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Questions de termes


On entend souvent opposer le court et le long termes, le premier étant la marque de l’égoïsme, le second celle de la vision responsable soucieuse du bien commun. Est-ce aussi simple ?

Dans la conférence de Jared Diamond que j’évoquais la semaine passée , l’universitaire américain pointait comme une des raisons qui conduisent à la chute d’une société le conflit qui oppose les élites, préoccupées par la sauvegarde de leurs intérêts égoïstes à court terme, aux besoins et défis à long terme de la collectivité dont ils sont supposés avoir la charge.

Et il ne se passe un jour sans que, dans les médias, on ne dénonce un(e) responsable politique qui a fait valoir ses intérêts personnels (à court terme) avant ses responsabilités politiques (à long terme), ou un des autres maux dont souffre notre démocratie : l’électoralisme, qui est une des illustrations les plus parfaites de ce conflit entre court et long termes. Les politiques véritablement « réformatrices » que la situation requiert sont, a priori, des politiques « à long terme » dont les effets « à court terme » sont désagréables, douloureux, difficiles et souvent impopulaires (la renégociation d’acquis, le bouleversement d’habitudes…). Or, ceux qui doivent mettre en place ces réformes sont des hommes et des femmes qui sont soumis à un rythme électoral à moyen terme et à des sondages et une pression médiatique à très court terme. Voilà pourquoi votre fille est muette…

Benjamin Nétanyahou, visionnaire à long terme ?

Lorsque Benjamin Nétanyahou bafoue le principe de non-ingérence qu’il invoque si souvent pour tenter de justifier la politique injustifiable de son gouvernement à l’encontre des Palestiniens, et qu’il harangue le Congrès américain et se moque ouvertement du président Obama, il invoque le long terme : dans dix ans, les Iraniens auront la bombe atomique, et même une myriade de bombes atomiques, et ils détruiront sinon le monde, au moins Israël. Bibi pourrait illustrer cette menace par des précédents historiques où, à cause d’une vision à court terme, les États-Unis ont soutenu des ennemis de leurs ennemis (les Talibans contre l’URSS en Afghanistan, par exemple) qui, quelques années plus tard (le fameux « long terme ») sont devenus leurs propres ennemis.

Un court terme qui a enclenché, à très long terme, un processus de violence dont on ne voit pas la solution aujourd’hui et qui empoisonne la terre entière. Mais il ne faut pas croire que le Premier ministre israélien n’est motivé que par une telle vision, laquelle serait motivée par son double souci de sauver non seulement son pays, mais aussi l’humanité entière d’un danger au moins aussi grave et destructeur que le Reich nazi ; il doit faire face à des élections dans deux semaines et il est parti faire campagne à Washington pour convaincre un électorat qui réagit (trop) bien à de telles menaces.

Pourtant, cela fait vingt ans que Nétanyahou brandit la menace iranienne et se trompe à chaque fois dans ses prévisions apocalyptiques. Rien ne prouve sérieusement que l’Iran n’est pas en train d’évoluer, en grande partie grâce à sa société civile, et qu’elle ne sera pas demain un acteur privilégié pour reconstruire la paix dans cette région du monde qui concentre tant de tensions et de problèmes.

Bien entendu, le droit à la sécurité pour Israël est incontestable, comme il l’est pour toute population. Mais le gouvernement israélien brandit, pour justifier sa politique actuelle, des menaces à long terme (voire à court terme) qui se nourrissent de la mémoire des souffrances historiques du peuple juif : la Shoah et les guerres qui ont opposé le jeune État à ses voisins arabes dès sa création, en 1948. Dans son discours, Nétanyahou rappelle la destruction programmée du peuple juif par Haman, il y a 2.500 ans ; Haman, roi perse, donc iranien… Le long terme est, ici, rétroactif et non prospectif, fondé sur le présupposé, faux au demeurant, que le passé se répète toujours.

