À quand l’interdiction légale de la peur ?


Dans De Standaard, Selahattin Koçak, échevin SP-A de Beringen, a écrit : « C’est une prise de position contre les Musulmans. Les forces populistes de droite en Suisse ont utilisé abusivement le débat sur les minarets pour mettre en question l’acceptation sociétale de l’islam. » Et plus loin, à propos d’une mosquée à laquelle on va adjoindre un minaret : « Logique qu’ils voulaient aussi observer avec les minarets les prescriptions urbanistiques de leur religion. »

Question : ce résultat signifie-t-il qu’il y a 57% de Suisses qui sont des populistes de droite ?

De Standaard cite également le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, du parti gouvernemental islamique conservateur AKP. Dans un discours à Ankara, il a fait savoir « qu’il considère ce referendum sur une affaire aussi sensible comme une « erreur » ».  Selon Erdogan, des droits fondamentaux existent à propos desquels un referendum ne peut rien décider. Auparavant, le Ministère Turc des Affaires Etrangères avait déjà fait savoir qu’il attendait de la Suisse une « correction de la situation. »

D’un autre regard : les Suisses y répondront certainement : « À vos ordres !»

Une autre citation du Standaard, de Navi Pillay cette fois, Haut Commissaire aux droits de l’homme pour les Nations Unies : « Je ne veux pas condamner une décision démocratique, mais ne recule pas à condamner une campagne visant à susciter la peur des étrangers. »

Une question : la campagne en faveur des minarets n’a-t-elle pas été soutenue par « la majorité », le gouvernement, les partis majoritaires et les milieux financiers et économiques ?

Le journal autrichien Die Presse parle des « actions croissantes de boycott des pays musulmans contre l’affaire des minarets ». On craint que de l’argent des Musulmans s’échappe des banques suisses. On annonce en outre que deux Suisses qui ont été enlevés en Lybie (parce que le fils de Khadafi, Hannibal avait été arrêté temporairement à Genève) ont été condamnés immédiatement après le referendum à 16 mois de prison en raison de violation des conditions du visa.

L’argument ? Permettre les minarets par peur des prises d’otages ou pour les pétrodollars. Trouw (P-B) fait référence au journal français Libération qui titrait : « Le vote de la honte », accompagné du commentaire : « absurde ». Mais sur le site du journal, ce commentaire est quelque peu nuancé. Plus de mille réactions ont fait suite à l’article de Libé, qui trouvaient en majorité que c’était fou de nommer « absurde » un vote démocratique.

Voici une illustration de la séparation qui s’est produite entre les citoyens ordinaires et leur élite d’opinion. Autrement dit, dans un journal de gauche, de telles réactions incitent à la réflexion.

Le Dr Koenraad Elst, docteur en Indo-Iranistique (KUL) dont je suis en train de lire Le livre à côté de la bible : Critique  de l’Islam et du Coran, où apparaît une image plus approfondie de l’Islam, écrit ce qui suit sur le sujet :

« Le referendum suisse sur l’interdiction de la construction de nouveaux minarets est un cas de combat symptomatique désespéré et marginal […] la fonction du minaret est de permettre au muezzin de faire à gorge déployée le azan, l’appel à la prière […] Le minaret a par excellence une fonction politique, et une fonction de signal dans la stratégie de la conquête islamiste. »

Cela a été encore largement confirmé par l’actuel premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan : « les minarets sont nos baïonnettes. Cela n’a rien à voir avec les clochers ou les pagodes. »

Avec leur referendum, les Suisses ont tiré la langue à leur élite: le monde bancaire, l’Eglise, les partis politiques, les medias… A cause de leur loyauté aux intérêts autres que ceux du peuple, les instances dirigeantes ont mis le corps électoral sous pression avec des menaces et des imprécations : surtout ne pas mécontenter le monde musulman.

Question : quelque part sur le Net, j’ai lu que les Suisses ont peur que, dans une étape suivante, les muezzins exigent de faire l’appel à la prière depuis les minarets. Ce qui en fait n’est rien moins que normal, étant donné la fonction du minaret dans le mode de vie de l’Islam.

Peut-être autoriser seulement les minarets comme ornements, sans les haut-parleurs, ni les muezzins?

D’après le politologue suisse Michael Hermann, dans le journal suisse La Tribune de Genève, le résultat est surtout symbolique et n’est pas dirigé contre les Suisses musulmans. Il soupçonne que les femmes qui associent l’Islam avec les foulards, la sharia et l’oppression des femmes, ont voté en masse pour l’interdiction. Selon lui, le fossé entre les couches supérieures et inférieures est aussi l’élément le plus important du résultat.

Dans d’autres pays, les élites peuvent éviter des débats précis. En Suisse, ce n’est pas possible. Ils doivent apprendre à considérer les citoyens sérieusement. Ce processus n’est pas terminé, il doit se poursuivre. Un plaidoyer pour un débat ouvert qui mérite d’être soutenu de toutes parts.

Alors, arrêtons-nous un instant à ce fossé entre l’élite et la population. Le peuple ordinaire a peur, l’élite pas.

L’élite parle de « l’homme blanc effrayé » qui ne peut pas se frotter à des cultures étrangères et des situations moins sécurisantes. Qui sont-ils ?  Les gens à qui on adresse la parole dans une langue étrangère et dès lors ne se sentent pas à l’aise ? Les gens qui sont confrontés à des usages que nous avons abandonnés depuis des siècles ? Les gens qui, en pleine journée, évitent certaines rues à cause des insultes ou des harcèlements et ne sortent plus le soir parce qu’ils courent le risque d’être abordés, de recevoir des coups ou d’être blessés ? Les gens qui continuent à vivre dans des quartiers peu sûrs, en raison du manque d’argent ? Les habitants des villas qui transforment leur habitation en fort parce qu’ils ont peur d’une petite visite de bandes de voleurs violents venus de l’étranger ? Le policier qui refuse de risquer sa vie dans des quartiers et en reste éloigné, sinon « en force » et quand il n’y a pas moyen de faire autrement ?

Et qui sont alors les « hommes blancs courageux » ? Sont-ce des vaillants journalistes et hommes politiques qui, via les media essayent de convaincre la population que tout cela n’est pas si grave ? Sont-ce des vaillants musulmans modérés qui  matent la jeunesse errante dans des quartiers où la police ose à peine encore aller ? Sont-ce les vaillants partisans de la politique de la coexistence correcte qui ne font que constater la misère quotidienne dans ces quartiers malfamés ?

Chers lecteurs, les hommes blancs effrayés existent ; quoique l’élite blanche courageuse trouve cela grave, mesquin ou raciste, c’est une réalité qui ne disparaîtra pas mais qui, au contraire, augmente à chaque nouvel incident. Est-ce du populisme, ou serait-ce qu’un fossé s’est en effet creusé : des gens apeurés opposés à une élite courageuse ?

Voulons-nous, au lieu d’un sondage sur le sujet, effectuer un examen pratique de cette élite courageuse ? La police de Bruxelles Midi y prêtera certainement volontiers sa collaboration.

Dans l’attente du résultat, une élite empathique ferait bien de surveiller de près cette réalité, ou préfère-t-elle interdire par une loi toute forme extérieure de crainte ?

Ce serait une pensée tranquillisante, de savoir que désormais, seuls les hors-la-loi, parmi lesquels plus de 4 millions de Suisses, sont autorisés à avoir peur.

#Islam #Suisse

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