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Les chroniques de Barkas : L’élection de Trump est la victoire du dogme (de l’idée à l’emporte-pièce) sur la raison.


Le collectif Calvin & Hobbes accueille Barkas, une vieille connaissance, pour ses  chroniques.

Chronique écrite en collaboration avec des membres du collectif. Merci à eux pour les propositions de liens.

Signé : Barkas

Trump chez les Simpson il y a 16 ans.

« La question du jour : Sachant qu’ils sont tous les deux dangereux, préférez-vous un homme imbécile et incompétent ou une femme intelligente et efficace ? Vous avez 4 ans », écrivait quelqu’une sur sa page Facebook… Sans doute en réponse à l’affirmation qu’entre la peste et le choléra, nous ne pouvons pas choisir.

« Je crois malheureusement qu’Hillary Clinton va nous entraîner dans d’autres aventures militaires, car elle est un « faucon » perché à droite d’Obama. Mais peut-on confier le bouton de nos bombes nucléaires à Trump le psychopathe? Poser la question, c’est y répondre. » écrivait Michaël Moore dans une chronique[i] « Cinq raisons pour lesquelles Trump va gagner » bien antérieure aux élections.

Une autre écrivait que l’on ne peut arriver à jouer cette compétition sans qu’il y ait à l’avance des failles dans la biographie des personnages. Ce qui démontre à tout le moins un pessimisme sur le monde électoral.

Au bout du compte, c’est un individu raciste, misogyne à l’extrême, borné, climato sceptique, agressif, sociopathe, une sorte de clown d’Halloween friqué qui a été élu… [ii]Maintenant, il s’agissait peut-être d’une comédie. Cet homme se révélera peut-être le meilleure président que les Etats-Unis ait connu. On peut rêver. Surtout quand on connait son vice-président, « Mike Pence, Créationniste et homophobe, un vice-président à la droite de la droite »[iii].

Alors dans l’attente, penchons-nous plutôt sur son électorat…  Pourquoi donc voter pour cet homme riche ?

Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère ou l’effet Jesse Ventura, deux des cinq raisons qu’évoquent Michaël Moore dans la chronique précitée sont éclairantes et transposables dans nos pays.

Cécile Bertrand

Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère

Nos 240 ans de domination masculine risquent de se terminer. Une femme risque de prendre le pouvoir! Comment en est-on arrivés là, sous notre propre règne? Nous avons ignoré de trop nombreux avertissements. Ce traître féministe qu’était Richard Nixon nous a imposé le Titre IX, qui interdit toute discrimination sur la base du genre dans les programmes éducatifs publics. Les filles se sont mises à pratiquer des sports. Nous les avons laissées piloter des avions de ligne et puis, sans crier gare, Beyoncé a envahi le terrain du Super Bowl avec son armée de femmes noires afin de décréter la fin de notre règne! Cette incursion dans l’esprit des mâles blancs en danger évoque leur crainte du changement. Ce monstre, cette « féminazie » qui – comme le disait si bien Trump – « saigne des yeux et de partout où elle peut saigner » a réussi à s’imposer. Après avoir passé huit ans à nous faire donner des ordres par un homme noir, il faudrait maintenant qu’une femme nous mène par le bout du nez? Et après? Il y aura un couple gay à la Maison-Blanche pour les huit années suivantes? Des transgenres? Vous voyez bien où tout cela mène. Bientôt, les animaux auront les mêmes droits que les humains et le pays sera dirigé par un hamster. Assez, c’est assez!

Et cela ne nous n’est pas étranger. La mise sous pression de la Femme dans nos pays européens est une réalité. Le plafond de verre est une réalité. Les salaires moindres, la pression sociale, les positionnements sur la contraception (c’est l’affaire des femmes) ou sur l’avortement (elles n’ont pas à décider) sont une réalité. Le conservatisme est de retour et de plus en plus prégnant dans nos sociétés. Et le conservatisme a toujours été en défaveur des femmes et de leurs droits fondamentaux. Les petits blancs ont peur de tout, sauf de leur médiocrité.

L’effet Jesse Ventura

Pour conclure, ne sous-estimez pas la capacité des gens à se conduire comme des anarchistes malicieux lorsqu’ils se retrouvent seuls dans l’isoloir. Dans notre société, l’isoloir est l’un des derniers endroits dépourvus de caméras de sécurité, de micros, d’enfants, d’épouse, de patron et de policiers! Vous pouvez y rester aussi longtemps que vous le souhaitez, et personne ne peut vous obliger à y faire quoi que ce soit. Vous pouvez choisir un parti politique, ou écrire Mickey Mouse et Donald Duck sur votre bulletin de vote. C’est pour cette raison que des millions d’Américains en colère seront tentés de voter pour Trump. Ils ne le feront pas parce qu’ils apprécient le personnage ou adhèrent à ses idées, mais tout simplement parce qu’ils le peuvent. Des millions de gens seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera.

