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Littératures d’ailleurs (1) : L’Islande


Même sans n’avoir jamais mis les pieds en Islande, on peut en savoir plus sur cette île grâce aux nombreux romans des ses écrivains disponibles en français. Le polar est évidemment en très bonne place, avec Arnaldur Indridason, Arni Thorarinsson ou Jon Hallur Stefansson. Voici un nouvel auteur, ou plutôt une nouvelle auteure, Lilja Sigurdardottir (à ne pas confondre avec Yrsa Sigurdardottir), dont Métailié publie Piégée, premier tome de la trilogie Reykjavik Noir (traduit par Jean-Christophe Salaün). En cet hiver 2010-2011, la capitale fait face à deux fléaux, les suites de l’éruption du volcan Eyjafjöll qui a duré de mars à octobre et, surtout, les retombées de la crise financière de 2008 qui a mis l’économie du pays à genou. Si Sonja voyage beaucoup, ce n’est pas vraiment par plaisir mais pour passer de la cocaïne afin d’avoir assez d’argent pour récupérer son fils qui vit avec son père et qu’elle ne voit que les weekends. Ses fréquents passages par l’aéroport de Keflavik intriguent un vieux douanier, Bragi, dont la femme souffre de la maladie d’Alzheimer. Autour de ces deux personnages, gravitent une quantité d’autres qui font de ce thriller, très vivant, un portrait sans fard de l’Islande actuelle.

 

Le cadre du premier thriller traduit en français (par Philippe Reilly) de Ragnar Jonasson, Snjor (la neige en islandais), n’est pas Reykjavik mais un port de pêche du nord de l’île, proche du cercle arctique, Siglufjôrdur. C’est là qu’un jeune policier, Ari, a été nommé, contre l’avis de sa fiancée qui a refusé de le suivre et avec laquelle il entretient des liens à distance. Cette ville isolée du reste de l’île une partie de l’hiver, où tout le monde se connaît et où rien n’arrive jamais, est pourtant le théâtre d’un meurtre. Mais comment enquêter dans cette promiscuité ? Ce polar paru l’an dernier aux éditions de la Martinière, est un oppressant huis-clos.

 

Retour à Reykjavik, et un siècle en arrière, avec Le garçon qui n’existait pas, quatrième roman de Sjon (poète et parolier de Björk) traduit en français par Éric Boury, mais qui ne relève pas du genre policier. En octobre 1918, dans un pays qui craint les ravages de la grippe espagnole, et où un volcan a fait des siennes, tapissant de cendres les vitres des maisons de la ville, un adolescent homosexuel de 16, orphelin et amoureux de cinéma, survit en monnayant ses faveurs à des hommes de passage ou à des notables locaux. Dans une langue épurée, l’auteur dresse un portrait sensible de ce garçon qui, chassé de son pays, y reviendra pourtant des années plus tard. (Rivages)

 

Audur Ava Olafsdottir et Jon Kalman Stefansson sont des auteurs familiers des amateurs de la littérature islandaise. La première est l’auteure de trois romans publiés chez Zulma et traduits par Catherine Eyjolfsson, Rosa Candida, L’Embellie et L’Exception, qui l’ont imposée comme une romancière importante. L’héroïne du Rouge vif de la rhubarbe, son premier roman, est Agustina, une adolescente élevée par Nina depuis le départ de sa mère pour l’Afrique. Elle se déplace grâce à ses béquilles, avec courage et ténacité, tout en rêvant de gambader dans la montagne qui surplombe son village bordé par la mer. Les lecteurs de cette romancière retrouveront la simplicité des situations décrites, la bienveillance portée sur les personnages et l’infinie douceur de l’écriture.

 

À la mesure de l’univers est le cinquième roman de Jon Kalman Stefansson publié chez Gallimard (et traduit par Éric Boury). Il s’agit du deuxième tome d’une saga familiale commencée avec D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pied (voir ma chronique d’avril 2016). On retrouve Ari, de retour au pays, plus précisément à Keflavik, après avoir passé deux ans à Copenhague. À travers lui, alternant les époques (« Aujourd’hui, « Au commencement », « Jadis »), on replonge dans son histoire familiale. Un oncle, une grand-mère et d’autres solides figures peuplent cet univers si particulier, si exotique à nos yeux, et dont l’auteur rend admirablement compte des richesses et singularités, mais aussi des mentalités et du mode de vie.

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