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Italie : l’impérieuse reconstruction morale


Le dernier sondage réalisé par l’institut statistique Demos & Pi pour le quotidien La Repubblica confirme un état de fait : l’opinion publique italienne est désemparée. Jamais encore, dans l’histoire de la République, la confiance dans les institutions politiques et institutionnelles n’avait été aussi faible. Le recoupement de trois données attestent tout particulièrement de ce désarroi : 1) 55 % des sondés déclarent avoir une très haut indice de confiance personnelle en la personne de Mario Monti. 2) 53 % d’entre eux souhaitent cependant que le pays soit dirigé, au plus vite, par une coalition de nature politique et non pas technique. 3) Seuls 5 % des personnes interrogées ont toutefois confiance en la capacité du personnel politique actuel à gouverner l’Italie (le Parlement est crédité d’un taux de confiance de 10% !). Il va de soi qu’un certain nombre de données objectives peuvent expliquer ce sentiment de désarroi aigu. L’incertitude sur l’avenir politique de Mario Monti, qui ne cesse de répéter son refus de prolonger son expérience gouvernementale au-delà de l’horizon 2013, l’illisibilité, quand ils existent, des programmes électoraux, ou encore le voile de médiocrité partisane régnant sur les tractations entre probables alliés. Nous pensons toutefois, plus radicalement, que ces explications demeureront superficielles (et donc, à elles seules, inutiles) tant que la réflexion ne sera pas portée sur la remise en cause de la représentativité électorale classique. L’absence d’imputabilité des décisions politiques, l’impossibilité d’un retrait réel de la délégation de pouvoir (liée, essentiellement, au cumul des mandats et à leur non-limitation dans le temps) ont, en effet, fortement érodé la confiance en un système représentatif qui peine à intégrer en son sein les attentes citoyennes. De sorte que le suffrage universel, devenu un ersatz de foire où l’on chasse par tous les moyens possibles les faveurs de l’opinion publique, ne semble plus qu’un arbitrage entre revendications concurrentielles, conflictuelles, et s’il conserve encore sa légitimation juridique, il semble cependant avoir durablement perdu de sa justification morale. Quatre décennies de particratie andreottienne et craxienne, suivies de deux décades de vidéocratie berlusconienne, périodes marquées par une longue pratique d’amoralité, d’échange de prébendes et autres privilèges, ont moralement affaibli les institutions italiennes. La reconstruction politique doit donc d’abord être morale. De renouvellement radical d’un corps d’élus responsable du désarroi (et du mal-être) d’un peuple électoral qu’il est sensé servir. On ne peut, après la parenthèse Monti, repartir sur les mêmes bases institutionnelles et avec les hommes et les femmes responsables (ou coresponsables, si pas juridiquement du moins moralement) du désastre des dernières législatures. La cohérence, le lien avéré entre le verbe et l’action, et donc l’instauration d’une forme de responsabilité objective et sanctionnable de l’action publique, sont, en démocratie, des vertus imprescriptibles. Des anticorps faces aux possibles dérives. Seuls peuvent me contraindre, disait Thoreau, ceux qui obéissent à une morale plus altière que la mienne.

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