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Le monde comme il s’en va, 10,2


(J’ai entamé ici, en 2016, une série de chroniques (deux ont été publiés) sur Yvan Mayeur, en partant de l’idée qu’il ne ferait qu’un seul mandat en tant que bourgmestre de Bruxelles. Il n’a donc même pas été jusque-là : de sorte que je dois achever  le travail d’un seul coup)

 

En fin de compte, Yvan Mayeur s’en tire bien. Il aura même, tradition oblige, son buste à l’hôtel de Ville de Bruxelles, « malgré le scandale du Samusocial ». Certes, il est assez probable que ce ne sera pas un lieu de pèlerinage, mais peu le sont : et puis c’est toujours bon à prendre pour ne pas se faire oublier. Quoique, sur cet aspect-là, mais sous d’autres angles, les chances sont minces…

Lors de sa comparution, le 19 juillet, devant la Commission parlementaire d’enquête (la première du genre à la Région Bruxelloise), concernant la gestion de l’asbl Samusocial, la structure d’aide d’urgence aux sans-abri, et le versement à ses administrateurs de jetons de présence non justifiés, Mayeur a tenu avant tout à s’auto-congratuler et à célébrer son rôle pionnier. Bref, il a tiré la couverture à soi : c’est lui-même, en personne, et nul autre (avec quelques proches triés sur le volet) qui a mis sur les rails et développé la politique de lutte contre la grande pauvreté à Bruxelles, obtenu des budgets et engagé le personnel qualifié pour ce faire. Si ce tableau idéal est désormais obscurci, et alors que, selon lui, le fonctionnement de l’association était connu et approuvé par tous, c’est à cause d’un lynchage politico-médiatique et d’une conspiration émanant même des propres rangs de son parti, dont il avait démissionné quelques jours auparavant.

Encore un peu et Mayeur aurait assuré que la baisse persistante des dons privés constatée au Samusocial, ainsi que la défiance que rencontre désormais son personnel « sur le terrain », seraient tout autant dues à ce complot…

Mais Clivant ne peut échapper à tout…

Mayeur avance que les montants perçus du fait de ces jetons de présence, outre leur relative modicité (700 euros nets par mois) par rapport aux montants en jeu dans l’affaire Publifin, ne doivent pas être intégrés dans le calcul du plafond de 150% d’une indemnité parlementaire pour les mandataires publics, dans la mesure où il s’agissait d’un mandat privé (en l’occurrence payé avec l’argent des mêmes dons privés, ce qui ne le perturbe guère…). Mais ce n’est pas la question, qui est celle-ci : pour ce mandat privé, il s’est tout simplement autorisé, avec trois autres administrateurs, à créer une structure dans la structure, pour s’octroyer une rémunération de plus (au demeurant, avec une répartition inégale : Mayeur et Pascale Peraïta, Présidente démissionnaire du CPAS de Bruxelles et exclue du PS, s’en réservant, pour des motifs inconnus, les deux tiers : manifestement, en paraphrasant Orwell, il y avait là des administrateurs plus égaux que d’autres…).

Et quand Yvan Mayeur dit qu’il « ne remboursera pas les montants perçus, parce que « j’ai travaillé pour cela… », il faut le recadrer. Personne ne dit qu’il n’a pas travaillé, et sans doute beaucoup. Mais ce n’est pas la question, qui est celle-ci : il s’est cru autorisé à se faire octroyer des jetons de présence et un salaire supplémentaire, pour des prestations déjà payées par le salaire lié à son mandat. Et pour cause : comme il n’a pu (ni personne d’autre) apporter la moindre preuve de prestations effectivement faites, et donc dues (ni réunions, ni PV, tout se faisant apparemment par téléphone ou par mail), eh bien c’est comme s’il ne les avait pas du tout prestées. Autrement dit, ce n’est pas comme si ses prestations avaient été de 12 heures plus une heure supplémentaire, ou 13 + 1 ou 2, ou 14 ou 15 + 1 ou 2 ou 3, peu importe leur nombre. Toutes les heures prestées étaient ainsi couvertes par les conditions de son seul mandat public. Et c’eût été exactement pareil pour de l’argent qui n’aurait pas été destiné aux plus pauvres : évidemment, le fait qu’il s’agissait de cet argent-là est une circonstance aggravante.

Donc, on peut dire que Mayeur a inventé une version personnelle du fameux slogan de Nicolas Sarkozy lors de la Présidentielle de 2007 : chez lui, ce n’est plus « Travailler plus pour gagner plus », mais bien « Gagner plus en travaillant autant ».

C’est de cela qu’on se souviendra : outre du fait qu’il est le second Bourgmestre de Bruxelles à avoir dû démissionner, et qu’il est sans bilan, sinon controversé…

Mayeur a annoncé qu’il « quitte la politique ». C’est mieux pour lui car, à tout moment, un quidam aurait pu lui rappeler ses fâcheux comportements. Il va donc, sans renoncer à ses autres mandats (tous dus au fait qu’il était un politique…) sans doute monter une boîte de conseil, et vendre son expertise au plus offrant. D’une certaine façon, il signera ainsi définitivement l’échec de sa génération politique, si impatiente de parvenir aux affaires…

Quel parcours depuis l’École Ouvrière Sociale…

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