Au quartier de Monsieur Tavares


Fantastique entreprise que celle menée depuis 2002 par ce Tavares (prolifique auteur d’une trentaine de livres appartenant à différents domaines): créer un quartier fictionnel dont les occupants sont des projections littéraires d’écrivains internationaux bien réels. Ce monde a d’ailleurs donné lieu à des pièces de théâtre, des objets d’art, des opéras et même à un projet architectural mené par plusieurs centaines d’étudiants de l’université de Lisbonne.


Journaliste politique chargé de couvrir une campagne électorale et ses suites, Monsieur Kraus publie des chroniques de revigorante causticité autour du Chef, un dirigeant politique particulièrement imbécile et imbu de sa personne uniquement identifié par sa fonction. Défait, lorsqu’il est remplacé par un autre Chef, les choses reprennent (quasiment) comme avant. Ce Chef, donc, qui déteste toutes les disciplines, ne faisant confiance qu’à l’Instinct et se mouchant avec la carte de son pays dont il ne connaît rien, est entouré de deux assesseurs chargé tant de le conseiller que de le flatter. En lui cherchant, par exemple, quelque chose à inaugurer parce que les sondages sont mauvais. Le nouveau Chef, ou l’ancien revenu, on s’y perd tant ils se ressemblent, lance le concept de «démolition constructive» (on abat d’un côté, on construit de l’autre) tout en voulant inventer une loi «qui ne lèse personne».

Ce subtil pamphlet s’avère tout à fait fidèle à l’esprit de l’auteur des Derniers jours de l’humanité, de même que la fable «calviniste» l’était à celui du Baron perché.