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Séance de rattrapage (3) : Romain Slocombe


Grâce à Monsieur le Commandant (Pocket) en 2011, en lice pour le Goncourt cette année-là, Romain Slocombe, un des tous bons écrivains français actuels, a acquis une nouvelle visibilité. Il était déjà l’auteur d’une quinzaine de livres, dont une bonne partie de polars à la Série noire ou chez Fayard Noir. Et, depuis, il en a publiés pas moins de huit, des polars, des romans historiques et un recueil de nouvelles (Route 44 chez Belfond). Citons Première station avant l’abattoir (2013, Points), passionnante auscultation du régime soviétique naissant à travers l’assassinat de l’un de ses agents secrets lors d’une conférence internationale à Gènes en 1922.

Avis à mon exécuteur (2014, Robert Laffont/Pocket), formidable « roman-vrai » mettant en scène, sous les traits de Victor Krebnitsky, un personnage réel, Walter Krivitsky, qui, après avoir servi la cause de Staline, fait défection en 1937. Il publie ensuite J’étais agent de Staline avant d’être retrouvé «suicidé» dans une chambre d’hôtel à Washington en février 1941. Ou encore, paru à la rentrée 2015, Un été au Kansai (Arthaud), suite de lettres écrites, entre 1942 et août 1945, par un diplomate allemand de 24 ans travaillant à l’ambassade du Reich au Japon, à sa sœur qui vit à Berlin. Ce jeune homme cultivé et curieux, heureux d’échapper à la guerre en Europe, voit progressivement ses convictions ébranlées et l’horreur guerrière le rattraper.

C’est toujours l’Histoire, et de nouveau celle de la Deuxième Guerre mondiale, qui est au centre de L’affaire Léon Sadorski (Robert Laffont/La bête noire), paru l’automne dernier et qui a figuré sur la première liste du Goncourt. Son personnage principal a réellement existé, l’auteur a seulement légèrement modifié son patronyme. Le vrai Louis Sadosky, 42 ans, fut, pendant la guerre, responsable du service juif à la direction des renseignements généraux de la Préfecture de Paris. Arrêté par les SS, il est interrogé à Berlin par la Gestapo pendant cinq semaines, expérience dont il fera le récit (et que l’historien Laurent Joly a publié et commenté en 2009). Comme il l’avait fait avec Monsieur le Commandant, à travers le portrait de cet homme servile, arbitraire, arrogant, pervers, antisémite, anticommuniste, maréchaliste tout en veillant à plaire à l’occupant, sans scrupule ni humanité, et qui, de retour d’Allemagne, se remet au travail comme si de rien n’était, avec un zèle renouvelé, c’est une impeccable photographie de la France de ces années-là que dresse le romancier, avec sa chasse aux résistants, sa traque des Juifs, ses trafics et magouilles en tous genres, corruptions et exactions diverses, et, bien sûr, tortures. Comme toujours chez Romain Slocombe, on en sort rincé.

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