Analyse de l’analyse : le lecteur reste en rade

Chers lecteurs francophones,

Je ne  sais pas combien de journaux et périodiques différents vous devez lire pour être sûrs d’être bien informés sur l’actualité, mais en Flandre un journal ou un périodique ne suffit plus. Lisons ensemble :

Le résultat de l’enquête post-électorale, réalisée par Mail Panel/Jury TNS/Dimarso entre le 13 et le 31 juillet 2009, donc après les élections flamandes, est assez surprenant et est sujet, en fonction des  sphères d’incidence, à des interprétations contradictoires. Preuve une nouvelle fois que les opinions ne sont pas une forme de journalisme. Ce que je veux dire par là, c’est que celui qui veut être correctement informé ferait mieux de ne pas s’arrêter à une seule version. Que celui qui n’a pas le temps de tout lire, continue à lire ce qui suit…

Lire une fois autrement?

Soyons prudents avec les sondages, dit le professeur Carl Devos, et à juste titre. Essayons quand même d’indiquer les sphères d’incidence.

Dans le Standaard, l’accent est mis sur 2 chiffres :

1. Les questions communautaires ne viennent qu’à la 14ème place des problèmes considérés comme importants par les personnes interrogées.

2. Seulement 35% des électeurs de la NVA veulent que la Belgique meure.

Il est remarquable (DS jeudi 07/01) que ce sondage n’est mentionné qu’en passant – un paragraphe perdu dans un vaste article sur la NVA. On n’y indique aucun autre chiffre, de sorte qu’on peut soupçonner que cela ne constitue qu’une lecture très sommaire d’une étude qui compte 306 pages. Cet article de Wim Winckelmans porte le titre “Elancements et douleurs, dûs à la croissance, ravagent la NVA”. Quelle différence avec un autre sondage en 2007 dont le résultat (seulement 7% de Flamands séparatistes) remplissait toute la Une et les 5 pages suivantes qui étaient aussi consacrées à ce sondage d’opinion commandé par Le Soir et le Standaard !

Que l’intérêt de la rédaction du Standaard soit vraisemblablement dépendant du résultat fait preuve de partialité.

Mais il y a l’incontestable (DS 09/01) : dans la rubrique “0pinion et analyse” qui comporte cette fois SIX pages, Bart Brickman fait un sort aux prétextes faux et idiots de Leterme lorsqu’il déclarait sur radio 1 que sa campagne électorale en 2007 n’avait pas de charge communautaire. “Que Leterme soit le principal architecte du cartel avec la NVA, ne fait que confirmer ses mobiles communautaires”, écrit-il, de même que la  contribution (07/01) du journaliste Marc Reynebeau  qui le renvoie à ses fables, alors qu’il avait été d’accord avec Leterme. Vraiment un journal intéressant irresponsable (note de la traduction : le slogan du Standaard est « overantwoord interessant », ce qui se traduit littéralement par « plus qu’intéressant »). À chacun sa vérité, seul le lecteur demeure dans l’embarras. Continuons à lire, cela devient encore plus intéressant en ce samedi enneigé car, en toute dernière page, l’outsider Peter De Roover (mouvement populaire flamand) peut aussi donner son avis : La terre est ronde et Yves Leterme a gagné les élections en promettant une réforme de l’État – il prouve les 2 avec des chiffres :voir ci-après.

Dans Knack (06/01), une contribution approfondie est consacrée à cette enquête (7 pages). Qui veut plus qu’une vision limitée, saura y trouver son compte. Immédiatement cela apparaît plus nuancé, car tous les partis politiques sont pris en compte. Le titre: “Quid NVA”, est un renvoi clair à la note de Jean-Luc De Haene qui, pendant les négociations (2007), avait travaillé sur une solution communautaire dont il soupçonnait (euphémisme) qu’elle ne serait pas admise par le partenaire NVA. Le directeur de Knack, Rik Van Cauwelaert, conclut son article sous le titre “Quid De Haene” en renvoyant la balle à la tendance unitariste du CD&V qui n’était pas heureuse de la formation du cartel ni de la campagne ouvertement flamande de son leader Yves Leterme. Pour Van Cauwelaert, l’incontestable vainqueur est la NVA de Bart DE Wever; il cite le chiffre de 21 % qui plaide à fond pour l’indépendance (ndlr un doublement des résultats antérieurs et un triplement du sondage dans DS en 2007) et relativise le faible intérêt communautaire en renvoyant à des problèmes qui arrivent avant dans la liste mais qui font aussi partie du problème communautaire (sécu, soins de santé, impôts). Son message est clair: “chers lecteurs, soyez prudents avec une lecture superficielle des résultats”.

