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Le Black Rose Orchestra, de Cape Town (+ Pierre Bernard et Joe Higham) pour quelques concerts en Belgique


Populo Jazz Limousine

Blackrose smallCe jeudi 24 janvier, je suis allé au jazz club de Mazy, entre Namur et Gembloux, pour le concert inaugural du festival Nam’ In’Jazz 2013. J’y ai entendu un groupe étonnant, ce qui, connaissant l’audace et le flair de Philippe Dethy, le maître du lieu, n’est pas vraiment… étonnant. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil sur la cuvée 2013 du festival.
Étonnant, oui, parce que je me préparais à passer une petite soirée sympa, sans plus, et bien non, pas du tout. Il y avait un plus. Il y avait ce qu’on attend secrètement d’un concert, et que l’on trouve, somme toute, assez rarement : cette alchimie, ce quelque chose qui transforme une soirée gentille, voire ennuyeuse, en moments de joie et d’émotion. Et qui étonne. Et laisse une trace.
Ce qui a étonné, et qui laissera une trace, ce soir-là, c’est une fraîcheur, une légèreté, une sorte de pureté rythmique très mobile au service d’un chant aérien, allègre, un chant sans chanteur, comme le sifflotement joyeux et inventif d’un promeneur solitaire et radieux dans les rues d’une ville, la nuit. Soulevé par son propre chant, le promeneur devient danseur, et le trottoir, sous ses pas, se métamorphose.
Un tapis sonore, tissé de motifs souples et précis, un tapis magique.
(Comme nous n’avons pas le son, contentons-nous des images)
Peu de monde, c’était jeudi, un jour de semaine comme on dit, un jour de travail suivi d’un lendemain de travail, et le froid, et la neige… Et puis ce sont des nouveaux venus, un groupe inconnu… on attendra peut-être qu’on parle un peu d’eux. Il faut des explorateurs, des découvreurs, comme Philippe Dethy, pour aider les artistes à se faire une réputation! Rien que le nom pourtant aurait pu chatouiller les imaginations, et le désir d’en savoir plus : The Black Rose African Jazz Orchestra, ou plus simplement The Black Rose Orchestra. Un frisson exotique déjà nous titille…
On aura compris, ils ne sont pas d’ici, mais un peu quand même. Le Black Rose Orchestra débarque tout droit d’Afrique du Sud, plus précisément de Cape Town, célébrée par Abdullah Ibrahim dans sa composition du même nom, si bien chantée par Tutu Puane (voir ma chronique publiée sur ce blog le 26 juin 2012).
Le groupe se compose de Hannar Zwrachtos, leader et batteur (la pureté rythmique très mobile, c’est lui), Johanna Booysen, co-leader et pianiste (le tapis sonore, rythmique et mélodique, et les compositions originales, c’est elle), Oscar Armoed, guitare (le tisserand magnifique), David Marthinus, basse (la trame invisible du tapis). Augmenté, pour leur tournée belge, de Pierre Bernard, à la flûte et Joe Higham, saxophones, bien connus chez nous (le sifflotement joyeux et inventif).
Et que donc nous ont-ils sifflé, tissé, rythmé ? Un répertoire pour le moins original, qui comprend des standards comme Polka Dots and Moonbeans, des compositions de la pianiste Joannah Booysen (Perpetual Collective Hangover, Ysterplaat Kwela ou Brooklyn Groove) mais aussi de Don Laka (Tlang Sekolong ) et Bheki Mseleku (Nants’ Inkululeko), pianiste sud-africain dont Tutu Puane a repris Through the years sur son dernier CD, voir la chronique déjà citée, et Swingin’ safari de …Bert Kaempfert (vous vous souvenez peut-être de ces tubes sirupeux et sautillants, rabâchés à la trompette, dans les années 60), tout cela dans les styles du pays, Mbaqanga, Kwela ou Kwaito-jazz.
Le parcours de Hannar Zwrachtos n’est pas banal.
Première particularité : à part quelques cours de solfège, il est autodidacte. Son propre maître, sa propre école… Oui, ce qu’il fait, ce qu’il sait, il l’a arraché de ses mains, et avec ses oreilles, sur le terrain. Beaucoup écouté. Beaucoup joué. Non formaté. D’où cette pureté. Il commence à jouer de la batterie à l’âge de 16 ans et devient professionnel dans les années 90. Il crée le Populo Jazz Limousine auquel s’associent Eric Vermeulen (je me souviens des concerts du Kafka), Pierre Bernard, Henri Greindl, Mark Bogaerts, Laurent Blondiau, entre autres. Il forme le Post-ethnic Brussels Ensemble avec Laurent Taquin, élève de Franco Dragone et de Fabrizio Cassol (imaginez la mixture), grand bricoleur et inventeur d’instruments impossibles, dont les taquinophones. Puis, comme Hannar Zwrachtos ne fait rien comme les autres, il quitte les circuits traditionnels du jazz et se lance dans un projet un peu fou qu’il intitule Bron van Wolva : il achète – quoi de plus normal, pour un fils d’agriculteurs – un vieux tracteur Deutz deux cylindres de 1969, une roulotte dans laquelle il installe un poêle à bois, sa batterie, ses gongs, son likembe, son balafon, des morceaux de bois et un tas de trucs qui se frappent, se frottent et s’agitent. Et son lit. Avec tout ça, il sillonne l’Europe, de Lokeren, son village natal, à la Turquie en passant par l’Allemagne, l’Italie, la Bulgarie. Le tracteur n’a pas de cabine. Sous le soleil, le vent, la pluie, il peut pousser des pointes de vingt-cinq kilomètres-heure, mais Hannar se limite à quinze : trop bruyant à vingt-cinq. Il s’arrête sur les places, remonte la bâche de la roulotte, place son chapeau de magicien sur le sol et il joue et chante ses compositions In een klein stationnetje, Daar was es ne flinke gast, Vrouwenmoed, La petite tsigane, ou Space is the place, de Sun Ra, ou Locomotive d’or, de Nougaro. Aujourd’hui encore, il lui arrive de chanter ce répertoire avec le Black Rose Orchestra. Il a travaillé avec la danseuse et chorégraphe Joannah Pinxteren, notamment pour le KVS (Koninklijke Vlaamse Schouwburg) dans la Tempête de Shakespeare. Il joue un moment dans le groupe Sairy du Malgache Miary Lepiera.
Ensuite il émigre en Afrique du Sud.
Le voici donc revenu, avec son groupe et pour quelques semaines, au pays, où il a retrouvé ses anciens complices, Pierre Bernard et Joe Higham. Mazy, c’est trop tard, et Malines aussi. Il reste des dates en février, à Lokeren (1 février), à Bruxelles, au Théâtre de la Casquette (le 16 février).

