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Plongée en Actes Noirs


Voici une brève recension de quelques polars parus cette année dans la collection Actes Noirs chez Actes Sud. On y retrouve une vieille connaissance, l’Espagnol Victor del Arbol, avec La veille de presque tout (traduit par Claude Bleton). Après avoir réglé son compte à l’assassin d’une fillette, l’inspecteur Germinal Ibarra a quitté, sans regret, la chaleur de Malaga pour sa Galice natale. Mais il ne va pas bien, cherche un sens à sa vie. Jusqu’à ce qu’une jeune femme sévèrement abîmée admise aux urgences de l’hôpital de La Corogne demande à lui parler. Elle n’est autre que la mère de la fillette assassinée et elle lui raconte comme elle est arrivée là. Alternant les époques et les lieux, l’intrigue passe de l’Espagne franquiste à la dictature argentine et offre une galerie de personnages blessés par la vie et dépositaires de secrets. L’auteur de Toutes les vagues de l’océan signe un roman noir bouleversant qui met à nu la nature humaine.

Un meurtre est commis à Versailles. Plus précisément, c’est dans le labyrinthe qu’a été retrouvée une femme éventrée. Le chevalier de Volnay, alias le commissaire aux morts étranges, mène l’enquête, toujours flanqué de son assistant, pardon : son collaborateur, un moine hérétique de haute taille qui est en réalité son père. Ce qui rend leurs rapports parfois étonnants. La victime dispensait ses charmes dans un établissement sado-maso de Paris, tout en posant pour un peintre fétichiste des pieds. Dans Le moine et le singe-roi, sixième tome des aventures de son héros, Olivier Barde-Cabuçon fait admirablement le portrait de Versailles au temps de Louis XIV, un roi quelque peu contraint par son étiquette, à laquelle il ne se prive pas de déroger, et entouré d’une cour, composée de nobles désœuvrés. Abondamment dialogué, mené tambour battant, ce roman policier révèle des facettes parfois inattendues d’un règne et d’un siècle que l’auteur semble connaître sur le bout des doigts.

Les héros des romans de l’auteur suédois Arne Dahl, ce sont les douze membres d’Opcop, la première unité opérationnelle d’Europol. Dans Prenons la place des morts (traduit par Rémi Cassaigne), phrase extraite du Comte de Monte-Cristo de Dumas, ces hommes et femmes de nationalités différentes et issus d’horizons professionnels divers sont confrontés à trois morts apparemment sans liens entre elles et survenues dans des lieux très éloignés : à Charleroi, un chirurgien esthétique spécialisé dans la transformation du visage a été retrouvé pendu dans sa maison ; à Stockholm, un trafiquant d’armes albanais a été abattu lors d’une rixe dans un bar ; et sur une île toscane, un député écologiste européen a été retrouvé assassiné. Ces meurtres renvoient à d’autres, dont un sur le château d’If. Leur enquête va les emmener sur l’île de Nazino en Sibérie, connue comme « l’île aux cannibales », où, en 1933, furent déportées six mille personnes, avec de la farine comme unique nourriture, dont les deux-tiers périront.

Monteperdido, titre du premier roman de l’Espagnol Agustin Martinez (traduit par Claude Bleton), est un lieu où l’on préférerait ne pas vivre. Dans ce petit village des Pyrénées espagnoles coupé du monde, blanchi par la neige en hiver, noyé par les pluies torrentielles au printemps, habité par une faune sauvage (très présente) et, tout de même, fréquenté par les touristes, deux fillettes de onze ans ont disparu en 2009. L’enquête a été bâclée puis abandonnée, même si les parents n’ont jamais désespéré. Cinq ans plus tard, l’une d’elles est retrouvée dans une voiture accidentée, à côté du conducteur décédé. Que lui est-il arrivé ? Où est son amie ? Deux inspecteurs madrilènes sont envoyés sur les lieux. À charge pour eux de dénouer les fils de ce mystère. Mais aussi de calmer des habitants de plus en plus remontés. Au-delà d’une intrigue fort bien menée, Monterperdido est d’abord un roman aime prendre son temps pour installer un climat et camper ses personnages.

Autre premier roman, Whiskey Tango Foxtrot (traduit par Laure Manceau), de l’Américain David Shafer, se démarque des précédents par la puissante originalité de son propos et la singularité de son ton. Il met en scène un futur redoutable où toutes les données du monde entier s’apprêtent à être privatisées par le Comité, un réseau international formé d’industriels et de magnats des médias. Une organisation utopiste souterraine, Dear Diary, tente de déjouer leur plan. Entre eux s’immisce un trio composé d’une travailleuse humanitaire, d’un rentier fumeur de joints et d’un gourou bidon en développement personnel. L’auteur aborde avec un humour virant parfois à la loufoquerie un sujet extrêmement grave puisqu’il s’agit ni plus ni moins de la sauvegarde de nos vies privées. Bizarrement, son titre est également celui d’un roman de Kim Barker adapté au cinéma l’an dernier.

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