A l’ouest toute!

Go West, Derib et Greg, Editions du Lombard, 2010, 120 pages, 25,50 €


A l’époque, Michel Greg, qui vit encore en Belgique (né à Ixelles, il passé son enfance à Herstal, près de Liège, et s’installera en France pour travailler chez Dargaud en 1974), est un dessinateur et scénariste reconnu. Il est le père d’Achille Talon (que Dargaud s’échine à faire revivre, entreprise totalement absurde tant cette série, qui repose avant tout sur les dialogues, est liée à son créateur – on ne peut au mieux qu’arriver à une pâle imitation de l’original) et l’auteur de séries devenues des classiques comme Bernard Prince, Comanche, Bruno Brazil, Chlorophylle, Luc Orient ou Olivier Rameau. Il a également travaillé avec deux maîtres de la BD belge, Cuvelier (Line, Flamme d’argent) et, surtout, Franquin sur plusieurs histoires de Spirou et Fantasio et de nombreux gags de Modeste et Pompon.

C’est à l’hebdomadaire Tintin, dont il est rédacteur en chef depuis 1965, qu’il attire le Suisse Derib qui alors officie chez le concurrent, Spirou, où il a illustré plusieurs Belles Histoires de l’Oncle Paul tout en dessinant deux héros à l’existence éphémère, Arnaud de Casteloup et Attila, «le chien qui parle». Et dans son pays natal, il a aussi créé, avec Job, Pythagore, le hibou à lunettes, et Yakari. Ensemble,les deux hommes conçoivent une longue histoire à épisodes qui comptera au total 112 pages, fait rare à l’époque.

Go West raconte, en 1866, la traversée en charriots du continent américain d’est en ouest par une quinzaine d’émigrants animés d’ambitions diverses: fuir la pénurie d’emplois à New York, ouvrir un théâtre ou s’installer comme fermier. S’adressant à un public jeune – ce n’est ni Comanche, ni Blueberry -, cette histoire est pleine d’humanité et de gentillesse où les «méchants», pour terribles qu’ils soient – l’un d’eux veut même pendre l’un des héros –, ne sont pas réellement redoutables. Les auteurs empruntent les chemins obligés du western avec ses archétypes – le tueur solitaire, la ville fantôme, le révérend, la traversée d’une rivière en crue ou de déserts, les chercheurs d’or, les bagarres de saloon et les «pendez-les haut et court» – en les enrichissant d’un discours humaniste et antiraciste. Et plutôt pro-Indiens, combat dans lequel s’illustrera Derib avec Buddy Longway, né en 1972, et, surtout, sa grande saga indienne réaliste, Red Road, également au Lombard.

La seule faiblesse de cette réédition est le dossier qui l’accompagne, sommaire et superficiel, pour tout dire bâclé. Dommage, l’évènement méritait mieux.

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