Alice Ferney et Claudie Gallay: romancières des interstices


Quoi de commun entre les plus récents romans de deux parmi les écrivains les plus intéressants aujourd’hui, Cherchez la femme d’Alice Ferney et Une part de ciel de Claudie Gallay, tous deux parus en 2013 et récemment réédités en poche chez Babel? Leur épaisseur? Bien sûr, ça saute aux yeux, 570 pages d’un côté, 700 de l’autre. La beauté des couvertures, aussi, destinée à retenir le regard et à donner envie d’aller plus avant. Mais, d’abord, leur qualité d’écriture et la façon dont leurs auteurs parviennent à créer un univers original et prenant en s’insinuant dans les interstices de la psychologie humaine.

Lire Alice Ferney est un enchantement. Dans chacun de ses romans (L’élégance des veuves, Conversation amoureuse, Dans la guerre, Les Autres), elle parvient toujours, avec une infaillible subtilité et une redoutable précision, à décortiquer les ressorts de l’âme humaine, principalement dans la relation amoureuse. Dans Cherchez la femme, elle met une fois encore à nu les mécanismes d’un couple, Serge et Marianne, en remontant à la génération supérieure, se souvenant que tout individu est d’abord le fruit d’une famille, d’un milieu, d’une éducation. Nina est une lycéenne de 16 ans qui rêve d’être danseuse lorsqu’elle accepte d’épouser Vladimir, ingénieur des mines qui n’a d’yeux que pour elle. Après bien des déboires professionnels, le couple s’installe dans une petite ville de la province française, Nina sombrant dans l’amertume et l’alcoolisme sous le regard meurtri car toujours amoureux de son mari. De cette union souvent tumultueuse naissent deux fils, dont Serge qui épouse Marianne, une Parisienne issue d’un milieu nettement plus bourgeois que le sien. C’est donc leur histoire que nous sommes invités à suivre, de leur mariage, rendu difficile par la rencontre de deux mondes qui n’ont nulle envie de se connaître, à leur séparation, également compliquée. Cette cassure était-elle inévitable? Serge, paré de toutes les qualités par les autres, et principalement par sa femme qui se sent inférieure à lui, alors qu’il apparaît au contraire lâche, égoïste, fuyant et finalement peu fiable, fut-il un bon mari? C’est un peu la question qui sous-tend tout le roman. Doublée de celle-ci: que faut-il pour qu’un couple tienne?