Acteurs, actes, actions

Que retiendrait la chronique de ce printemps glacé qui hésitait entre un hiver qui n’en finissait pas d’expirer et un été qui ne se décidait pas à naître ? Un sentiment d’inquiétude diffuse, de lassitude inexprimée, et d’espoirs inavoués.

La vie du Beau Pays était comme un long métrage auquel un metteur en scène improvisé et un scénariste fou échouaient à donner un sens. Le festival de Cannes continuait à agiter des mots magiques jadis, aujourd’hui de simples marques, la Croisette qui ne s’amusait plus, la montée des marches où séjournaient plus longtemps les personnages pâlots de la télé que les authentiques créateurs ou acteurs. Du scénario épuisé des projections n’avaient émergé dans les premières scènes que ce cher Woody Allen avec ses citations faussement désespérées qui feraient bien à un dîner, et cet étonnant ex premier ministre qui n’en finissait pas de montrer enfin son vrai visage de cabot caché : pour trois minutes d’apparition dans un film, il avait – avec la complicité de 5000 journalistes qui n’avaient pas grand chose à se mettre sous les crocs – offert un court métrage qui parut bien long à coups de commentaires et de faibles petites phrases, bref des jospinades. Oui, si Cannes demeurait la rampe de lancement de talents et de carrières, il était bien aussi le « terminus des prétentieux ». C’était d’ailleurs là que s’arrêtait aussi pour cette fois Godard qui, lassé de faire son cinéma, sinon du cinéma tout court, avait renoncé à venir se faire détester par des gens qu’il méprisait. Enfin, en vedette américaine d’un feuilleton scabreux, Polanski mis en scène par un BHL qu’on aurait dit en panne de grande cause.

Côté jeux puisque le pain était si triste (réforme des retraites, errements boursiers, Euro dégringolant, nuage volcanique menaçant), on eut également droit au festival de « raymonades », du prénom du sélectionneur de l’équipe de France de football Raymond Domenech qui avait réussi à tenir la jambe à la nation entière à force de tergiversations, de reculs et de commentaires fumeux où même les spécialistes ne reconnaissaient pas leurs petits. Il avait joué avec les nerfs des Français et mis les Bleus à la torture avant de les envoyer au Mondial du paradis sud africain qui pourrait se révéler une enfer. Car l’art du contre-pied, c’était bien joli, encore fallait-il mettre la victoire au fond de filets. A sa décharge, il fallait dire qu’il se retrouvait dans la position d’un roi dépossédé de sa couronne avant la bataille puisque Laurent Blanc, l’entraîneur démissionnaire de Bordeaux, venait d’être pressenti comme son successeur à la tête des Bleus. Au moins ce nouveau sélectionneur était-il blanc-bleu ce qui était de bon augure pour la suite des événements.

Restait l’écume des jours dans laquelle les habitants du Beau pays tentaient de se frayer un chemin sinon de se former une opinion. Côté international, le retour à la liberté de Clotilde Reiss vedette malgré elle d’un thriller iranien sur fond mystérieux de Raison d’Etat. Côté intérieur, la fête que l’on faisait à leur premier ministre Fillon : son mérite, unanimement reconnu, était d’avoir tenu trois ans à Matignon avec ce boulot-là et ce président-là. Etrange pays où la simple durée à un poste pouvait passer pour une vertu.

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