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Joyeux fourre-tout : de quelques livres inclassables


9782874493058FSJ’ai lu ces derniers mois des livres irréductibles à nulle catégorie, ni romans, ni essais, ni, ni, ni, et même ceux qui semblent appartenir à un genre, s’en distinguent. Petit Musée d’histoire littéraire, par exemple, ouvrage collectif coordonné par Nadja Cohen et Anne Reverseau et présenté par son éditeur, Les Impressions Nouvelles, comme «une histoire littéraire buissonnière», constitue un lieu de viste inédit, aussi instructif que riche en surprises. De 1900 à 1950, la vie littéraire y est observée à travers cinquante-et-un objets (au sens large) entretenant avec elle un rapport plus ou moins proche.

Le siècle s’ouvre par le manuel scolaire, «lieu de mémoire fonctionnel» (Pierre Nora) dans les pages duquel figurent des extraits des livres de Marcel Pagnol ou de l’indéracinable Tour de France par deux enfants, «bibliothèque du peuple» (Mollier) présente dans tous les cartables, et donc chez Colette ou dans Le Grand Meaulnes. Cinquante ans plus tard, une pendule anglaise «frappe dix-sept coups anglais» à l’entame de La Cantatrice chauve. Cette «anti-pièce» d’Ionesco créée en mai 1950 au Théâtre des Noctambules, par son humour absurde, par sa remise en cause de la notion temporelle, va révolutionner le théâtre moderne. Entretemps, on aura vu défiler toute une série d’objets divers: le canapé (1901), à la frontière entre deux mondes, ceux des «conventions mondaines» et de «leurs transgressions sexuelles», lié au théâtre bourgeois et singulièrement à celui de Feydeau; le vélo (1903) loué par Alfred Jarry dans Le Surmâle puis dans La Passion considérée comme une course de côte; le Manège (1906) apparu pour la première fois dans Romances sans paroles de Verlaine qui découvre les chevaux de bois dans la capitale belge en compagnie de Rimbaud; le dandysme en littérature observé à partir du prix Goncourt décerné en 1911 à Monsieur de Lourdines d’Alphonse de Châteaubriand.

marcel-duchamp-fountain-1950La porte des toilettes, que l’on retrouvera dans Ulysse de Joyce et au cinéma dans L’Age d’or de Bunuel, est ouverte en 1917 avec l’urinoir exposé à New York par Marcel Duchamp sous le titre Fountain. En 1921, dans Anicet ou le Panorama, Aragon raconte la «confusion indicible» provoquée chez son héros par un écran de cinéma «à l’idée qu’une glace lui présentait comme son reflet le fantôme d’autrui». Présent dans Le Château de Kafka, plus précisément dans le bureau du maire où se rend K. pour connaître la tâche qui lui a été attribuée, le meuble d’archives (1926) permet un détour par le Belge Paul Otlet, inventeur de la Classification décimale universelle et du Mundaneum, par Musil (L’Homme sans qualités), par Canetti (Auto-da-fe) et par Michel Foucault (Les Mots et les choses). Virginia Woolf accorde une large place au gramophone dans son œuvre (comme Joyce dans Ulysse), et principalement dans son dernier roman, Entre les actes (1941), où, dissimulé dans les buissons, il donne les instructions lors d’une reconstitution historique. Les barbelés sont liés aux camps, notamment à ceux d’extermination, et Robert Antelme insiste sur leur barbarie dans L’Espèce humaine (1947).

