A time for everything de Yaron Herman

A time for Everything » , dernier enregistrement du pianiste Yaron Herman est un album qui se prend en pleine figure comme une gifle, aussi décoiffant qu’un vent de force sept, rehaussé du souffle chaud du sirocco méditerranéen. Jolies images pour décrire une seule et même chose : la musique de cet album ne laisse personne indifférent.

Un piano, une basse et une batterie : un trio presque classique dans sa structure, sauf qu’avec Yaron Herman, rien n’est jamais totalement académique, ni tout a fait soft. Que ce soit au niveau du tempo, du choix des morceaux, ou du passage régulier de pièces bourrées de dynamite, à de superbes ballades, l’album déborde d’une énergie omniprésente, à peine tempérée par les soupirs et murmures inspirés de Keith Jarrett.


Ce jeune artiste, super doué, né à Tel-Aviv, est arrivé au piano presque par hasard, impressionnant rapidement son professeur par sa maîtrise de l’instrument, sa haute technicité, et ce sens de l’improvisation, que seuls les tout grands du jazz possèdent naturellement.

Un envol d’Israël vers la Berklee School, un temps d’attente trop long pour accéder aux cours des maîtres de l’Université, la jeunesse, le froid et la nostalgie du pays inciteront Yaron à regagner sa terre natale. Mais une étape technique de son avion, un peu prolongée à Paris, un regard féminin, la découverte de la scène jazz de la ville Lumière, transformeront une visite d’une semaine, en un séjour de quatre ans. Le temps nécessaire pour apprendre, assimiler, se mesurer aux autres artistes avant de s’embarquer dans une carrière solo et internationale.

« A Time for Everything” est un superbe album, varié et riche de découvertes techniques et jazzistiques, un album digne des grands improvisateurs que peuvent être Jacky Terrasson et E.S.T.. Mais là s’arrête la comparaison, car Yaron Herman possède une personnalité artistique propre, une richesse humaine et un jeu charismatique qui évite évidemment tous racolages.

Un enregistrement délirant, à écouter très très fort, afin de vibrer simultanément avec les cordes du piano, ou de mieux ressentir encore les performances du bassiste et du batteur, autres pièces maîtresses du trio.

Que ce soit dans des reprises de Léonard Cohen, de Sting, de Björk, ou dans ses superbes compostions personnelles, Yaron Herman et « A Time for everything » ne vous lasseront jamais, et ce, de la première à la centième écoute.

La classe des grands tout simplement.