ne rempile pas pour le suivant. Pour l’épisode crucial qu’est HP et la Coupe de Feu, on engage Mike Newell, cinéaste sans grande personnalité mais qui a signé d’excellents films (4 Mariages et 1 enterrement, Donnie Brasco). Newell s’en sort avec les honneurs, mais le fossé creusé entre les romans et leurs adaptations s’est encore élargi. Problème : les romans sont de plus en plus épais et a fortiori de plus en plus denses. Plaisant, ce quatrième opus fait tout de même un peu pâle figure à côté de son équivalent de papier, considéré par beaucoup de fans comme un des meilleurs de la série. La tâche du scénariste attitré, Steve Kloves, se fait de plus en plus ardue…

Pour s’atteler à l’adaptation des films de la « deuxième partie » de la saga (celle où Lord Voldemort est de retour), la Warner mise sur un réalisateur venu de la télé : David Yates. Malgré les craintes de voir un inconnu s’emparer de la saga, le cinquième film est une honnête réussite. HP et l’Ordre du Phoenix, le roman, était un pavé dans lequel Rowling installait une menace sourde et limitait au maximum les rebondissements, faisant traîner le récit jusqu’au dernier tiers, où la guerre éclate enfin – un final dantesque où Harry se verra traumatisé une première fois par la mort d’un de ses proches. A l’écran, les coupures se font moins douloureuses. Le look adopté par Yates (à mi-chemin entre fantastique et réalisme) fonctionne bien, et le jeu de Daniel Radcliffe (Harry) s’améliore nettement. En somme, ce cinquième opus se montrait fort prometteur pour la suite des aventures.

Catastrophe : le passage à l’écran de HP et le Prince de Sang-Mêlé, peut-être le meilleur tome de la saga, est un ratage. Le scénario souffre trop de la densité de l’histoire. Yates réussit quelques scènes par à-coup, mais n’arrive jamais à rendre justice au souffle et à la splendide noirceur du roman. Preuve ultime de l’échec : il rate la fameuse scène où vous-savez-qui se fait assassiner. Bref, le meilleur des romans est le moins bon des films.

C’est dire si la méfiance était de mise pour le numéro 7. Et puis, que devait-on penser de cette décision, surprenante, de couper ce dernier tome en deux films ? La première réaction instinctive (« coup marketing ! ») était tempérée par des arguments évidents d’adaptation : à voir cette première partie de Harry Potter et les Reliques de la Mort, sortis sur nos écrans le 17 novembre, on ne peut qu’approuver ce choix. Condenser le roman (sans doute le plus touffu de tous – et certes non dénué de longueurs) en 2h30 eut été impossible, du moins trop risqué pour un nouveau « massacre » du matériau d’origine – ce qui, rappelons-le, s’était passé avec l’opus précédent. Le hic, c’est que cette première moitié, n’est pas la plus palpitante. Les scènes « d’action » sont limitées, et l’essentiel de l’intrigue concerne l’enquête de Harry & co pour retrouver ces fameux Horcruxes (passons, c’est une longue histoire). L’inconvénient, c’est que le rythme en pâtit. L’alternance des errances désespérées (où l’intrigue patine un peu) et des scènes où ça se bouscule un peu n’est pas toujours bien gérée, d’où cette impression de déséquilibre. L’avantage, c’est que l’on dispose de plus de temps pour développer certaines choses, notamment les rapports et conflits entre les protagonistes, fort bien gérés par le trio d’acteurs (aujourd’hui âges de 21 ans) – qui n’ont jamais été aussi justes. Ce « temps donné au temps » est également propice à l’installation de ce climat de temps de guerre, sans espoir, sans joie, sans humour. On prend le temps, aussi, de ne pas trop précipiter les scènes clé : le conte animé des Trois Frères, que n’aurait pas renié Guillermo del Toro, est une merveille. La scène, en fin de film, où meurt un personnage célèbre, trouve le ton juste pour émouvoir, et la scène du médaillon est une des plus perturbantes de la série. David Yates a beau réaliser des films assez inégaux, il saura toujours nous offrir de très belles scènes. Bien sûr, on pourra toujours tiquer sur le manque de fluidité, le survol de certains détails qui déconcertera, comme toujours, ceux qui n’ont pas lu les livres, mais ce HP7-1, a su se démarquer des épisodes précédents. Episode transitoire par excellence, il s’offre finalement un honneur non négligeable : celui de promettre une conclusion en apothéose, un épisode chargé en action et en émotion, celui où tout finira enfin. Promesse tenue ? Rendez-vous en juillet pour la réponse.

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