Échantillons

« Sous couvert de l’anonymat ». C’était paradoxalement, au temps de l’égo triomphant, ce qui caractérisait le mieux ces temps incertains. C’était la formule commode que les journalistes avaient trouvée quand une source refusait d’être citée mais qu’on voulait reproduire ses propos quand même. L’anonymat était d’ailleurs une maladie mondiale, autrement plus pernicieuse et contagieuse que toutes les H1N1. Sur internet, c’était l’anonymat qui parlait, jugeait, condamnait, balançait les rumeurs impunément. Cela, c’était la partie visible. Il en était une autre plus pernicieuse. Celle qui revêtait le noble manteau de la démocratie apparente, le sondage. Qui étaient ces 63% des Français qui étaient d’accord pour supprimer les allocations familiales aux parents des enfants qui sèchent l’école ? Avaient-ils des enfants ? Etaient-ils riches ou pauvres ? Qui se cachait, derrière ces 80% des Français d’accord avec l’interdiction de la burqa intégrale ? En avaient-ils déjà vu ? Avaient-ils voyagé dans les quartiers, dans d’autres pays ? Oui, non, ne sait pas… C’était bizarre, avant, Sarkozy était 100% contre cette loi, et maintenant, il était devenu 100% pour. Pourquoi ? Parce que son électorat, celui qui était en train de le quitter, l’UMP l’exigeait à 98%, paraît-il. Alors c’était décidé, Conseil d’Etat ou pas. Avec cynisme et de façon inédite, le premier ministre du Beau pays l’avait déclaré à l’avance : ce que dira le juge, on s’assied dessus. Voilà à quelles dérives menait le gouvernement par le sondage. Le gouvernement par cette nouvelle vox populi était le plus vulgaire, le plus bête, le plus absurde. Un enquêteur, la garantie de l’anonymat et, caché derrière son téléphone, on pouvait changer le cours de l’Histoire. C’était la gouvernance à la petite semaine, la démocratie c’était simple comme un coup de fil, gouverner se résumait à écouter où tournait le vent sur le forum, ce que criait le peuple. Le gouvernement pouvait être satisfait, 78% des Français trouvaient qu’il avait bien agi avec le volcan. Ah bon ? Eh bien moi, j’avais un autre sondage, fait dans ma salle de bains : 100% de ceux dont on voulait détruire les maisons après la tempête trouvaient la décision inique et étaient prêts à opposer la force aux bulldozers du Principe de précaution à retardement. Les instituts de sondage avaient fini par faire croire aux peuples prétendument évolués que leurs chiffres faisaient la loi. Qu’on pouvait gouverner par échantillon (représentatif par la méthode des quotas ou autre). 1000 personnes ou moins et c’était suffisant, parole de statisticien. Et celui qui ne voulait pas rentrer dans les cases, qui voulait réserver son opinion, plus nuancée, jusqu’au jour décisif, celui du vote ? Il ne fallait plus accepter d’être gouvernés par un échantillon. Gouverner, c’était vouloir. C’était conduire la nation sans se préoccuper aucunement de l’opinion – au demeurant tellement volatile. C’était, quand on croyait quelque chose bon, le faire contre vents et marées, et non pas seulement dans l’espoir – d’ailleurs souvent si vain – de se faire réélire. Car le peuple préfère ceux qui le conduisent à ceux qui le suivent. C’est en tout cas mon opinion à 100%. Jusqu’à mardi prochain.

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