1316814380Avant/Après (JC Lattès), cosigné Carl Aderhold et Vincent Brocvielle, s’amuse à confronter, sur chaque double page, hier et aujourd’hui. Par exemple, hier, c’était le concubinage, aujourd’hui, le mariage pour tous. Hier, le feuilleton télé, aujourd’hui, la série. Hier la carte Michelin, aujourd’hui, le GPS. Les écrans ont remplacé la télé, la tablette, le porte-revues, le mojito, le Ricard, le brunch, le repas du dimanche, le Starbucks, le café avec son zinc, le MP3, le 45 tours, le covoiturage, l’autostop, le hipster, le beatnik, le speed dating, le slow, etc. Et aussi, plus culotté, mais non moins vrai, la minijupe d’hier a laissé la place au voile, le plein emploi au plan B, la retraite au travail du dimanche, l’ouvrier au chômeur. Chaque mot a droit à son commentaire humoristique. Parmi les secteurs de la vie courante retenus par les auteurs – mode, sentiments, déplacements, économie, détente…-, celui où les modifications sont les plus criantes, on n’en sera pas surpris, est certainement la communication. Ici, l’évolution témoigne peut-être plus qu’ailleurs de l’avancée technologique (et déshumanisée?) du monde: le smartphone a enterré la cabine téléphonique, le tweet, le télégramme, le selfie, le polaroïd (même si celui-ci revient à la mode), la hotline, le «22 à Asnières» avec son opératrice (déjà disparu depuis belle lurette). Snapchat a donné un sérieux coup de vieux au photomaton, Instagram à la carte postale, Facebook au trombinoscope ou le pop-up envahissant les écrans d’ordinateurs à la bonne vieille pub.

livre-garcinEn novembre dernier, Le Masque et la Plume a fêté ses 60 ans. D’abord réservée au théâtre et à la littérature, cette heure dominicale a été créée en 1955 par Michel Polac et François-Régis Bastide, «mariés» par Jean Tardieu. Ce couple contre nature a survécu tant bien que mal jusqu’au départ du futur animateur de Droit de réponse en 1970. Douze ans plus tard, la doyenne des émissions radio en France est confiée à Pierre Bouteiller qui, en 1989, la refilera à Jérôme Garcin, alors journaliste à L’Evénement du Jeudi et déjà membre de l’équipe littéraire. C’est lui qui, dans Nos dimanches soirs (Grasset), en évoque l’histoire sous la forme d’un abécédaire. Un bain de nostalgie pour les anciens à jamais marqués par les joutes oratoires entre les critiques cinéma Jean-Louis Bory et Georges Charensol dans les années 1960-70. L’actuel responsable des pages livres de L’Obs rappelle que l’émission, dont la musique du générique est La Fileuse de Mendelssohn, est d’abord un show, que le critique y joue un rôle et ne doit pas hésiter à en rajouter, jusque dans la mauvaise foi. Et que c’est cette dimension, parfaitement intégrée par les participants qui se sont succédé depuis six décennies, ainsi que par ses auditeurs souvent accrocs, mais nettement moins par les cinéastes ou écrivains parfois violemment éreintés, qui a assuré sa longévité. masque-et-plume-radiofrance-1971Outre les entrées consacrées à Bastide, Bory, Charensol, Michel Ciment (l’un des plus grands critiques actuels, quarante-cinq ans de présence) ou Polac, on trouve «zeugma» et «purin d’ortie» (seuls les auditeurs réguliers comprendront pourquoi), les inévitables «Je me souviens» ou un détour autobiographique (Garcin a jadis animé deux émissions littéraires à la télé). Ainsi qu’une foule d’anecdotes évidemment réjouissantes, voire émouvantes, parfois liées à de très belles histoires singulières: le-masque-et-la-plume-jean-louis-bory-et-francois-regis-bastide_5484756untel avait donné rendez-vous à sa future femme lors d’un enregistrement de l’émission, émission qu’il fera écouter à leur bébé in utero; les trois enfants d’une ostréicultrice auditrice fidèle veulent respectivement percer dans la littérature, le cinéma et le théâtre; l’auto-éditeur d’une Histoire du théâtre dessinée est devenu l’invité permanent des émissions consacrées au théâtre, etc. Et l’auteur rappelle que Le Masque et la Plume s’est arrêtée à deux reprises: fin 1960, suite à la censure dont furent victimes les signataires du Manifeste des 121 contre la Guerre d’Algérie et en mai-juin 1968. En 1970, c’est grâce à une pétition signée par plusieurs centaines de milliers d’auditeurs qu’elle ne fut pas remplacée par du radioguidage.

