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Séance de rattrapage (1) : « L’odeur de la forêt » d’Hélène Gestern


L’odeur de la forêt, par Hélène Gestern, Arléa, 699 pages, 27 €

Je m’en veux de ne pas avoir parlé plus tôt du quatrième roman d’Hélène Gestern, car il est certainement celui qui m’a le plus enthousiasmé parmi tous ceux que j’ai lus ces derniers mois. La narratrice de L’odeur de la forêt, historienne de la photographie, se voit confier par une très vieille dame un album contenant des lettres envoyées pendant deux ans et demi par un soldat de la guerre de 14-18 à son ami, un célèbre poète resté à l’arrière. A la mort de la donatrice, elle hérite de sa maison des environs de Vichy où, elle qui peine à se remettre de la mort de l’homme qu’elle aimait, se met à venir les weekends. Dans un tiroir, elle découvre une lettre envoyée du Portugal concernant un mystérieux cahier à remettre en mains propres. C’est le point de départ d’une (en)quête qui la conduira vers des rives insoupçonnées.


C’est un livre assez difficile à raconter car il s’insinue dans une histoire familiale aux multiples ramifications qui s’étale sur plusieurs générations, autour de deux moments cruciaux : d’une part, la Première Guerre mondiale, le désespoir d’hommes jeunes envoyés à la mort et ces « fusillés pour l’exemple » dont circulent des photos restées longtemps secrètes; d’autre part, le second conflit mondial, la Résistance, la Collaboration, les traitres et dénonciations, et aussi la recherche d’un couple disparu dans la tourmente. L’exceptionnelle longueur du roman – 700 pages -, raison qui explique probablement la discrétion de sa sortie en septembre dernier et son absence des listes des prix littéraires, se justifie amplement, est partie prenant de son éclatante réussite.

Plusieurs intrigues se croisent, qui concernent le poète récipiendaire des cartes postales (et des photos) et ses introuvables réponses, le cahier crypté de Diane, l’incendie d’un certain domaine, un mystérieux dirty book, les raisons de la mort de l’auteur des lettres, une histoire d’amour aussi, et beaucoup d’autres choses encore, notamment de nombreuses fausses pistes, qui tissent une toile à la fois limpide et complexe. L’odeur de la forêt, qui renvoie à des moments pas très glorieux de l’histoire de France, est un roman total, intrigant, passionnant, palpitant (comme on dit d’un cœur plus que par son suspense), souvent bouleversant, d’une écriture précise et fluide, remarquablement contenue. Il fera date, j’en suis convaincu, et lorsqu’Hélène Gestern sera enfin reconnue comme une auteure majeure d’aujourd’hui, on y reviendra.

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