Au cœur des ténèbres


Il y a du Joseph Conrad dans le dernier roman de François Emmanuel, un Conrad qui plongerait dans les ténèbres africains de ce début de XXIe siècle, et non plus aux heures enténébrées de la colonisation. Les Européens pris en otages sur un yacht de plaisance, dans un pays en plein coup d’État, découvrent l’Afrique telle qu’ils ne pensaient pas la visiter – celle des querelles de pouvoir, des guerres fratricides, des relations complexes et parfois sordides avec les anciennes puissances coloniales. L’occasion pour ces passagers de se découvrir eux aussi, tels qu’ils ne se soupçonnaient pas. Le tout servi par une écriture ondoyante et sinueuse comme ce fleuve énorme – un lien de plus avec Conrad – qui s’offre autant en voie de communication qu’en métaphore l’Afrique et du cheminement intérieur du narrateur et de ses compagnons d’infortune. À l’image de notre monde, les Blancs s’en sortiront plutôt bien, tandis que les Noirs resteront noyés, entre révolution et corruption…