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    Ce qui compte vraiment

    Le collectif Calvin & Hobbes accueille Barkas, une vieille connaissance, pour ses chroniques.

    Face à l’urgence politico-climatique, l’auteur s’insurge. Prônant à la fois des actions concrètes et un changement de regard sur nos sociétés et leurs écosystèmes, il rappelle le caractère impératif d’une sortie de la culture capitaliste. En effet, cette dernière met l’homme en situation de grand péril car elle menace directement son existence. Pour espérer sortir de l’ornière, il est indispensable de prendre conscience des bases sur lesquelles sont fondées nos sociétés en réalisant un véritable virage anthropologique. Il propose par exemple d’instituer l’eau en élément sacré afin de réparer une nature détruite par l’économie. À travers cet ouvrage, l’auteur propose un véritable retour aux équilibres naturels seuls capables de résoudre les crises successives que nous traversons et de soutenir l’aventure humaine.

    Il y aurait peut-être mille raisons de s’attaquer à la prose de Fabrice Nicolino, ne serait-ce que pour la douce violence de ses propos. Mais quand il écrit que « Dans le domaine de la crise écologique, il est manifeste à mes yeux que l’énormité des menaces conduit de même à l’évitement psychique. Chacun sait au fond de lui que la triste fête des écrans plasma et des voyages aux Maldives est terminée. Mais les derniers jours de Pompéi sont tout de même plus plaisants que le partage de l’air, de l’eau et du pain avec ces éternels gueux qui gâchent les réjouissances » n’a-t’il pas écrit l’essentiel de notre aveuglement.

    Nous croyons tout savoir, tout résoudre, quitte à nous brancher à une machine pour survivre. Nous croyons avoir les pleins pouvoirs sur la nature et pourtant…

    Pourtant, En Nouvelle-Zélande comme en Inde, trois fleuves, dont le Gange, viennent d’être dotés du statut de « personnalité juridique », qui en fait des entités vivantes en matière de droit[i].  L’eau et ce qui l’entoure aurait-elle (aurait-elle ou auraient-ils?) les mêmes droits que les humains ?

    Une tribu néo-zélandaise est devenue la représentante d’un fleuve, dont le nom maori est Te Awa Tupua, en faisant reconnaître qu’il était une entité vivante, « partant des montagnes jusqu’à la mer, y compris ses affluents et l’ensemble de ses éléments physiques et métaphysiques [ii]».

    Plus près, Peter Wohlleben, dans « La vie secrète des arbres, Ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent, un monde inconnu s’ouvre à nous », nous fait  découvrir tous les petits secrets insoupçonnés que renferment les bois, les connexions, invisibles à nos yeux, la communication entre voisins, le soin qu’un parent peut avoir pour ses héritiers,… Les arbres seraient donc capable de travailler à leur avenir.

    Fabrice, Peter, mais aussi Catherine Larrère, philosophe, Gilles Boeuf, biologiste et Stéphane Foucart, journaliste qui sont convaincus que la biodiversité, dont l’humain n’est  qu’ un élément parmi les autres, a besoin de grands principes,

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    nous disent simplement, comme beaucoup d’autres avant eux, que nous devons changer de lunettes, que nous devons voir la nature autrement, nous avec nos millions de bactéries et nos quelques cellules humaines.

    Mais est-ce possible? Pouvons-nous envisager les choses autrement ? Il s’agit d’abord de remettre en question notre anthropocentrisme. De remettre en questions nos cosmogonies.

    Il s’agit peut-être également de remettre en question nos recettes sans doute éculées pour mener entre autres, l’économie, donc le monde. Faut-il supprimer le capitalisme, comme nous y invitent Fabrice Nicolino ou Daniel Tanuro[iii] ? Faut-il l’amender ? Faut-il inventer autre chose ?

    Mais les humains étant ce qu’ils sont, nous devrions, avant les moyens,  d’abord sans doute nous accorder sur les résultats, c’est-à-dire, sur le nécessaire et le superflu. De quoi avons-nous besoin pour vivre ?

    D’aucuns s’accordent pour dire que si nous vivions avec le confort d’un Français du début des années soixante, tout le monde sur terre pourrait bénéficier de ce confort sans oblitérer l’avenir non pas de la planète, mais d’une planète sur laquelle nous pourrions vivre.

    Est-ce vrai ? Si l’en croit cette étude[iv] réalisée par le WWF-France, en 1960, l’empreinte écologique des Français dépassait déjà une planète. Mais soit, avec l’amélioration des techniques, les usages quotidiens d’un Français de 1961 seraient probablement moins dévastateurs.