Stage de marche-danse rythmée, avec Joannah Pinxteren
Hannar Zwrachtos, alias Filip Baert (vous vous doutez bien que personne, à Lokeren, ne s’appelle vraiment Hannar Zwrachtos), donnera par ailleurs un stage avec Joannah Pinxteren, citée plus haut. Joannah Pinxteren est danseuse, chorégraphe, pédagogue et anthropologue de la danse, auteure d’un très beau livre et d’un film consacré à une danse et un style musical de La Havane, le Danzón (La Havane et l’âme Danzón, aux Éditions namuroises). Mais je ne vais pas commencer une nouvelle chronique alors que j’arrive au bout de celle-ci. Pourtant il faudra bien lui en dédier une, prochainement, tant le parcours de cette artiste est lui aussi riche et atypique.
Un clic sur le lien ci-dessous, puis un second, dans le calendrier, à la date du 16 février, et vous aurez tous les détails sur ce « petit stage de marche-danse rythmée ». Tiens, tiens, revoilà le promeneur-danseur radieux. Quoi de plus normal puisque Hannar Zwrachtos sera aux percussions, sauf que cette fois, le promeneur-danseur, ce pourrait être vous. Pas seulement danseur : philosophe aussi. Philosophe siffleur, marcheur et danseur. Car Joannah Pinxteren joint une parole aux actes, une parole à la marche, une parole à la danse. Juste ce qu’il faut. Mais quelle parole…

Pour les détails des concerts, même clic, ainsi que pour la discographie (rubrique « Music »).

http://www.blackrose.org.za/Calendar.htm

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