L’espace, le temps et Kant

Qu’il soit court ou long, le terme est de surcroît une notion temporelle ; or, nous vivons dans au moins deux dimensions, dont la seconde est l’espace. Quels sont les liens entre les deux ? Le local correspond-il au court terme, et le global au long terme ? Comment s’articulent, sur ces axes, les intérêts particuliers et collectifs, l’individu et la société ? Suivant les orientations politiques, voire idéologiques, économiques ou philosophiques, des visions radicalement opposées vont s’affronter, chacune prétendant détenir la vérité ; mais toutes sont d’accord sur un point théorique, à savoir que cette vérité s’évalue dans l’horizon le plus vaste, temporel et spatial, donc dans le long terme et dans un espace aussi large que possible. Même Hitler voulait bâtir un Reich millénaire, ce qui n’était pas incompatible, dans son esprit, avec une globalité excluant une part importante de l’humanité.

Y a-t-il une manière de concilier positivement les deux ? Peut-être, en se mettant d’accord, avant toute chose, sur la fin recherchée. Le « terme » concerne surtout les moyens. Or quelle serait une fin sur laquelle une majorité pourrait s’entendre ? Peut-être celle qu’évoque la Prix Nobel de la paix Jody Williams (en 1997, pour la campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel terrestres) et qui peut se résumer ainsi : la paix et l’établissement d’une justice et d’une sécurité sociales à l’échelle planétaire. Pour y arriver, rappelle-t-elle, il ne suffit pas d’en parler, ni de méditer, ni de prier ; il faut agir. Une action quotidienne, individuelle, multipliée, prolongée : un long terme qui se bâtit à coups de courts termes, comme une maison se construit brique après brique. Nous sommes cernés par les urgences ; toutes doivent être prises en considération et considérées comme des priorités.

Emmanuel Kant, professeur d’auto-école

Tout ceci rappelle furieusement les idées d’un philosophe un peu lointain, mort il y a 210 ans, et qui formulait trois impératifs catégoriques dans sa « Critique de la raison pratique ».

1.  Le premier touche à la portée universelle d’un acte individuel : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle ». Autrement dit, tout dépend d’une volonté individuelle, mais à chaque fois, il faut se demander ce qu’il adviendrait si tout le monde se comportait de la même manière.

2.  Deuxième impératif formulé par Kant : « Agis de telle sorte que tu traites toujours l’humanité en toi-même et en autrui comme une fin et jamais comme un moyen ». Donc, respecter la dignité humaine à travers chacun de nos actes et chacune de nos interactions.

3.  Troisième impératif : « Agis comme si tu étais à la fois législateur et sujet dans la république des volontés libres et raisonnables ». Tout l’inverse du « faites ce que je dis mais (ne dites) pas ce que je fais », tout l’inverse aussi du principe qui consiste à édicter des lois auxquels on se soustrait, d’une manière ou d’une autre.

Étonnamment, je garde des souvenirs très précis des cours d’auto-école que j’ai suivis à 18 ans. Mon moniteur (s’appelait-il Kant ?) insistait entre autres sur la manière dont il convenait de regarder la route : toujours porter son regard aussi loin que possible devant soi. Ce qu’il voulait surtout déconseiller, c’est de conduire en regardant juste devant son capot, attitude qui empêche d’anticiper les obstacles. Mais il énonçait, sans le savoir, un principe moral et politique : on ne peut pas voir la route au-delà du tournant. Il ne s’agit donc pas de verser dans une vision ultra-libérale selon laquelle le marché résoudra tout et les solutions surgiront lorsque nous serons au bord du gouffre ; pour autant, le long terme est ce qui se dévoile à nous au fur et à mesure que nous maintenons un cap et que l’on franchit, tous ensemble, kilomètre après kilomètre, la distance qui nous en sépare.

Et qui nous en séparera toujours, car le long terme est une vision de l’esprit, une manière de nommer ce que nous espérons n’être qu’une étape, et non un terme.

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