    Le taux d’équipement des ménages entre 1954 et 1975[v]

    Mais qui se souvient de la manière de vivre en 1960 ?  Nos pratiques actuelles sont si radicalement différentes. Pourrions-nous sans contrainte modifier nos comportements ? Peut-être faudrait-il que nous nous accordions sur ce « minimum vital » ? Parce que c’est l’enjeu pour avoir une planète viable.

    Est-ce une utopie ? Sans doute. Sauf si nous travaillons sur ce qui compte vraiment.


    [i] https://www.franceculture.fr/environnement/en-inde-et-en-nouvelle-zelande-le-fleuve-reconnu-comme-un-etre-vivant

    [ii] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/03/20/la-nouvelle-zelande-dote-un-fleuve-d-une-personnalite-juridique_5097268_3244.html#sODpCHDlEZq5qw3J.99

    [iii] http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-l_impossible_capitalisme_vert-9782707173232.html

    [iv] http://structures.ac-martinique.fr/eedd/EmpreinteFrance4p%5B1%5D.pdf

    [v] https://www.france-examen.com/brevet/annales/histoire-geographie/annees-60-et-modes-de-vie-1627.html

    Actes Sud, des romans au format XXL

    Dès l’origine, les livres publiés par la maison fondée par Hubert Nyssen (et dirigée par sa fille Françoise, nouvelle ministre de la culture), outre la beauté de leurs couvertures ornées d’œuvres d’art, se sont singularisés par leur format plutôt petit et étroit, ce qui les rend parfois très épais et pas toujours extrêmement maniables. La collection Actes Noir, lancée avec Millenium, a changé la donne, proposant des volumes parfois très épais dépassant largement la taille habituelle. Depuis, d’autres ouvrages non étiquetés polars ont paru sous ce format XXL. Notamment le prix Goncourt de Mathias Enard, Boussole, ou le magnifique roman de Claude Gallay, L’amour est une île. En voici quatre assez récents. (suite…)

    6 juillet 2016 | Dans Etienne Payen, Musique | Pas de commentaire »

    Gentjazz et Middelheim Festival : vos rendez-vous de l’été.

    Comme chaque année, les somptueuses villes de Gand et Anvers seront les capitales du jazz durant la période estivale. Ainsi du 7 au 16 Juillet, le Gent Jazz Festival se déroulera dans le cadre étonnant du Bijloke – superbes hospices du 13e siècle, situés dans un parc, transformé à grands frais et où rien n’aura été laissé au hasard dans la réhabilitation. Ainsi le grand Chapiteau blanc accueillera quelques jazzmen de notoriété mondiale ( Pat Metheny et Ron Carter, Brad Mehldau et John Scofield, John Cale, Terence Blanchard, Hugh Coltman…) sans oublier la venue de celui qui mettra à nouveau le feu aux poudres sur la scène principale le Jeudi 7 juillet : le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf.
    Le dimanche 10 Juillet sera consacré aux groupes flamands avec d’agréables découvertes comme Bardo et Kamikaze. Le Jeudi 14 sera la journée de la Soul Music grâce à des stars de renommée internationale (comme Ala.ni, Allen Stone, St Germain (15), Lianne la Havas et la diva du blues et de la soul : Jill Scott.

    La programmation se veut volontairement hétéroclite et ouverte à d’autres courants qu’ils soient soul, ou même nettement plus pop qu’auparavant. Mais toujours avec une même constance : celle d’être teintée d’une grande exigence de qualité, d’un souci d’originalité et du plaisir d’accueillir des stars confirmées ou de vedettes en devenir. Le Gent Jazz est une manifestation à vivre à la fois pour son programme, son superbe cadre, son professionnalisme et sens de l’accueil et last but least : l’acoustique parfaite des concerts. Bref une festivité à inscrire dans votre carnet du mois de juillet.

