Tilt!

On n’est jamais déçu par la publication de notre feuilleton mensuel favori, le sondage des intentions de vote. Dans la nouvelle saison, on découvre que ceux dont le score avait grimpé lors de l’épisode précédent ont mystérieusement descendu ce mois-ci. Alors que ceux qui avaient perdu des plumes au début du printemps remontent à l’approche de l’été. Surprise ? Non, ce genre de passe-passe est le truc habituel des scénaristes en panne d’imagination. En attendant la grrrrande finale, l’an prochain, où il faudra trouver un dénouement explosif pour ne pas décevoir les spectateurs. Le succès de la série « Sondages » s’explique facilement. Pour le journal, c’est l’assurance de remplir trois pages de camemberts et de tableaux colorés. Et pour les journalistes de décortiquer la voix du peuple sans crainte de se tromper. Au fil des épisodes, les media peuvent s’amuser à défaire et refaire sans cesse l’intrigue en reconstituant la Chambre selon les majorités sans cesse changeantes, à fabriquer tous les mois un nouveau gouvernement et à orienter son programme et ses décisions comme dans un jeu video. En Italie, Beppe Grillo et son mouvement des 5 Stelle ont poussé cette idée encore plus loin en faisant semblant de transformer la communication interactive sur Internet en un contrôle permanent du travail législatif avec la promesse que les citoyens décideront un jour heure par heure du sort du pays. Bientôt, on installera un écran géant dans les assemblées parlementaires sur lesquelles les internautes interviendront en direct avant de voter à la place des élus. Les bannières publicitaires assureront le financement de l’opération et peut-être le payement des députés. Cette parodie de démocratie directe ressemble de plus en plus aux jeux du cirque qu’aimaient tant les ancêtres romains de Grillo, lorsque le sort des esclaves dans l’arène dépendait des spectateurs, selon qu’ils levaient ou abaissaient le pouce à l’issue de la bagarre contre les lions. Aujourd’hui, à qui donne-t-on le droit de vie et de mort pour faire tourner les jeux de la démocratie ? Moi, je n’ai jamais été sondé, ni mes voisins, ni mes amis. S’il faut un téléphone fixe, cela réduit singulièrement l’échantillon et l’âge des participants. Si l’on n’appelle que les mobiles, où trouver les numéros ? Mais peut-être n’appelle-t-on plus personne ? Et laisse-t-on les joueurs annoncer eux-mêmes leur participation ? En envoyant un SMS, au tarif surtaxé ? Pourquoi ne pas en revenir alors au vote censitaire ? Quinze SMS facturés valent quinze voix pour votre parti ou votre politicien favori. D’ailleurs, à quoi bon demander encore l’avis des citoyens ? L’opinion qu’ils expriment le matin change dès que tombe la nuit. Autant laisser les ordinateurs décider tout seuls du choix des élus. Tilt !

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