Audiolib, une autre façon de lire


Audiolib « publie » régulièrement des livres lus de tous genres, ce qui signifie qu’il existe bien un public potentiel pour ce type d’écoutes. Le choix est donc très vaste, l’éditeur ne se contentant pas d’ouvrages à succès. Récemment, par exemple, ont paru Si c’est un homme de Primo Levi (lu par Raphaël Enthoven) et Une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljenitsyne (lu par Ivan Morane), deux classiques de la "littérature des camps", même s’il ne s’agit pas des mêmes : de concentration nazis pour le premier, le goulag stalinien pour le second. Les écouter leur confère peut-être une puissance dramatique supplémentaire, et confirme la rigueur documentaire de leur écriture.


Disparu récemment, Michel Serres lit lui-même deux de ces courts textes les plus populaires, Petite Poucette, où il diagnostique notre époque connectée actuelle, et C’était mieux avant, où il prouve que ce n’était vraiment pas le cas, toujours avec malice et finesse. Autre figure intellectuelle majeure, Boris Cyrulnik évoque, dans Sauve-toi, la vie t’appelle (lu par Vincent Schmitt dont la ressemblance de la voix avec l’auteur est frappante), la façon dont il a survécu à l’occupation en revenant sans arrêt sur les mêmes événements pour mieux les analyser et tenter de voir ce que la mémoire en a gardés. Un très grand livre, au-delà même de son sujet. Ivan Jablonka a connu un grand succès avec Laëtitia ou La fin des hommes (lu par Maia Baran), couronné par le prix Médicis. Le jeune sociologue décortique un fait divers survenu en 2011 – l’assassinat d’une jeune femme – sous ses toutes ses facettes, y compris politiques (Sarkozy est alors président de la République). C’est riche, instructif, passionnant, mais peut-être confus dans sa construction et un peu répétitif.


L’un de mes livres préférés de cette sélection est l’admirable Idiss de Robert Badinter (lu par Féodor Atkine). L’ancien Garde des Sceaux retrace la vie de sa grand-mère illettrée, depuis son village de Bessarabie, où elle vit pauvrement, jusqu’à sa mort du cancer en 1943 à Paris. Avec sa fille, la mère de Robert, elle avait rejoint ses fils et son mari en France dans les années 30 pour fuir les pogroms juifs dans cette région qui a fait partie de l’empire russe puis de l’URSS et est aujourd’hui principalement moldave. Un bouleversant témoignage d’amour de son petit-fils qui est aussi un nouveau témoignage de la situation des juifs dans la France occupée.




L’histoire est d’ailleurs présente avec l’Histoire mondiale de la France dirigée par Patrick Boucheron (trois CD lus par Mathieu Buscatto) qui a fait pas mal de bruit à sa sortie en 2017 par le choix des dates retenues, parfois surprenantes en effet. Il s’agit en fait moins d’une contre-histoire que d’une autre histoire de France, une histoire parallèle à celle que l’on enseigne généralement car les auteurs s’attachent chaque fois à voir en quoi tel épisode lié à la France a connu aussi une résonance mondiale. Elle éclaire des événements et des personnages en général ignorés par les historiens, sans en aborder d’autres plus fondamentaux. Si les 159 chapitres ne sont pas également intéressants, nombre d’entre eux sont tout à fait passionnants.


Parmi les romans récents, j’en retiendrai trois. Nos richesses de Kaouter Adimi (lu par Jean-Paul Bordes) où la jeune auteure (qui publie un nouveau livre à la rentrée) s’attache à l’éditeur algérois Edmond Charcot et à sa librairie baptisée Les vraies richesses, tout en faisant quelques détours par la Guerre d’Algérie. Le jour d’avant de Sorj Chalandon (lu par Stéphane Boucher), romancier également présent à la rentrée, suit le parcours d’un homme qui veut venger son frère mort dans la catastrophe minière de Lens-Liévin le 27 décembre 1974. Un livre fort, puissamment émotionnel, comme tous ceux de cet écrivain. Et Une longue impatience de Gaëlle Josse (lu par Dominique Blanc), le portrait douloureux d’une femme qui, dans son village breton au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, attend son fils qui s’est embarqué comme marin pour fuir son beau-père. Une écriture pure, sans le moindre gras, qui va à l’essentiel.


Enfin, pour les amateurs de thrillers, et qui ont le temps à leur consacrer, voici : La Disparition de Stephanie Mailer de Joël Dicker (lu par Philippe Sollier, 18 heures), un must qui confirme que l'écrivain suisse est un maître du genre ; Le premier miracle de Gilles Legardinier (lu par David Manet, 13 heures), un habile suspens autour d’une expérience scientifique qui remonte à la nuit des temps, très différents des livres habituels de cet auteur ; et Le triomphe des ténèbres de Giacometti et Ravenne (lu par François Hatt, 13 heures), excellent premier tome d’une trilogie sur fond d’ésotérisme et de Seconde Guerre mondiale, Himmler étant fasciné par le monde occulte.