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Premiers romans (4 et 5): Julie Moulin et Stéphanie Vermot-Outhenin


Jupe et pantalon, par Julie Moulin, Alma Editions, 300 page, 18 €
La Straniera, par Stéphanie Vermot-Outhenin, La Grande Ourse, 175 pages, 16 €

sortie Julie MoulinVoici deux excellents premiers romans publiés chez des petits et récents éditeurs français, Alma et La Grande Ourse, ce qui est tout à leur honneur. Démarrant sur le ton de l’humour, Jupe et pantalon (drôle de titre) empreinte progressivement des chemins autrement plus graves. A l’entame, c’est Marguerite qui prend la parole. Qui est-elle? Rien moins que la jambe gauche de A., la première à avoir vu le jour. Elle converse avec sa jumelle, Mirabelle, ainsi qu’avec Boris et Brice, les deux bras, Camille, le cerveau, et Babette, les fesses. Elle raconte l’enfance de celle dont elle dépend, une enfance tragiquement marquée par une terrible brûlure réparée grâce à une greffe de peau de Mirabelle.

Elle parvient ainsi à l’âge adulte où Agathe – c’est son prénom – est devenue une «cadre dynamique» qui a réussi à faire sa place «dans un monde d’hommes». Mais de retour au bureau après son deuxième enfant, elle est mise sur la touche, détrônée par un nouveau venu aux dents longues. Tout va alors se déglinguer chez elle: son moral, sa santé, son couple. Marguerite se tait et la comédie joyeusement menée s’assombrit pour devenir le portrait douloureux d’une femme qui perd soudainement les repères auxquels elle croyait. Le récit est intelligemment construit et l’écriture est parfaitement maîtrisée. On pressent la patte d’une vraie écrivaine.

couv stranieraLa Straniera, l’étrangère du titre du premier roman de Stéphanie Vermot-Outhenin, c’est Marianne, une Française qui vit depuis vingt ans à Rome avec Claudio. Si son métier de photographe l’a conduite à collaborer avec plusieurs revues italiennes, si sa belle-sœur Monica lui vouait une réelle amitié, elle s’est néanmoins toujours sentie un peu étrangère dans ce pays qu’elle avait pourtant appris à aimer. Dès lors, lorsque, ne supportant pas que son mari la quitte pour une autre femme, elle commet un acte qui aurait pu être irréparable, elle comprend ne plus pouvoir rester. Elle prend donc le train pour Besançon où l’attend Lorette, sa grand-mère nonagénaire qui l’a élevée pendant que sa mère parcourait la planète comme infirmière. Elle débarque, avec sa grosse valise. Mais sans son fils, Lorenzo. Stéphanie Vermot-Outhenin, qui vit à Naples où elle traduit des essais universitaires, signe un premier roman d’une beauté littéraire et d’une force émotionnelle peu courantes. Ici, tout est dans l’allusif, le non-dit, le sous-texte. Ce n’est que progressivement que sont dévoilés les deux récits subtilement entrelacés: le passé récent de l’héroïne et un autre, bien plus ancien, celui de la vieille dame jadis déportée à Ravensbrück. Avec, en leur centre, la mystérieuse absente, mère de l’une et fille de l’autre.

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