A propos de Shakespeare



Son Dictionnaire, constitué de très nombreuses entrées souvent (trop?) brèves, s’adresse à un large public curieux d’en savoir plus sur l’univers shakespearien en général et, en particulier, sur les tragédies et comédies qui ont traversé les siècles sans une ride, comme on dit, puisqu’elles sont sans cesse jouées sous toutes les latitudes et dans toutes les langues. Laroque leur consacre évidemment des entrées spécifiques, tout en reliant certaines d’entre elles par des thèmes communs qui permettent ainsi une lecture transversale : l’amitié et l’amour, le rêve, l’argent, la cruauté, les enfants, le blason ou… le cannibale! Se retrouvent également dans cet épais volume des metteurs en scène qui ont monté Shakespeare en France, de Chéreau à Vitez, en passant par Brook, Planchon ou Lavelli. Ils côtoient Freud qui a eu l’idée du complexe d’Œdipe à la lecture d’Hamlet. Et la dimension biographique n’est pas oubliée grâce à l’entrée « Shakespeare » longue de vingt pages.


Et si la version d’Hamlet que nous connaissons n’était pas la bonne ? Avec Hamlet le vrai (Grasset), Gérard Mordillat (fin connaisseur de l’œuvre de Shakespeare dont plusieurs de ses romans portent la trace) crée un canular tout à fait savoureux. Il y est question de la découverte par un chercheur anglais d’une version inconnue d’Hamlet, la pièce écrite par Thomas Kyd (oublié aujourd’hui) dans laquelle Shakespeare incarne à la fois le héros et le Spectre. Les nombreuses corrections, surcharges et rajouts sont donc de Shakespeare lui-même. La version de ce dernier, bien plus longue, si elle respecte la trame originelle, se singularise par l’ajout de « seconds couteaux » destinés à fournir un emploi aux différents acteurs de sa troupe. C’est ce texte primitif que nous sommes invités à lire ici.

« Je ne trouve rien de plus accablant que l’esprit de sérieux, commente Mordillat. La qualité principale d’un exégète est d’avoir le sens de l’humour. Mon livre est une farce sérieuse. Je trouvais important de sortir Shakespeare de la momification dans laquelle il est enfermé et de lire ce qu’il a vraiment écrit. Hamlet, telle qu’elle est éditée aujourd’hui, est une compilation qui, à mon sens, n’a jamais été jouée comme telle du temps de Shakespeare. Ne fut-ce que parce c’est beaucoup trop long – il ne faut pas oublier que les gens étaient debout. L’oeuvre contient aussi de formidables doubles sens qu’il n’est pas possible de décrypter aujourd’hui. Shakespeare était d’abord un acteur, un homme de spectacle avec un extraordinaire génie de la langue. »


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