Vous souvenez-vous de 1998, année où un lutteur professionnel est devenu gouverneur du Minnesota? Le Minnesota est l’un des États les plus intelligents du pays, et ses citoyens ont un sens de l’humour assez particulier. Ils n’ont pas élu Jesse Ventura parce qu’ils étaient stupides et croyaient que cet homme était un intellectuel destiné aux plus hautes fonctions politiques. Ils l’ont fait parce qu’ils le pouvaient. Élire Ventura a été leur manière de se moquer d’un système malade. La même chose risque de se produire avec Trump. Un homme m’a interpellé la semaine dernière, lorsque je rentrais à l’hôtel après avoir participé à une émission spéciale de Bill Maher diffusée sur HBO à l’occasion de la convention républicaine: « Mike, nous devons voter pour Trump. Nous DEVONS faire bouger les choses! » C’était là l’essentiel de sa réflexion.

Voter pour Trump va certainement faire bouger les choses (ou pas), mais comment ? Une politique à la Viktor Orban [iv] par exemple? Pourquoi voter pour des Trump ou des Le Pen ? Des candidats issus d’une élite qu’ils prétendent combattre, des candidats plus ou moins argentés qui se penchent sur le sort de leurs électeurs pauvres, des candidats qui disent tout et son contraire le plus sérieusement du monde, des candidats qui flattent les bas instincts…

Les Etats-Uniens auraient pu voter pour un candidat libertarien ou une candidate écologiste. Ils n’ont rien fait de cela. Ils n’ont sans doute pas voté dans leur majorité comme des anarchistes malicieux, au contraire des habitants de Reykjavík, en 2010 qui ont voté pour Jón Gnarr… authentique je m’en foutiste… qui déclarait vouloir le pouvoir pour « [s’]en foutre plein les poches sans se fatiguer » et en profiter pour « placer [ses] proches à des postes juteux »[v].

Mais Pourquoi ?

Tout le monde ira de son explication.

Laurent Sagalovitsch évoque la malbouffe culturelle :

Probablement qu’à force d’engraisser son cerveau de programmes de télévision d’une stupidité sans nom, de s’avaler des kilomètres de publicités d’une bêtise innommable, de s’enthousiasmer pour des films de super-héros d’une connerie abyssale, de passer ses soirées à converser sur des réseaux sociaux avec des individus aussi bornés et décérébrés que vous, a rendu le cortex cérébral si délabré, si inapte à fonctionner, que l’idée même du mal et du bien, de morale, de bon sens, a fini par disparaître. Ne reste plus qu’une sorte de cervelet tout juste bon à applaudir aux vociférations d’un petit chef dont on loue l’éloquence quand il ne s’agit que de formules à l’emporte-pièce, l’audace et le courage là où il n’est question que d’opportunisme et de récupération d’une colère plus ou moins justifiée, laquelle ne sert bien souvent que de cache-sexe à des égoïsmes et à des relents identitaires absolument détestables.[vi]

Le polémiste Marcel Sel va d’une certaine façon dans le même sens dans sa chronique « Le peuple est con[vii] »

D’autres parlent de la responsabilité des politiques, d’une certaine élite ou de la mondialisation[viii]. Elle est effectivement réelle. La manière de discuter du CETA en Belgique et en Europe en est un exemple récent. J’ai personnellement trouvé injurieux les propos de notre ministre des affaires étranges (sic) quand il me comparait à un électeur de Trump[ix]. Et quoique je ne sois pas un électeur de Paul Magnette, je suis d’accord avec lui quand il dit que tout cela n’élève pas le débat[x]. Quand un politique vous « ordonne de vous taire et de vous soumettre » le temps de son mandat. Parce qu’il a été élu… c’est lui qui décide. Il y a comme un certain déficit.

Certains veulent s’intéresser aux électeurs de Donald Trump en tant que citoyens souffrants et non en tant qu’électeurs. Cette faute tragique est répétée scrutin après scrutin par l’ensemble des vendeurs de soupe politicienne et beaucoup d’électeurs le sentent : cela accroit leur souffrance.[…] Bernard Stiegler consacre une partie de son livre à expliquer qu’un humain qui souffre sans possibilité d’identifier les causes de sa souffrance va se retourner vers le premier bouc émissaire qu’on lui présente. Nous ajoutons que cette tendance se renforce avec l’effet de masse plutôt que de s’y diluer : l’héroïsme nécessaire à ne pas céder à la tentation du bouc émissaire s’amenuise rapidement à mesure que la culpabilité de la lâcheté individuelle se fond dans la masse[xi].

Ce qui somme toute est logique… Pour « combattre », il faut comprendre.

Et puis, il y a ceux nombreux qui parlent d’éducation, d’information. Cela semble un sempiternel discours. Mais il a toute la légitimité nécessaire.

L’élection de Trump est la victoire du dogme (de l’idée à l’emporte-pièce) sur la raison parce que nous ne fonctionnons, communiquons peut-être plus qu’en utilisant des idées toutes faites qui nous empêchent de dialoguer.

On pourrait imaginer un Bart De Wever qui dirait… « Cher Paul (Magnette), en vertu de la régionalisation de certaines compétences que nous avons désirée pour asseoir notre autonomie, vous avez exercé légitimement votre droit de véto. Je ne suis pas d’accord avec la totalité de votre argumentation, mais j’ose espérer que notre premier ministre aura à cœur, en tant qu’arbitre, à trouver une proposition qui puisse apaiser vos craintes. »

 


[ii]  Trump a dit à propos des femmes: «Il faut les traiter comme de la merde» et 140 autres inepties du futur président des États-Unis https://www.slate.fr/story/121287/141-raisons-donald-trump-mauvais-president

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