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Présomption d’innocence


Je n’éprouve aucune sympathie pour Monsieur Richard Fournaux, sénateur-bourgmestre de Dinant, ou plutôt pour son personnage, tel que les médias le donnent à voir, car je n’ai pas l’heur de le connaître personnellement. Ce personnage me déplaît, non pas parce que les idées politiques qu’il est censé défendre et illustrer ne sont le plus souvent pas les miennes, mais parce que je le trouve vulgaire. Je déteste la vulgarité, mais je ne vous raconterai pas aujourd’hui ce que j’entends par ce mot. Jugez sur pièces, le personnage passe souvent à la télé.

M. Fournaux a maille à partir avec la justice, et vient de se faire renvoyer en correctionnelle pour une obscure (pour moi) histoire de casino remontant à une dizaine d’années. Coupable ou non coupable ? Seule la justice en décidera, éventuellement après appel. Jusqu’à ce moment de décision irrévocable, personne n’a le droit de se prononcer. On peut avoir son opinion sur la chose, mais cette chose relève des tribunaux, et nul autre lieu de décision.

Tant que cette décision n’est pas prise, M. Fournaux bénéficie, comme tout justiciable dans la même situation, fût-il un épouvantable tueur en série, de la présomption d’innocence. Du reste, il n’a pas été placé en détention préventive, cette pratique dont on surabuse chez nous, et ne se trouve pas matériellement empêché d’exercer ses fonctions politiques. Alors, que vient faire tout ce ramdam autour de l’éthique, des pas de côté et autres démissions temporaires ? On sent qu’il s’agit là de plaire à cette capricieuse Fée Carabosse, l’opinion publique. Et la présomption d’innocence fait alors place à la suspicion qui se prétend légitime. Ou M. Fournaux, jusqu’à nouvel ordre, est innocent ou il ne l’est pas. Aux yeux de la Justice, il l’est, et seul cela compte. Dès lors, l’exercice de ses fonctions publiques reste acquis. Et pourtant, je n’aime pas ce garçon …

Ceux qui ne pourront certainement pas invoquer la présomption d’innocence, ce sont les dirigeants des pays nantis dans leur comportement de toujours à l’égard de la République d’Haïti. Maintenant qu’un tremblement de terre a détruit une grande partie de sa capitale et d’autres villes, tué des dizaine de milliers de ses habitants, jeté sur la rue, dans un affreux dénuement, un nombre encore plus considérable de ceux-ci, tous les médias résonnent des mêmes mots : « intense émotion » (toujours intense, l’émotion) et « immense élan de solidarité » (toujours immense, l’élan). Il est bien temps d’afficher de telles attitudes. On aurait peut-être – non, sûrement – dû y penser avant. Voilà un pays qui passe pour l’un des plus pauvres de la planète, dont la misère laisse le monde entier indifférent depuis des décennies. Son peuple, composé d’anciens esclaves, s’était donné la première nation « noire » libre au monde au début du 19e siècle. Après la seconde guerre mondiale, il connut la dictature de François Duvalier, entre 1951 et 1971, puis celle de son fils Jean-Claude (« Baby Doc »), entre 1971 et 1986. Leur pouvoir reposa sur les actions et exactions des sinistres Tonton Macoute. Après l’intermède du Père Aristide, élu président en 1990, suivi de diverses péripéties animées par les militaires, les Etats-Unis, en 1995, imposèrent sous le couvert de l’ONU une espèce de tutelle politique. Au moment du séisme, quelque neuf mille casques bleus contrôlaient le pays. Cette occupation n’a pas signifié l’avènement d’une société prospère, loin de là. La misère est toujours le lot de la majorité des Haïtiens.

Je ne peux m’empêcher de penser que les bons sentiments, les « à votre bon cœur, Messieurs-Dames », suscités par les médias, sont teintés d’une forte dose d’hypocrisie. Ils arrivent trop tard. On aurait dû se préoccuper depuis belle lurette d’Haïti et de pas mal d’autres pays plongés dans un sort identique. Encore heureux que la télé a pu se rendre à Port-au-Prince, sinon la chose serait passée inaperçue à la plupart de nos contemporains. Les images télévisées, celles du Net aussi, nous fournissent un spectacle qui nous arrache au mieux quelques larmes. Et après cela, place au football !

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