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Le régional de l’épate


DaerdenSommes-nous à ce point dépourvus de bouffons, qu’il faudrait nous encombrer, comme d’une titubante breloque en sautoir, d’un Michel Daerden ? On dira que celui-là est Ministre (appelons-le socialiste) et que, à ce titre, il aurait, comme certaines communes de ce pays – mais dans un sens bien particulier – un statut spécial et un traitement adapté à celui-ci : à savoir que, par ses frasques continuelles et son penchant à l’exhibitionnisme sans retenue, il dénaturerait la fonction qu’il exerce, et qu’il faudrait donc s’offusquer ou se lamenter de cette atteinte avinée aux mœurs politiques.
A vrai dire, Daerden est d’ores et déjà au-delà de ces médiocres querelles. Que pourrait-on lui reprocher, en l’occurrence ? Sur la question du goût (une notion qui doit lui paraître proprement inouïe et presque supra humaine), il a évidemment franchi toutes les bornes communément admises pour un homme exerçant une charge publique ; et on serait bien en peine de déceler ce qui, dans ce domaine, pourrait encore l’embarrasser. Le qualifier de guignol ne sert strictement à rien. C’est trop tard ! Daerden a rejoint la sphère du divertissement, et n’en sortira plus que par la force des baïonnettes. D’ailleurs, on l’imagine bien, si d’aventure on se passait de ses services (?) au Seize, intégrer la fine équipe des Apôtres de la Dérision Toute-Puissante, les Mercier, Geluck, Godin, Bibot et autres Jean-Luc Fonck, qui coupent court, avec un professionnalisme sans faille et au nom de leur complet mépris pour la chose pensée, à toute parole sérieuse, et y tenir avec son débit si caractéristique une chronique de ses libations quotidiennes. Et peut-être n’en est-il plus très loin, puisque sa seule «réponse», quand on aborde vaguement quelque aride question de l’heure, est d’une éloquente simplicité : «Avec Papa, tout ira bien », sans autre examen. Il savoure avec une parfaite béatitude sa popularité, assumant en souplesse (manière de parler) tous les écarts. Il est «nature» ; et affiche par conséquent une parfaite tranquillité quand son portrait se substitue à celui de Che Guevara sur un cliché célèbre, ou quand il invoque Gainsbourg comme figure du «rebelle» dont, somme toute, il serait l’incontestable héritier. Au regard de la noblesse de l’action et de la réflexion politiques, le nom de Daerden est comme une marque déposée, garantie avec lie.
Mais quand même : tout n’est pas rose (!) dans ce tableau aux formes brouillées, et quelques défauts, actuellement estompés, menacent à tout instant de s’y intégrer. Sa gestion des budgets de la Région Wallonne et de la Communauté française a été, ma foi, assez chaotique : il a été omni absent dans la politique sportive et la courbe des déficits a tendance à suivre la pente de son gosier. Par ailleurs, les tours de passe-passe et de ventes à son fils d’actions de son cabinet de réviseurs n’ont pas empêché que des limiers s’approchent dangereusement de ses affaires privées, et notamment des conflits d’intérêt nés de la désignation quasi systématique de son cabinet pour vérifier les comptes des Ministères qu’il dirigeait. Ainsi, le paysage peut encore changer ; et les lignes de fuite actuellement dominantes pourraient disparaître l’une après l’autre.
Voilà bien la faille dans cette armure trempée dans un alliage enivrant : Michel Daerden sera-t-il alors paré pour un autre genre de gloire, plus étroitement local et pour tout dire synonyme de marchés truqués et d’avantages discrétionnaires ? Bien sûr, la popularité du bouffon l’autorise à ne jamais aborder l’essentiel ; mais celui-ci ne disparaît jamais totalement. Et le maître distrait, qui riait de bon cœur aux prouesses du fou, l’éconduira et reprendra le fil de son propre discours.

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