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Un temps à aller au cinéma


Il fait moche. Profitez-en, allez au cinéma! Certes, c’est la saison des blockbusters américains… Ils arrivent à la pelle. Pour le meilleur (Super 8) et pour le pire (Cars 2). Mais en dehors des sentiers hollywoodiens, il y a quelques perles à ne pas manquer, dont Une Séparation, l’un des plus beaux films de l’année.

Super 8, de J. J. Abrams. Tout le film est là, dans ce regard, ce visage, cette lumière. Comment ne pas penser au regard d’Elliott, à la fin de E.T.? Avec Super 8, son film le plus personnel, J. J. Abrams rend un merveilleux hommage au cinéma des premiers « blockbusters » de la fin des ’70 et début ’80, et signe une véritable déclaration d’amour aux premiers films de Steven Spielberg (d’ailleurs producteur du film). A l’heure où Hollywood s’obstine dans le recyclage à tout-va, on nous offre là un inoubliable bain de nostalgie – au sens noble du terme. Dieu merci, Abrams a eu l’intelligence de ne jamais tomber, en revenant 30 ans en arrière, dans le pastiche de pacotille. A défaut de pouvoir crier au chef-d’œuvre (le script est sans doute un brin trop dispersé), Super 8 s’impose pourtant comme un classique instantané, et pas seulement par sa réussite intrinsèque (casting parfait, production fabuleuse). Si on en sort enchanté, c’est parce que le film a un cœur gros comme ça. Ce n’est pas étonnant que cette histoire du monstre (petit cousin de celui de Cloverfield) intéresse moins le réalisateur que cette bande de gamins au seuil de l’adolescence (qui rappelle celle des Goonies). Bien que le spectacle soit au rendez-vous, Abrams ne nous cache jamais que c’est à travers eux que passe le film. On vit Super 8 avec leurs angoisses, leurs douleurs, leur passion, leur innocence. Voilà, au cœur de l’été, l’un des plus beaux films de l’année.

Harry Potter and the Deathly Hallows: Part 2, de David Yates. Il reste bien sûr quelques défauts – assez récurrents dans cette saga – comme des trous scénaristiques ou des personnages réduits à de simples figurants… De plus, le fameux “affrontement final” est finalement assez décevant et la guerre à Poudlard aurait pu être encore plus dantesque à mon goût. Pour ces raisons, le film n’est pas totalement jouissif, mais j’ai toutefois été vraiment séduit par l’élégance, tant formelle qu’émotionnelle, de cet épisode. Le dyptique des “Reliques” est ce que David Yates (embauché depuis l’épisode 5) a fait de mieux. Bien sûr, le plaisir procuré par le film reste quand même très en deçà de la passion qu’avait pu susciter le roman, mais saluons quand même cette belle conclusion – ce dont cette saga, entamée il y a dix ans, avait besoin pour s’en sortir avec les honneurs.

Kung Fu Panda 2, de Jennifer Yuh. Donner une suite à un projet original n’est jamais chose aisée. L’histoire imaginée pour cette suite est, comme la précédente, extrêmement classique. On est sur des rails, jusque dans ses petits moments d’émotion (l’enfance traumatisée du héros est dévoilée). Pourtant, malgré ce scénario trop balisé et malgré l’effet de surprise en moins, le film ne déçoit pas et une fois de plus, il flanque la banane. Quel plaisir de retrouver ce bon vieux Po! Le film grouille de gags désopilants et ils sont presque tous conçus à la gloire de Po et de sa drôlerie irrésistible. Jack Black est une fois de plus parfait pour le rôle. Visuellement, ça reste du haut de gamme, et la 3D, cette fois, rajoute une couche de fun, notamment dans quelques scènes d’action bien troussées. A défaut d’être géniale, cette suite tout à fait honorable a quand même le mérite d’être furieusement cool. Le dernier plan annonce sans détour un numéro 3 (et vu le succès acquis d’avance, on ira sans doute jusqu’au 4). Espérons qu’il ne finisse pas par se ringardiser comme son collègue Shrek.

Cars 2, de John Lasseter et Brad Lewis. J’ai trouvé ça assez lamentable. D’accord, j’avais un petit problème de prédisposition… Parce que ce numéro 2 n’est qu’une suite purement commerciale (le premier avait cartonné), faussement justifiée par le caprice du big boss de Pixar (Lasseter est fada de bagnoles). Aussi, parce que j’ai un véritable blocage avec cet univers de voitures qui parlent, le seul univers pixarien qui à mes yeux ne fonctionne pas – sans doute parce que l’humain y est absent. Le résultat est encore pire que mes attentes. Humour bidon, scénario inintéressant, message neuneu et rabattu sur l’amitié, bavardage hystérique, personnages peu attachants… Techniquement, c’est bien sûr fabuleux (et c’est la moindre des choses), mais ce Cars 2, à mille lieues des chefs-d’œuvre auxquels le studio nous avait habitués (Up, la trilogie Toy Story, The Incredibles, WALL-E..), restera comme le vrai faux pas de leur magnifique carrière.

Deux conseils pour ceux qui souhaitent s’éloigner des productions hollywoodiennes:

Blue Valentine, de Derek Cianfrance. C’est l’histoire de Sarah et de Dean. En parallèle, nous suivons d’un côté leur rencontre, de l’autre leur rupture. D’un côté les sentiments jaillissent, de l’autre ils s’envolent. C’est un “boy meets girl” aussi simple que cela, mais le film est sublime car l’écriture évite tous les clichés, et parce que Ryan Gosling et Michelle Williams, sur lesquels tout le film repose, sont exceptionnels de vérité. Derek Cianfrance, qui a joliment su capter leurs palettes de sentiments, est un cinéaste à suivre.

A Separation, de Asghar Farhadi (Ours d’Or à Berlin 2011). Dans le premier quart d’heure, les pions sont installés. Puis arrive cet incident, déclencheur d’une suite d’événements qui s’enchaînent tel un domino. Le scénario, magistralement construit, transforme petit à petit le drame en véritable thriller psychologique d’une tension palpable, électrique. Le cinéaste iranien, avec une mise en scène toujours inspirée et une prodigieuse direction d’acteurs (tous sont exceptionnels), arrive à magnifier chacun des personnages, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs espoirs et leurs angoisses, leurs vérités et leurs mensonges… Avec en trame de fond la société iranienne contemporaine, Farhadi décortique merveilleusement la complexité humaine. Passionnant et bouleversant, Une Séparation est une leçon de cinéma qui nous scotche au fond de notre fauteuil jusqu’au (terrible) dernier plan. Assurément l’un des tout grands films de cette année! A ne pas manquer…

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