Dans le Morgen, Peter De Roover écrit un article à tendance flamande sous le titre “La réforme de l’État a bien joué un rôle majeur”, avec des chiffres que l’on retrouve ensuite partiellement dans DS.

Citation : “Quand on demande les thèmes décisifs en matière de vote, les questions communautaires finissent à une modeste 14ème place sur 20. Elles sont citées chez 58% des électeurs : en ne tenant compte que de l’option “décisionnelle”, elles montent à la sixième place, avec 23 %. Les questions communautaires sont un concept très abstrait. Les personnes interrogées pouvaient aussi indiquer au départ d’événements concrets ce qui avait influencé leur choix. Dans cette liste de 21 possibilités, l’échec de la réforme de l’État arrive en 4ème position et la scission de BHV en 7ème. En 5ème vient le fonctionnement difficile du gouvernement fédéral. L’échec de la réforme de l’État est même le numéro un des événements “décissionnels” avant la crise économique, et la non-scission de BHV vient au rang 6 (pour 15 % des préférences ce thème était décissionnel).

On sonde aussi la structure souhaitée de l’État belge. Les partisans d’une Belgique unitaire et ceux d’une Flandre indépendante sont à égalité parfaite avec 21% .Mais au Total, 28% des électeurs flamands veulent plus de Belgique, 9% sont contents et 56% optent pour plus de Flandres. 7% sont sans opinion. Chez tous les partis représentés au parlement, le groupe “plus de Flandres” domine.

Chers lecteurs,

Serait-il possible que tout le monde n’ait pas pris le temps de lire le texte attentivement? C’est dommage qu’on puisse détourner unilatéralement une information pertinente. On devrait faire preuve d’honnêteté en reconnaissant que la qualité journalistique fait ici défaut. N’est-ce pas grave quand un journal de qualité devient dépendant des faiseurs d’opinion externes pour couvrir cette enquête révélatrice sur le résultats des élections, alors qu’il accorde de l’espace à des articles beaucoup moins pertinents ? N’est-il pas essentiel pour la crédibilité de mener un journalisme nuancé et distancié au lieu de présenter des avis trop limités et unilatéraux comme LA vérité?

Si ce n’est pas nécessaire pour la crédibilité, qu’on le fasse au moins pour que le lecteur ne reste en rade.

Avec un clin d’oeil flamand

Que Rudy Demotte se fâche parce qu’un employé flamand a oublié la Wallonie sur une carte pour une invitation à New-York, je le comprends parfaitement. Mais il ne doit pas se faire de la bile, une idiotie n’est pas l’apanage exclusif des Flamands. De notre côté de la frontière linguistique, vous pouvez lire la manière scandaleuse dont le ministre des pensions Michel Daerden s’est comporté au sénat. Colère mais heureusement aussi de l’humour. Daerden était-il normal au sénat?  Oui certainement, car il ne se comporte normalement que quand il est ivre.

Posts récents

Voir tout

NOUVEAU SITE

Cela fait de longues années que ce blog n’a pas été mis à jour. Non que ce soit une obligation ; mais là, vraiment, il était temps. Il n’y aura plus de nouveaux articles sur ce site. Je vous invite à

michaël, l’espiègle

Dans une belle lettre d’adieu à son coéquipier Michael Goolaerts, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout Van Aert écrit qu’il ne faudra jamais oublier Michael, ce gars espiègle avec son étern

Anvers et contre tout

Anvers est loin de Vérone. Sous le balcon de Juliette, l’histoire d’amour était dramatique mais simple. Dans la métropole pluvieuse, la tragédie a tourné au Grand-Guignol. La Belgique est une terre de