    Même organisation mais autre ville et ce durant le week end du 12 au 15 Août : le Jazz Middelheim. Une véritable institution qui fêtera sa trente cinquième année. À nouveau un superbe parc, situé dans un quartier chic et bourgeois d’Anvers, un chapiteau ouvert, deux scènes. Une réunion familiale pour beaucoup d’habitués mais aussi un lieu de découvertes pour les puristes de la note bleue grâce une programmation essentiellement jazz avec de multiples happening. Cette année, le fil conducteur de la fête sera la résidence offerte au trompettiste israélien Avishai Cohen (à ne pas confondre avec son homonyme contrebassiste) qu’on retrouvera ainsi dans différentes formations et styles durant ce week end.
    Quelques grands noms du jazz enchanteront vos oreilles : à savoir le batteur Billy Hart, les trompettistes Wallace Roney Jr et le batteur Denardo Coleman dans un Tribute consacré à son père Ornette Coleman, la chanteuse Tutu Puone, la diva de la Pop Underground Patti Smith, la star belge du piano Jef Neve en duo avec le rappeur Typhoon, le pianiste américain Craig Taborn en solo sans oublier l’exceptionnelle présence du saxophoniste Pharoah Sanders en trio. Signalons le 14 Août le concert de la chanteuse belge Mélanie De Biasio toute auréolée du succès mondial de son dernier album. Bref, du bon, du beau, du plaisir !

    Contrairement à Gand, un registre plus jazz, des stars internationales mais aussi belges, un lieu et une ambiance cosy, où les enfants sont bienvenus. Une autre date à retenir pour le 15 Août. Que ce soit à Gand ou à Anvers, que vous soyez novice ou grand amateur de sonorités détonnantes, voici deux superbes occasions de découvrir une merveilleuse musique ; le tout dans de jolis endroits et dans une atmosphère agréable et des conditions optimales. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !Ibrahim_Maalouf_Kalthoum-FB-Vierkant_Kader
    Etienne Payen
    www.gentjazz.com
    www.jazzmiddelheim.be

    Acteur et spectateur du paysage

    Une carte blanche de Denis Marion, de l’asbl Epures, publiée dans espace-vie l juin 2015 l n° 252
     

    « La modification du paysage est aussi l’affaire des petits détails quotidiens »

    « Pour autant que les actes et travaux projetés, soit respectent, soit structurent, soit recomposent les lignes de force du paysage, un permis d’urbanisme peut être octroyé en dérogation aux prescriptions d’un règlement régional d’urbanisme, d’un règlement communal d’urbanisme, d’un plan communal d’aménagement ou aux prescriptions ayant valeur réglementaire d’un permis de lotir, etc. »

    (suite…)

À propos de Cannes, et de cinéma en général

« À Cannes, la critique fait la loi pour le meilleur et pour le pire car rien n’est plus important que parler de cinéma, l’actualité du monde s’éloignant chaque jour un peu plus. » le Festival de Cannes est en effet une bulle, comme le note Thierry Frémaux, son délégué général depuis 2007 (succédant à Gilles Jacob passé près de trente ans à ce poste), dans Sélection officielle (Grasset), son journal de bord d’une année (mai 2015-mai 2016). Lui-même fervent débatteur, il comprend et accepte cela: « La critique est un élément structurant et constructeur de l’amour du cinéma ». Pour s’en protéger, pour lutter contre l’agacement que lui inspirent certains papiers, il ne lit pas les journaux pendant la durée de la compétition. (suite…)

Dublin 02

Statue du nationaliste Charles Stewart Parnell sur O’Connell Street ©Luc Teper

Quelle vitesse sur nos routes

Carte blanche parue dans Espace-vie n°271 | Mai 2017

La Flandre est passée au 70km/h  par défaut sur les routes à deux bandes hors agglomération. Selon l’AWSR, la Wallonie n’a pas suivi, arguant du fait que la densité de population le long des voiries n’est pas aussi importante qu’en Flandre.[1] La situation est certes différente en Wallonie et en Flandre mais nous avons également des contextes locaux très semblables à ceux de la Flandre, de fortes densités, des formes de conurbation plus ou moins affirmées. A ces endroits, une limitation à 70 km/h, voire moins, serait appropriée. (suite…)

Dublin 01

Extérieur nuit dans le centre de Dublin ©Luc Teper

guignol 2.0

Je me souviens des débats présidentiels de jadis. Deux messieurs chics qui avaient l’air vieux, même quand ils étaient dans la force de l’âge, s’échangeaient des propos sérieux d’un ton pédant. On sentait qu’ils sortaient des mêmes écoles, fréquentaient les mêmes dîners en ville et s’amusaient de la même façon à participer à ces joutes soigneusement chorégraphiées. Ils maniaient le fleuret et reculaient à la première éraflure avant de reprendre le combat, toujours aussi policés.
De la cuisine un peu lourde du terroir qu’ils nous offraient ces soirs-là, ne restait qu’une bouchée, une formule : « vous n’avez pas (suite…)

Lever le pied, le défi du siècle ?

Le collectif Calvin & Hobbes accueille la famille Pin-Paon, pour ses chroniques

Penchons-nous sur ce qui semble être un défi pour nombre de nos concitoyens : les limitations de vitesse.

