À propos de toupet et de larmes séchées

Les morts de Buizingen n’étaient pas encore complètement comptés et voici que le pilier de notre VRT nationale exige durant le journal de 8 heures, de manière aggressive et non nuancée, que Inge Vervotte donne les noms des responsables. Comment est-ce possible qu’un journalisme de basse investigation puisse avoir sa chance sur la VRT ? Inge Vervotte, malgré sa colère devant un tel manque de respect et de savoir-vivre, se comporta comme une grande dame. Elle continua à le faire dans toutes les émissions suivantes où les vedettes de Canvas fulminaient encore.  Au diable De Vilder et compagnie, chapeau, petite Inge. Une nouvelle preuve que les gens de petite taille peuvent être grands.

En Wallonie on n’a pas du tout apprécié que Kris Peeters, ministre-président de la Région Flamande, ne parlait que des morts flamands, donnant ainsi l’impression que les victimes francophones ne le concernaient moins. Heureusement, deux jours plus tard, son collègue wallon, Rudy Demotte, a affirmé dans De Standaard – malheureusement ce message n’a pas été repris dans la presse francophone – que Peeters lui avait à plusieurs reprises téléphoné pour témoigner de sa sympathie envers toutes les victimes, bruxelloises, wallonnes et flamandes. Une preuve supplémentaire qu’il n’est pas superflu de lire la presse des deux communautés pour être bien informé…

Il est rare que quatre politiciens de haut niveau soient d’accord sur un même sujet, encore qu’il ne s’agisse pas de quelque chose qui tienne la Belgique en éveil : les bombes atomiques en Europe. Grande nouvelle donc quand les ministres d’état Claes, Dehaene, Michel et Verhofstadt signent ensemble un billet d’opinion dans lequel on plaide pour une Europe sans nucléaire (DS 19/02). Avec leur message, ils veulent appuyer l’appel d’Obama pour un démantèlement de l’arsenal nucléaire, disent-ils. Pour qui a un peu d’intérêt pour le monde extérieur, ce message à la une du Standaard n’est que du réchauffé. Une voix dissidente, cependant : Marc Eyskens. D’ailleurs il a raison quand il déclare que les Français et les Anglais ne renonceront jamais unilatéralement à leur arsenal d’armes nucléaires (ce que les quatre envisagent pourtant).

Dans son commentaire, le rédacteur en chef Bart Sturtewagen écrit, admiratif, que ces 4 hommes d’état séniors ont du toupet, pour lier leur nom à un mouvement qui veut contourner un raisonnement considéré comme intouchable. Leur culot serait un peu plus crédible s’ils avaient été aussi courageux dans leur jeune temps –quand ils avaient encore des responsabilités.

Dans le journal du week-end (DS 20/02), on annonce une interview de Karel Vinck comme LE sujet du w.e : “Cela fait longtemps que je ne pleure plus.” La une, plus trois pages dont, grosso modo, une entière pour le titre, sous-titres et photos, conforme à la philosophie du journal.

Karel Vinck est un des managers les plus brillants de ce pays, écrivent Steven De Foer et Guy Tegenbos, mais ses années initiales ne furent pas ses meilleures. On l’appelle maintenant à s’exprimer sur la sécurité des chemins de fer .Sa conscience est pure. Ce serait en effet trop facile de dire maintenant que nous aurions dû choisir avant un système de sécurité, dit Vinck.

Quand même une plume pour les journalistes qui osent lui poser des questions directes sur sa part de responsabilité dans l’absence de décision du gouvernement et de la direction de la SNCB pour faire de la sécurité une priorité absolue. Et il admet: Peut-être avons-nous perdu trop de temps dans les procédures de décision… Le Luxembourg, l’Italie et l’Espagne ont fait beaucoup mieux et ont réalisé, au moins partiellement, un système de sécurité en 1999. Il y a dix ans, et avant la catastrophe de Pécrot ou, récemment, de Buizingen. Il semble que nous aurions déjà pu avoir un système dans les années 80.

L’affaire Eternit en Italie, dans laquelle il avait d’abord été condamné, puis acquitté, est aussi soulevée. Là les medias ont fait une erreur, dit Vinck. Celui qui ne connait pas le fin mot ferait mieux de se taire, mais une question me taraude encore dans cette affaire Eternit : un CEO gagne beaucoup d’argent parce qu’il doit prendre des décisions difficiles; des décisions dont les dangers (comme ceux de l’amiante qui étaient alors connus publiquement) pour le personnel ne sont peut-être pas prouvés, mais encore moins inconnus. Entreprendre, c’est prendre des risques responsables. Le CEO a-t-il fait passer les intérêts économiques avant la sécurité?

Une petite phrase encore dans la longue entrevue m’a touché : aux chemins de fer ce sont les ingénieurs qui ont la parole et ils ont souvent du mal à accepter que quelqu’un imagine une solution qu’ils ne peuvent pas concocter eux-mêmes. Cela me fait penser aux ingénieurs qui disposent des services matériels de la Défense et qui ont pu si difficilement accepter que du matériel soit acheté sans qu’ils puissent y apporter des améliorations. Parfois cela a marché, mais la plupart du temps c’est le fournisseur qui fut le grand gagnant de ces coûteuses modifications.

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