Enard-Heros-de-papierDe Jean-Pierre Enard, mort à 44 ans en 1987, les éditions Finitude ont réédité deux romans, Le dernier dimanche de Sartre et La reine du technicolor, ainsi qu’un recueil de nouvelles érotiques, Contes à faire rougir les petits chaperons. L’éditeur bordelais a aussi rassemblé des textes épars de celui qui, dans les années 1980, a participé à la revue Roman. Après Un bon écrivain est un écrivain mort (2005), voici L’existence précaire des héros de papier. Ce bref volume regroupe cinq extraits de Rassemblement, un roman-feuilleton totalement farfelu où s’entrecroisent différents personnages – une danseuse nue quinquagénaire reconvertie dans la cartomancie prise en otage par un colosse qui attend qu’elle lui raconte «tout» (mais tout quoi?), un boxeur assassin d’une chercheuse au CNRS, une adolescente de 14 ans dont s’éprend la psychanalyste enquêtant sur son viol ou une égyptologue qui a trouvé dans une poubelle du château de Chambord une enveloppe maculée de graisse. L’auteur lui-même finit par intervenir sous les traits du «romancier». Ces bouts romanesques sont interrompus par quatre nouvelles, dont deux reprennent le même narrateur, un surveillant dans un grand magasin. Ces textes viennent confirmer qu’Enard était un magnifique écrivain, rigoureux et subtil, ne manquant pas d’humour.

9782842638429Parallèlement à leurs romans, poèmes ou pièces de théâtre, de nombreux hommes de lettres – les Goncourt, Jules Renard, Gide, Kafka, Green, Léautaud, Jouhandeau, Claude Mauriac, Charles Juliet et d’autres – ont écrit des journaux qui, aujourd’hui, font intégralement partie de leur œuvre. Il en va tout autrement avec André Blanchard qui n’a rien fait d’autre, sur le plan littéraire, que de tenir un journal (plus quelques chroniques) de 1987 à la veille de sa mort survenue le 29 septembre 2014. Après cinq tomes parus chez un petit éditeur local, Erti, ces carnets ont été repris par le Dilettante qui vient de publier le neuvième et ultime volume sous le titre Le reste sans changement. L’éditeur a voulu leur donner une unité un reprenant à chaque fois le même dessin de couverture, variant juste sa couleur. Il faut éviter de prendre Blanchard pour un anachorète misanthrope et râleur, pestant contre ses contemporains et la modernité, il en est à l’opposé. Employé dans une galerie d’art, il lit la presse et se montre curieux de son temps, à l’écoute de ce qui se dit, s’écrit ou se chante. Il lit avec plaisir Mona Ozouf ou les premiers romans de François-Henri Désérable (Tu montreras ma tête au peuple) et de Marien Defalvard (Du temps qu’on existait), cite Céline (à propos des émissions télés culinaires) selon lequel le Français est «raffiné en rien, sauf de la gueule» ou Mauriac, se retrouve dans Hubert-Félix Thiéfaine qui, passé comme lui chez les religieux, ne se permet de prendre du temps pour lui qu’après avoir «bossé». S’il n’a rien lu de JB Pontalis, il considère sa collection, L’un et l’autre, comme «la plus belle» de littérature contemporaine. Il s’offusque d’une phrase malvenue de Thuram ou de l’emploi du mot «géant» pour qualifier un trio de poètes actuels, profère quelques vacheries (contre Duras, à propos des écolos), donne son avis (contre le mariage, qu’il soit pour tous ou non), médite (suite à la vision du film L’Attentat, sans noter qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman de Yasmina Khadra) ou se souvient de la minute de silence (plus un Notre-Père et un Je vous salue Marie) imposée par le Père Préfet lors de l’assassinat de Kennedy. Ce livre (comme les tomes précédents) est une gageure: de son auteur dont on ne sait rien, et dont ne saura jamais rien de plus, on se surprend à prendre du plaisir à lire les considérations et réflexions sages et réfléchies. Et à aprécier la prose parce qu’elle est juste et belle.

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