Rappelons d’abord une chose.

Les limitations de vitesse, selon leur configuration, ont généralement pour objectifs, concomitants ou non :

  • ·         d’augmenter la sécurité des usagers (et singulièrement celle des usagers faibles)
  • ·         d’augmenter le sentiment de sécurité (et donc le cas échéant de favoriser l’usage de modes de transport doux),
  • ·         de réduire la consommation de pétrole et de réduire la pollution aux particules,
  • ·         d’augmenter la convivialité,
  • ·         de réduire les nuisances sonores.

Ainsi s’explique le 90 km/h en période de smog ou le 30 km/h en ville. (suite…)

pourquoi j’ai mangé mon père

Que reste-t-il des partis politiques ? De leur puissance et de leur gloire ? En Belgique, Stéphane Moreau a jeté sa carte du PS dans le destructeur de documents de Nethys – une machine déjà bien bourrée. En attendant, après quelques jours de deuil, de prendre celle du PTB, plus utile pour les intérêts et l’avenir d’un homme aussi ambitieux ? Ce qui montre en passant que la mort d’un parti en fait épanouir un autre.
Un phénomène auquel on assiste aussi en France. De tous les vieux partis de la Ve République, il n’en reste qu’un, le Front national. Un front bas, qui plante ses griffes dans la glèbe de la France profonde comme du chiendent. Il faudra un très solide ouragan pour l’arracher et le balayer d’un bon coup de vent. Au lieu de quoi, ça souffle dans tous les sens. Les uns font la fine bouche devant cette fine mouche. D’autres se pincent le nez en attendant qu’elle passe. Que tous ces capitaines d’opérette ne s’étonnent pas que leurs voiles se déchirent et que leur bateau coule ! En attendant, vous savez ce qu’elle vous dit la Marine ? (suite…)

Macren ou Le Pont… un je ne sais quoi de malsain dans l’air

Le collectif Calvin & Hobbes accueille Barkas, une vieille connaissance, pour ses chroniques.

Dans « Contre le fascisme: 1922-1940 » , Léon Trotsky aborde une situation à laquelle sont confrontés, en France, de nombreux électeurs, singulièrement de gauche : de la peste ou du choléra, que choisir ? (Je ne suis pas un fidèle lecteur de Trotsky, mais le hasard… ) (suite…)

Croyance et opium du peuple (troisième partie)

Le poids des religions!

Le collectif Calvin & Hobbes accueille Barkas, une vieille connaissance, pour ses chroniques.

Rappelons ce qui avait motivé notre précédente chronique Croyance et opium du peuple (première partie) :

Il y a quelques temps un député européen belge faisait ce commentaire :

« En Europe, depuis les Lumières, le combat pour le libre-examen, pour la reconnaissance d’un être humain capable de penser par lui-même, a été un combat difficile contre le pouvoir des Eglises chrétiennes. Ce combat de la laïcité devait être mené. Mais je pense que c’est allé trop loin. A gauche, on en est arrivé à assimiler la religion à l’opium du peuple, sans nuance. Avec condescendance, on considère les croyants comme des arriérés, des enfants qui se débarrasseront des oripeaux de la vie spirituelle une fois qu’ils deviendront adultes. On arrive peut-être à un moment où l’Europe est mûre pour vivre bien dans ses baskets à la fois le chemin spirituel et le libre-examen…[1]« 

Clash en direct sur CNews quand un prêtre…  (suite…)

canard à l’orage

Où bat le pouls de l’opinion publique ? Sur Twitter ? La pensée s’arrête à 150 caractères (souvent de mauvais caractères). Même si cela peut avoir des effets positifs : la passion frénétique de Donald Trump pour cette messagerie annonce que ses mémoires seront brèves, beaucoup plus brèves que les énormes pensums que nous ont laissés la plupart de ses glorieux prédécesseurs.
Sur les réseaux sociaux ? C’est le festival des fausses nouvelles, le rendez-vous des membres du club des complotistes et des malades souffrant du syndrome de la Tourette (un mal qui se caractérise par la production incontrôlée de grossièretés et d’obscénités).
Reste les journaux. Cela fait, paraît-il, vieux jeu de se promener, un journal sous le bras. Pour ne pas passer pour un schnoque, on le lit maintenant en cachette comme jadis les revues pornos.
Pourtant, depuis quelques mois, désolé pour les obsédés de l’écran tactile, les accrocs au web, et à Facebook, c’est le retour en force de cette bonne vieille presse écrite. (suite…)