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Le film de la rentrée


Avant les grosses sorties programmées en février (la période des Oscars), il est opportun de faire un petit point sur quelques sorties récentes…

Fin de l’année dernière sont sortis trois films à recommander chaleureusement – Il n’est pas trop tard: ils sont toujours en salles. Le premier est Dancing Dreams, un formidable documentaire sur la production d’une célèbre chorégraphie de Pina Bausch, Kontakthof, interprétée par des jeunes adolescents… qui n’ont jamais dansé. Avec leurs sens et leurs émotions en éveil, il faut les voir s’investir corps et âme dans cette belle aventure, sous l’œil bienveillant de la célèbre chorégraphe (le film fut tourné peu avant sa mort). Attachant, et revigorant!

Le deuxième est Another Year, le dernier film de Mike Leigh. Au fil des saisons, on suit les tranches de vie d’une poignée de personnages. Certains sont heureux, d’autres sont blessés ou déçus par la vie. Avec finesse et tendresse, Mike Leigh nous parle de détresse et de solitude, de solidarité et d’amitié, du temps qui passe et qui nous défie. Entre le rire et les larmes, c’est la profonde humanité du film qui ressurgit. Les comédiens sont admirables, l’excellent Jim Broadbent en tête.

Autre petite perle qui vaut le déplacement: Les Emotifs Anonymes, de Jean-Pierre Améris. La drôlerie exquise de cette délicieuse comédie romantique vient du fait que les obstacles que les deux protagonistes doivent surmonter pour finir dans les bras l’un l’autre sont directement liés à leur handicap: ils sont extrêmement émotifs. Sur le papier, l’idée peut effrayer mais le résultat à l’écran est hautement réjouissant, grâce notamment au duo d’acteurs à l’alchimie irrésistible. Poelvoorde, loin de ses excès bourrins qui font sa gloire (Rien à Déclarer est projeté PARTOUT en Belgique et a fait plus de 200.000 entrées pour son premier week-end), est carrément génial de finesse est de justesse. Jean-René est de loin un de ses meilleurs rôles. Isabelle Carré (…de chocolat) est formidable, comme à son habitude. Le scénario est léger mais très fin et bien réglé et teinté d’un humour quasi-burlesque et de passages chantés, ce qui donne une tonalité de fable tout à fait bienvenue. C’est drôle, tendre et touchant… Un petit régal, comme un carré de chocolat qui fond dans la bouche.

Le premier grand film de 2011 est un film québécois, nommé à l’Oscar du film étranger: Incendies, de Denis Villeneuve, adapté de la pièce éponyme de Wajdi Mouawad. Mieux vaut en savoir le moins possible sur l’histoire,  mais en deux mots il s’agit de deux jeunes adultes qui, à la mort de leur mère, apprennent qu’ils ont un frère dont ils ignoraient jusqu’ici l’existence. Parallèlement à l’enquête pour le retrouver (un véritable jeu de piste, du Canada au Moyen Orient), on explore le passé torturé de la mère, qui fut une activiste politique au destin tragique. Le drame se termine par une révélation finale sidérante, presque trop grosse à avaler… Pourtant, cette incroyable histoire est transcendée par une mise en scène somptueuse, une narration d’une admirable fluidité, et un propos fort sur le cycle de la violence. Incendies impose définitivement Denis Villeneuve comme un grand cinéaste. Il trouve à chaque instant le ton juste pour faire exprimer ces violences retenues, pour bâtir des ponts entre contexte historique (imaginaire mais inspiré de la guerre du Liban) et quêtes intimes des personnages. Outre ce conte d’une puissance à marquer au fer rouge, Incendies dresse également une superbe portrait de femme. La Belge Lubna Azabal a su hisser son talent à la hauteur du personnage – sa performance est époustouflante. S’il y a bien un seul film à voir pour l’instant, c’est celui-là.

Le Coppola et le Clint Eastwood ne valent pas la peine. Le premier, Somewhere, prouve que Sofia Coppola n’a plus rien à dire. Pour filmer l’ennui, il faut de l’inspiration. Lost in Translation était à ce titre une merveilleuse réussite. Ici, la sauce ne prend plus. La cinéaste tourne en rond et signe une coquille vide, vaine, terriblement ennuyeuse et pour tout dire, exaspérante. Le deuxième, Hereafter (Au-delà), démontre que Gran Torino était donc bel et bien le testament de ce bon vieux Clint. Il n’arrive tout simplement pas à nous intéresser avec ce film, ampoulé par un scénario faiblard, parfois neuneu, parfois embarrassant. Émergent ici et là quelques beaux moments, mais c’est encore un coup dans l’eau, après le déjà très ronflant Invictus.

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